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Éducation nationale : « Nous sommes très nombreux à être du côté de la résistance »

Par nicolas@zoomdici.com jeu 23/09/2021 - 17:00 , Mise à jour le 23/09/2021 à 17:00

Jeudi 23 septembre, des enseignants du public et d’autres professionnels assimilés se sont retrouvés devant les portes de l’Inspection Académique au Puy. Remontés contre « la maltraitance opérée par le gouvernement », ils assurent qu’aucune concession ne sera faite de leur côté et qu’ils maintiendront la pression dans les jours à venir.

Ils sont une soixantaine devant le bâtiment de l’inspection académique de Haute-Loire. Profs, AED (Assistant d’éducation), AESH (accompagnant des élèves en situation de handicap), électrons libres et syndiqués (Sud Éducation, FO, CGT, FSU), tous sont là pour marteler un mot « maltraitance ».

« Nous sommes révoltés face aux conditions de la rentrée scolaire qui est clairement catastrophique, explique Jordi Cassan, co-secrétaire à la CGT et professeur d’histoire géographie à Saugues et Landos. Nous voulons plus que tout opposer la réalité du terrain au discours du Gouvernement qui prône la bienveillance. Il y a clairement une maltraitance institutionnelle à tous les étages. Les enseignants, les AED, les AESH... et au final, les élèves. Des élèves qui évoluent dans des classes toujours plus surchargées avec des profs épuisés et des situations d’inclusions ahurissantes ».

Photo par Nicolas Defay

Journée d'action

D'après les syndicats, une mobilisation regroupant tous les secteurs du public et du privé est prévue le mardi 5 octobre en Haute-Loire.
Le 19 octobre, une autre manifestation est programmée, concentrée sur Paris, pour la défense du statut et des conditions de travail des AESH.

« Une entité maltraitante, violente, génératrice d’inégalités »

Louise Pommeret, co-secrétaire de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU) Haute-Loire, ajoute : « Il y a trois jours, le collectif « Nos services publics » publiait que quatre agents publics sur cinq étaient insatisfaits de leur travail. Ces mêmes agents évoquent le manque de moyens, les mauvaises conditions de travail et l’inadaptation aux besoins réels de leurs missions. »

Elle soulève alors : « Et c’est même pire. Cette enquête démontre que ces agents considèrent l’administration comme une entité maltraitante, violente, génératrice d’inégalités. » D’après ses données, 7 500 postes dans l’Éducation ont été supprimés depuis l’arrivée au Gouvernement de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, « soit l’équivalent de 166 collèges rayés de la carte ! », livre Louise Pommeret.

Louise Pommeret, cosecrétaire de la FSU Haute-Loire. Photo par Nicolas Defay
Louise Pommeret, co-secrétaire de la FSU Haute-Loire. Photo par Nicolas Defay

« Le Gouvernement, avec ses directives absurdes, est totalement déconnecté de la réalité »

Du côté de Force Ouvrière, le syndicat annonce une liste de revendications qu’il faudrait mettre en place selon lui pour « sauver l’école publique ». « L’augmentation des salaires et le dégel du point d’indice sont bien entendu l’un des axes des combats à tenir, insiste Guy Thonnat de FO. Mais il faut également la suppression pure et simple des PIAL (Pôles Inclusifs d'Accompagnement Localisés) affectés aux AESH. Car tout est lié. Si le personnel AESH ne peut remplir ses missions d’inclusion dans de bonnes conditions, alors c’est non seulement l’élève en situation de handicap et sa famille qui sont sanctionnés mais également tous les élèves de sa classe. Le Gouvernement, avec ses directives absurdes, est totalement déconnecté de la réalité ».

Part des grévistes ce jour du 23 septembre

L'Inspection Académique a partagé les chiffres concernant la grève des enseignants de l'Education nationale (les autres agents ne sont pas comptabilisés) :
En Haute-Loire:

  • Collège : 4.09%
  • Lycée pro : 6.25%
  • Lycée général : 4.44%
  • 1er degré : 1.44%

Dans l'académie :

  • Collège : 6.66%
  • Lycée pro : 5.20%
  • Lycée général : 3.65%
  • 1er degré : 1.37%

« Une hécatombe pour les professionnels mais un véritable traumatisme pour les élèves concernés »

Jordi Cassan détaille les formes de maltraitances que lui et ses confrères et consœurs mettent en exergue devant l’Inspection Académique. « L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques ), qui est loin d’être une entité de gauchistes, a montré que les profs en France sont sous payés. Leur rapport rappelle aussi la précarisation en place avec le recours massif des contractuels chez les enseignants ».

Concernant les AESH, il détaille leurs conditions de travail. « Elles gagnent environ 700 euros par mois [il ne s'agit pas de temps pleins, Ndlr] pour s’occuper d’enfants en situation de handicap. Vous vous rendez-vous compte ? 700 euros par mois ! Comment peut-on vivre avec ça ? C’est révoltant. Avec les PIAL mis en place par Jean-Michel Blanquer, le Gouvernement a réussi à mutualiser les moyens sur un regroupement de lycées, collèges et écoles. Ainsi, au lieu qu’une AESH ne s’occupe que de deux ou trois élèves qu’elle suit dans l’année, elle doit à présent changer constamment d’élèves et d’établissements. »

Il assène alors : « Quand on sait l’importance de la relation de confiance entre un ou une AESH et les élèves accompagnés, les PIAL sont une catastrophe absolue ! C’est une hécatombe pour les professionnels mais un véritable traumatisme pour les élèves concernés. Comment le Gouvernement peut-il imaginer cette directive comme une amélioration pour tout le monde ? C’est justement l’exact contraire ! »

Photo par Nicolas Defay

« L’école en France est en train de payer l’abandon des institutions et des classes spécialisées »

De l’avis de tous, l’inclusion scolaire est bénéfique et pour les élèves en situation de handicap et pour tous les enfants et étudiants de la classe. « Mais il faut qu’elle se fasse dans de bonnes conditions, appuie Jordi Cassan. Les AESH sont des personnes extrêmement précarisées. Aucune formation n’est obligatoire pour prendre en charge des élèves handicapés. C’est simplement inacceptable ! L’école en France est en train de payer l’abandon des institutions et des classes spécialisées. Nous sommes là, encore une fois, dans une véritable maltraitance. »

Le professeur d’histoire-géo termine ainsi : « Nous allons nous mobiliser en masse le mardi 5 octobre avec tous les travailleurs du public et du privé. Ceci, pour montrer à l’ensemble du Gouvernement que nous sommes très nombreux à être du côté de la résistance ».