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Guerre d'Algérie : "60 ans après, il faut bien sûr continuer d'en parler"

Par . . ven 18/03/2022 - 15:00 , Mise à jour le 18/03/2022 à 15:00

Le 18 mars 1962, les accords d'Evian sont signés entre le gouvernement français et les autorités algériennes. Le lendemain 19, le cessez-le-feu est officiel, la guerre pour l'indépendance de l'Algérie, débutée 8 ans plus tôt, est terminée. 60 ans après, Faustine, Maëlla, et Jeanne, dont l'histoire familiale est intimement liée à ces évènements, acceptent de nous confier leur ressenti à propos de cette partie de l'Histoire de France. Témoignages.

Nous avons rencontré Faustine et Jeanne il y a quelques jours dans l'Entre-Actes du Théâtre du Puy-en-Velay, tandis qu'elles observaient, très attentivement, les panneaux d'une exposition proposée par  l'Office Nationale des Anciens Combattants, " Guerre d'Algérie : histoire commune, mémoires partagées". Elles sont en classe de Terminale, au lycée général La Chartreuse à Brives-Charensac, et c'est dans le cadre de leur spécialité d'Histoire Géographie Géopolitique Sciences Politiques qu'elles sont venues découvrir ce travail.

"Je me sens complètement concernée par cette mémoire de la Guerre. J'en parle avec mon grand-père" (Jeanne)

Jeanne se sent particulièrement impliquée par les panneaux qu'elle découvre. "Mon papi a été envoyé là-bas pendant son service militaire. Il nous montre beaucoup de photos. J'ai l'impression qu'il est fier de nous montrer son engagement." Le grand-père de Jeanne est venu au Théâtre voir l'exposition lui aussi, ce qui leur a permis d'échanger: "Ce n'est pas du tout un sujet tabou. Maintenant que j'ai étudié ces événements en classe, je lui en parle. Son témoignage me permet de mieux comprendre". À 18 ans, Jeanne se sent concernée par cette mémoire de la Guerre d'Algérie. "Ce sont des événements vécus par des gens proches de moi, alors bien sûr que ça me touche." Elle poursuit : "mon grand-père était dans l'aviation, alors il a peut-être évité des horreurs que d'autres ont vécues, avant de conclure, peut-être la douleur s'est-elle un peu effacée pour notre génération, mais ça ne veut pas dire qu'il ne faut pas en parler !"

L'exposition de l'ONAC au théâtre est ouverte au public jusqu'au 19 mars Photo par GLa
L'exposition de l'ONAC au théâtre est ouverte au public jusqu'au 19 mars Photo par GLa

"J'aimerais aller là-bas. On ne se rend pas compte à quel point ils ont souffert tous, pieds-noirs, harkis, jeunes appelés. Je trouve ça injuste de ne pas en parler ! " (Faustine)

Faustine, elle aussi, accorde du temps à chacun des panneaux thématiques. Peu de temps après, elle nous confie sa satisfaction de pouvoir en apprendre plus sur cette période. "Je sais que mes grands-parents viennent d'Algérie, mais ils ne m'ont jamais parlé de leur histoire. C'est trop difficile pour eux d'en parler, ils ont tout perdu." L'histoire de sa famille, c'est donc son père qui la lui raconte. "Mes grands-parents sont des Pieds-noirs. C'est le nom qu'on a donné à ceux nés en Algérie mais qui avaient la nationalité française". "Pourquoi ont-ils quitté l'Algérie, tu le sais ? ", ose-t-on lui demander. La jeune fille nous explique alors que ses grands parents ne voulaient pas se battre; ils ont choisi de tout laisser derrière eux, emportant simplement quelques affaires dans une petite valise. Faustine aimerait se rendre en Algérie avec ses grands parents, ou avec son père, pour voir, pour mettre des images sur tout ce qu'elle entend. "C'est abstrait, on en parle si peu, on a du mal à croire que tant de violence a pu avoir lieu".

L'O.N.A.C.V.G.

L'office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre prend son nom officiel au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Présent dans chaque département, il a pour objet la reconnaissance et la mémoire des combattants et victimes de guerre. Depuis 1991, il prend en charge le soutien aux victimes d'actes de terrorisme.

C'est son enseignement de spécialité qui lui permet de mieux comprendre ces événements. Mais on sent tout de même un sentiment léger d'amertume dans sa voix quand elle nous parle du devoir de mémoire réalisé autour de cette guerre. "On parle de la Première, de la Deuxième Guerre mondiale en classe. Beaucoup. Et c'est normal. Mais la guerre d'Algérie, on en a parlé une heure... je suis contente de pouvoir l'étudier plus cette année." Et de terminer : "Je ne me rends pas compte à quel point ont souffert toutes ces personnes, qu'elles soient pieds-noirs, harkis, appelés du contingent. Je regrette simplement qu'on oublie la mémoire des harkis et des pieds noirs, alors qu'ils ont tellement perdu. Je trouve ça injuste !"

Maëlla est présente lors de nos discussions. Elle n'était pas au théâtre avec ses deux copines, puisqu'elle n'a pas choisi la spécialité. Elle aussi a une relation particulière avec l'Algérie et le chemin de son indépendance.

"Je suis française, mais pour moi le pays n'a pas d'importance. Je suis juste un être humain." (Maëlla)

Elle commence en nous racontant l'histoire de sa grand-mère, arrivée en France à la fin de la Guerre, à l'âge de 14 ans. Considérée comme une traitre car employée au service de Français dans une exploitation agricole, elle est menacée de mort lorsque l'indépendance de l'Algérie est proclamée.
"C'est mon père qui m'en a parlé. C'est traumatique pour ma grand-mère, elle ne veut pas en parler". Dans sa famille, tout est encore très douloureux, la preuve est que personne ne veut en parler. La position de Maëlla est sans équivoque vis-à-vis du conflit : "Je déteste la Guerre, quelle qu'elle soit. On est comme des fourmis. Parce que deux personnes le décident, on doit être de la chair à canons. Je ne comprends pas". Pour elle, cette guerre il faut en parler. Au même titre que les autres guerres. Il faut un devoir de mémoire envers tous les gens qui se sont sacrifiés, qui sont sacrifiés.
Elle a très envie de découvrir l'Algérie :"plein de membres de la famille sont là-bas; on se parle par messagerie, ils nous disent de venir les voir".  "A nous dire la vérité", Maëlla est française, elle ne se sent pas algérienne. Néanmoins, elle ne peut pas s'empêcher de se sentir visée tout de suite lorsqu'elle entend des politiques parler de renvoyer les Algériens dans leur pays. Elle termine en nous avouant trouver étrange ce lien d'attachement à un pays en particulier. "Le pays n'a pas d'importance, je suis juste un être humain. Et j'ai l'impression que je ne suis pas la seule à penser ça. Je pense qu'on est nombreux à se dire que c'est bizarre, ces histoires de colonisation"...

Samedi 19 mars - Parc Henri Vinay
Célébration nationale pour les Accords d'Evian
En présence du préfet, du Maire du Puy, des élus et autorités locales et autorités civiles.
Présence des Anciens Combattants et Porte-Drapeaux