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La justice s’embourbe, des vaches meurent, une famille pleure

Par nicolas@zoomdici.com ven 04/02/2022 - 06:00 , Mise à jour le 04/02/2022 à 06:00

Depuis l’implantation d’une antenne 4G à 250 mètres d’une exploitation agricole, 32 animaux sont morts en moins de 6 mois dans le Gaec du Coupet à Mazeyrat d’Allier. Le 1er procès sur l’affaire en date du 20 janvier a été reporté à ce jeudi 3 février. Une heure après le début de cette nouvelle audience, le renvoi est de nouveau décidé. La colère et la consternation ont alors fusé dans la salle du Palais de justice.

« On ne part pas, là ! On reste ! ». « Les messieurs d’Orange, on ne les voit jamais ! Ils ne sont jamais venus dans notre ferme ! On reste ici jusqu’à ce que l’affaire soit jugée ! ». « Les vaches, elles sont en train de crever, bordel ! Arrêter de nous prendre pour des cons ! ». Ils sont une quarantaine à s’être retrouvés sur les bancs du Palais de justice, serrés les uns contre les autres, essayant de déchiffrer ce que disent les avocats à quelques mètres d’eux. Tous sont venus pour trouver une solution à ce mal qui ronge l’exploitation de Frédéric et Yannick Salgues, implantée à Preynat, comme de Mazeyrat d’Allier. Mais quand la présidente du tribunal a décidé une seconde fois du renvoi de l’affaire au 17 février, les insultes ont volé et les larmes ont coulé.

« Les animaux restants se nourrissent bien moins comme s’ils se laissaient mourir »

Depuis l’installation d’une antenne 4G au mois de juin 2021, le comportement du cheptel des éleveurs s’est, d’après eux, totalement modifié. « Nos animaux se regroupent dans le coin le plus opposé à l’antenne, décrit l’un deux. Sur les derniers six mois, nous avons perdu 12 vaches, une génisse et 19 veaux. Tous les chats ont également déserté les lieux. Les animaux restants se nourrissent bien moins comme s’ils se laissaient mourir ».

Il ajoute : « Nous avons tout essayé, suivi tous les conseils. Nous avons troqué nos bacs en métal contre ceux en plastique, on a fait venir des géobiologues, on a mis des faisceaux de cuivre... rien n’a donné ! Comme les autopsies, d’ailleurs. »

L'éleveur, totalement désemparé par le renvoi de l'affaire.
L'éleveur, totalement désemparé par le renvoi de l'affaire. Photo par Nicolas Defay

« En attendant, ce sont mes vaches qui tombent les unes après les autres »

Persuadés que les décès en série sont provoqués par la présence de l’antenne 4G dont Orange est responsable, Frédéric et Yannick Salgues portent alors plainte contre l’opérateur téléphonique. « Elle est installée à 250 mètres de notre exploitation qui comptait environ 200 bêtes. Aucune autre ferme n’est implantée à proximité. Ce que nous demandons pour l’instant, c’est l’arrêt de l’antenne le temps que toute cette affaire soit étudiée ». Il déplore la voix cassée : « Car en attendant, ce sont mes vaches qui tombent les unes après les autres. Mon fils Nathan, qui a 17 ans, voulait reprendre la ferme. Maintenant, cet avenir est de plus en plus compromis ».

« Ces pièces sont importantes car elles montrent un possible dysfonctionnement de l’antenne »

Mais pourquoi ce nouveau renvoi alors que toutes les pièces semblaient réunies. « Un de mes confrères contradicteurs a demandé à la Présidente du tribunal de rejeter les pièces que nous avons produites hier, explique Romain Gourdou, avocat du Gaec du Coupet. Seulement, la présidente a dit qu’il fallait prendre en compte tous ces éléments afin que tous les aspects soient correctement analysés. Elle a donc décidé de renvoyer le dossier au 17 février. »

Les pièces en question sont constituées d’un rapport des champs électromagnétiques, d’un rapport d’autopsie pratiqué à Montluçon, et d’un courrier de la Chambre d’agriculture concernant des courants de fuites issus de l’antenne mis en cause. « Ces pièces sont importantes car elles montrent un possible dysfonctionnement de l’antenne », martèle Romain Gourdou.

La décision du renvoi de l’affaire a alors suscité une vague d’émotion. « C’est honteux ! », s’écrit l’une des personnes présentes. « Une famille meurt et vous en avez rien à faire ! Bande de nazes ! », ajoute une autre.

Chaque semaine apporte son lot de bêtes mortes.
Chaque semaine apporte son lot de bêtes mortes. Photo par DR

« C’est honteux et on ne comprend pas »

Une fois à l’extérieur seulement une heure après le début du procès, les éleveurs et leur famille, leurs voisins, des membres de la FDSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles) ou encore les Jeunes Agriculteurs, apparaissent désabusés. « Nous éprouvons beaucoup de frustrations !, confie Guillaume Avinain, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire. On a des éleveurs qui aujourd’hui connaissent une grande souffrance vis-à-vis de leurs animaux. Leur ferme est en péril. Et on a une justice qui a passé une heure à nous parler de pièces pas produites à temps, de décrets, alors qu’on parle ici de la mort de dizaine d’animaux et de l’avenir d’une famille. À aucun moment, les avocats n’ont parlé du problème. C’est honteux et on ne comprend pas ».

« Dans 15 jours, nous reviendrons au Palais de justice. Et soyez-en certains, nous serons très nombreux ». Laurine Rousset des JA

Laurine Rousset, présidente des Jeunes Agriculteurs de Haute-Loire, s’exprime. « Ce qu’on va faire assurément est que nous allons mobiliser toutes les forces des JA et de la FDSEA pour trouver une solution. Car, on l’a bien vu aujourd’hui, quand on fait appel à la justice, le problème semble écarté. C’est donc à nous de prendre les choses en main. » Guillaume Avinain de rajouter : « Il faut qu’on réfléchisse comment nous allons procéder pour aider les éleveurs. C’est leur propriété, ce sont leurs animaux, c’est leur vie engagée. Il faut voir avec eux et le réseaux ce que nous pouvons faire ».

« Aujourd’hui, on a un jeune de 17 ans qui rêve d’être agriculteur. Il est train d’assister à la destruction de son rêve à chaque fois qu’il entre dans l’exploitation ». Nicolas Merle, de la FDSEA

Les éleveurs, leurs parents, beaux parents, enfants...nombreux sont là. Photo par Nicolas Defay
Les éleveurs, leurs parents, beaux parents, enfants... nombreux sont là. Photo par Nicolas Defay

« Ce qu’on demande est un principe de précaution pour que l’antenne soit arrêtée le temps que la justice se positionne »

Anne Rogues, directrice de la FDSEA 43, partage elle-aussi son désarroi. « Nous voulons, de notre côté, monter un dossier qui soit présentable à un avocat pour repartir en justice. Les bêtes sont en souffrance, les associés sont en souffrance. La pérennité du Gaec est clairement remise en cause actuellement. Ce qu’on demande est un principe de précaution pour que l’antenne soit arrêtée le temps que la justice se positionne ».

Nicolas Merle de la FDSEA :

La solution de déplacer tous les animaux ailleurs ?

« La solution de déplacer plus d’une centaine d’animaux pour les mettre dans une ou plusieurs autres fermes est compliqué. Déjà, nous sommes en hiver et toutes les bêtes de chaque éleveur sont à l’intérieur. Et surtout, si l’on procède ainsi, cela démontrera que nous avons perdu, que nous nous sommes résignés alors que le problème de cette antenne persistera toujours ». Nicolas Merle, vice-président de la FDSEA 43.

« Si ça ne bouge pas, nous allons trouver une autre solution ! »

Nicolas Merle, vice président de la FDSEA, complète en ce sens : « Nous, on est certain que le problème vient de l’antenne car les dysfonctionnements ont débuté dès les premiers jours de son implantation. Mais nous ne sommes pas experts non plus. La solution est qu’on arrête cette antenne provisoirement le temps que les professionnels fassent leur travail, rédigent leurs conclusions et que la justice en prenne connaissance ».

Il termine : « Nous, exploitants, nous ne sommes pas contre la présence des antennes. Mais celle ci n’est pas placée comme il faut. Si elle n’est pas arrêtée rapidement ou déplacée, nous, syndicalement, nous allons trouver une solution. Il faut que les responsables soient conscients de ça. Si ça ne bouge pas, nous allons trouver une autre solution ! »

Les animaux survivants se regroupent tous au même endroit.
Depuis le mois de juin, les animaux survivants se regroupent tous au même endroit. Photo par DR