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A la frontière ukrainienne : "On a ressenti la force que ces gens avaient"

mer 16/03/2022 - 16:00 , Mise à jour le 16/03/2022 à 16:00

Elle, Ingrid, est infirmière à domicile sur le bassin du Puy. Son compagnon, Sébastien, travaille aussi dans le médical. Les deux trentenaires se sont dit “qu’est-ce qu’on peut apporter?“ et ils ont décidé il y a une dizaine de jours de se rendre à un poste frontière, non sans avoir balisé leur voyage.

Ils sont partis en Roumanie à la frontière de l'Ukraine. Sighetu c'est, avec la Pologne, une des principales portes que prennent les Ukrainiens qui ont décidé de fuir la guerre. Connaissant une dentiste d'origine roumaine, c'est cette dernière qui a appelé sa famille et qui leur a permis de nouer un premier contact. Ce premier contact fut le conseiller départemental du secteur "puis de fil en aiguille, on est arrivé à la directrice. Grâce à elle, on a eu le premier contact". Il était hors de question pour le couple de partir totalement à l'aventure : "On est capable de partir comme ça du jour au lendemain mais on a les pieds dans les baskets et la tête accrochée et on ne fait pas n'importe quoi. On voulait bien entendu être en sécurité".

À un moment, on s'est dit qu'est-ce qu'on fait là ?

L'objectif du couple était de se rendre sur place pour apporter du matériel de première nécessité et des médicaments, des perfusions, des couvertures, des oreillers mais aussi un peu de nourriture. Le voyage aller a duré 22h. En arrivant sur place, le couple s'est retrouvé "sur un tout petit site ; on ne s'attendait pas à ça, il y avait des stands alimentaires et beaucoup, beaucoup de vêtements. Plus loin, un petit barnum dans lequel se trouvait six personnes, des bénévoles qui enregistraient les Ukrainiens qui venaient de passer la frontière."
L'objectif pour les Ukrainiens, une fois la frontière traversée, est de se faire enregistrer. "On a commencé par observer, on a vu des vieillards, des mamans avec leur bébé, quelques voitures mais peu, parfois des hommes mais rarement. Ils avançaient tête baissée. Le couple a été confronté à des personnes qui n'avaient plus aucune confiance : "ils ne font confiance à personne, ils n'acceptent pas d'aide ni de nourriture, leur objectif c'est de se faire recenser... À un moment, on s'est dit qu'est-ce qu'on fait là ? Comment on réagit ? Certes on propose des places dans notre voiture mais si on était à leur place, à quelqu'un qui nous propose cinq places dans une voiture ?"

Une famille vient de passer le poste frontière Photo par IM

Un pasteur, Caterina et ses enfants

C'est un pasteur sur place qui va les aider à établir une communication avec les Ukrainiens. Ils ont alors croisé Caterina, pâtissière de métier à Kiev. Elle avait rejoint la gare de la capitale à pied avec ses trois enfants, puis un voyage en train de 17 heures où ils étaient 17 dans la cabine jusqu'à la frontière. "On l'a aidée à faire le voyage qu'elle voulait faire, c'est-à-dire rejoindre sa sœur à Hanovre en Allemagne. On lui a proposé de venir en France et ensuite de lui acheter un billet pour rejoindre Hanovre mais elle a refusé ; elle ne voulait surtout pas venir en France. Elle avait peur car elle avait juste un état civil pour son dernier enfant." Le couple passe par la Hongrie sur le chemin du retour et est bloqué à la frontière entre la Roumanie et la Hongrie. "La frontière c'est quelque chose de compliqué, on est face à des populations qui ont la plupart du temps des passeports mais parfois des extraits de naissance pour les enfants qui ne sont pas à jour et ça s'engorge." Ils finissent par arriver à la gare de Budapest et achètent des billets direction Hanovre.

Elle vivait normalement et voulait que ses enfants suivent des études

"Elle a parlé peu de son expérience, elle a parlé de son mari, ses sentiments étaient très mélangés : de la peur, de la colère. Elle a dit de son mari "il a la voiture, l'appartement et sa famille". Ensuite elle est revenue sur ce sentiment. Elle vivait normalement et voulait que ses enfants suivent des études, il n'y a aucun problème et tout à coup c'est le chaos total avec l'obligation de tout quitter et de recommencer à zéro."
"On a ressenti la force que ces gens avaient, ils sont heureux de vivre, ils sont satisfaits, en fait, juste d'être en vie."

Caterina et ses enfants en gare de Budapest Photo par IM