Avec l’adoption des décrets du 30 juillet 2025, l’État a étendu les pouvoirs d’action des préfets. Une manière de simplifier les procédures et de permettre des décisions plus rapides, au plus près des réalités locales. Parmi les domaines concernés, l’eau et les questions environnementales occupent une place importante. Là où l’État se voit intervenir dans les questions environnementales en soutien ou en blocage des décisions administratives. Si la ressource eau n’est pas encore considérée comme critique en Haute-Loire, les autorités insistent sur la nécessité de rester vigilant.
Les épisodes de sécheresse successifs en 2022 et 2023 ont marqué un tournant. En cinq ans, la proportion de masses d’eau est passée de 41 % à 29 %, une évolution jugée préoccupante par les services de l’État.
Une prise de conscience collective
La dégradation aquatique, directement liée au réchauffement climatique, impose une réorganisation de la gestion de l’eau, Le préfet explique « nous devons réagir et nous devons avoir une action de moyen terme mais qui préserve également la production » notamment pour garantir la pérennité de l’agriculture, secteur fortement dépendant de la ressource.
Une nouvelle stratégie politique pour lutter contre le changement climatique avec le concours des fonds hydrauliques et des décrets de la loi Duplomb vont être prochainement mis en œuvre. Le département a également été signataire, en 2024, d'accords de résilience pour le financement d'études de terrain et le renouvellement des conduites d’eau fuyardes.
« Il ne peut pas y avoir d'agriculture sans sécurisation de la ressource » Yvan Cordier
À Brives-Charensac, en 2023, la Loire presque à sec.
Photo par Clara Serrano
Le choix des retenues collinaires divise
Parmi les leviers identifiés, les retenues collinaires occupent une place stratégique dans la gestion de la ressource en eau. Une mesure controversée à travers la France mais aussi sur le territoire altiligérien, à l’instar de la retenue collinaire prévue à Mauriac, commune de Chaspuzac, qui est, pour le moment, au point mort.
Après un recours des opposants devant le tribunal, le projet est annulé, décision retoquée par la préfecture qui fait appel de la décision. En effet, selon Yvan Cordier, « il ne peut pas y avoir d'agriculture sans sécurisation de la ressource », avant d’ajouter : « C'est une petite retenue multi-usages. »
Pour le Préfet, grâce à la mise en place des accords de résilience et des fonds hydrauliques, les retenues collinaires ne font pas face à des problèmes financiers. « Le sujet est un problème de maîtrise d'ouvrage, d'identifier les projets et de les mettre en œuvre, mais c'est aussi éventuellement un sujet d'acceptabilité », explique-t-il.
Le conseil d'administration de l'agence de l'eau de Loire-Bretagne a validé une convention avec la chambre d'Agriculture et l'État afin de renforcer l’action « en faveur de retenues collinaires et de la préservation des milieux », notamment par le financement d’une création de poste d'agent à temps plein à la chambre d'Agriculture pour mettre en œuvre cette politique.
Image du projet de Mauriac, issue du dossier de la Chambre d'agriculture Haute-Loire.
Photo par DR
Repenser la gestion hydroélectrique
Les sécheresses ont également relancé le débat sur la station hydroélectrique de Montpezat. La station hydroélectrique, créée il y a plus de 70 ans, doit, elle aussi, s’adapter aux difficultés actuelles, sachant que l’eau prélevée sur les bassins de la Loire est rejetée dans la rivière Ardèche. Le préfet explique alors avoir réuni un groupe de travail réunissant collectivités, agences de l’eau, EDF et associations environnementales.
D'après le préfet, les axes retenus abordent la gestion adaptative qui vise à faire en sorte que les lâchers d’eau soient les plus économes et les plus pertinents, notamment grâce à un système d’étiage déjà mis en place en Ardèche.
Elles prévoient à la fois d’adapter le calendrier de remplissage des réservoirs « en décalant un peu, de trois semaines au mois de mars, de telle sorte qu'on préserve davantage les milieux » tout en renforçant le soutien d’étiage qui prolonge les lâchers d’eau jusqu’à la fin du mois de septembre, lorsque les écosystèmes en ont le plus besoin.
Des zones vulnérables
Les masses d'eau ne sont pas les seuls éléments à évaluer, la qualité de l'eau est elle aussi, un enjeu majeur. Dans le département, trois zones ont été préidentifiées comme potentiellement vulnérables aux nitrates : Retournac, Montfaucon, le sud de Brioude. La Haute-Loire reste toutefois « peu concernée » selon le préfet, en raison d’un usage plus limité des intrants agricoles.
Face à ce constat, ces trois zones ont été sensibilisées à « mettre en œuvre les bonnes pratiques », comme l’explique Yvan Corider à travers trois mesures :
– Eviter la gestion des lisiers à proximité des cours d'eau.
– Contrôle des rejets industriels éventuels.
– Suivi renforcé de la station d’épuration de Montfaucon.
Mercredi 14 janvier, les CCI de la Région Auvergne Rhône-Alpes ont conclu un partenariat avec l'Agence de l'eau Loire Bretagne. Un rendez-vous pour sensibiliser, informer et ainsi accompagner les entreprises de chacun des départements à travers des actions déployées : pré-diagnostic, évolution des process, travaux, information sur les aides financières allouées pour la réduction de la consommation en eau, la lutte contre les micropolluants et la gestion intégrée des eaux pluviales.
« Je suis persuadé que non seulement on pourrait éviter le classement en zones vulnérables, mais aussi qu'à moyen terme cette amélioration soit structurelle. » souligne le Préfet
En Haute-Loire comme ailleurs, l’enjeu n’est plus de savoir si l’adaptation est nécessaire, mais comment la mettre en œuvre rapidement et collectivement, pour assurer la gestion de la ressource et une agriculture pérenne.