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5000 spectateurs assis : comment l'été culturel se profile-t-il en Haute-Loire ?

Par annabel@zoomdici.com lun 22/02/2021 - 06:00 , Mise à jour le 22/02/2021 à 06:00

Ce jeudi 18 février, la presse nationale s’est fait écho d’une annonce gouvernementale concernant les festivals de l’été 2021. Pas plus de 5 000 spectateurs, assis et distanciés. Comment les festivals de Haute-Loire ont-ils pris la nouvelle ? Nous avons posé la question à quelques uns d’entre eux.

Au festival des Nuits de Saint-Jacques, on reste sur la configuration initiale jusqu’à nouvelles précisions. « L’annonce du ministère de la culture donne un canevas, explique Emmanuel Boyer, directeur du développement du territoire et de la promotion de l’Agglomération du Puy-en-Velay, mais les modalités restent à définir, des modalités qui peuvent encore changer du tout au tout en fonction de la crise sanitaire. » La jauge maximale du jardin Henri Vinay, en configuration debout, est de 7 000 personnes. Combien en places assises avec distanciation ? Les organisateurs du festival ne le savent pas à ce stade. Pas sûr qu’il y entre 5 000 personnes. « Ça dépend du lieu, souligne Emmanuel Boyer, ce sont les sapeurs-pompiers qui déterminent cela en fonction des conditions de sécurité. » 
Quand bien même le festival changerait de modèle économique, reste l’interrogation de la présence des artistes. « Si certains festivals sont annulés, les tournées seront-elles maintenues ? » s’inquiète Emmanuel Boyer. Le Gouvernement promet des aides aux festivals annulés mais celles-ci restent à définir. En tout cas, à l’heure actuelle, le festival des Nuits de Saint-Jacques continue de vendre des places en quantité, selon Emmanuel Boyer qui remercie les spectateurs de la confiance et de la solidarité dont ils font preuve : « c’est très encourageant et ils savent qu’au pire, comme l’année dernière, ils seront remboursés. »

À Sainte-Sigolène, le festival des Brumes, lui, n’a pas reporté son édition de l’an dernier. Il a carrément annulé pour partir d’une feuille blanche. L’objectif étant d’être le plus flexible possible. « On savait que le Gouvernement nous demanderait de nous réinventer, explique Cédric Passot, co-président de l’association, donc on n’a pas reconduit les artistes car ça nous aurait engagés sur les mêmes cachets. » Depuis des mois, l’équipe des Brumes planche sur différents scénarios. « On savait depuis plusieurs semaines qu’il faudrait une configuration assise, la seule nouveauté c’est la jauge », analyse Cédric Passot. Or, le stade de Sainte-Sigolène peut accueillir au maximum 6 000 personnes debout. Il n’a dépassé les 5 000 spectateurs qu’une fois de son histoire. Mais rien ne dit que l’édition 2021 se déroulera au stade sigolénois. Tout est envisageable, assure Cédric Passot qui ajoute : « Ce qui est sûr c’est qu’on présentera des spectacles assis. Maintenant, où, quand et pour combien de spectateurs ? Ça reste à voir. » 

Si The Green Escapade a rangé les santiags, Delphine Magaud et son équipe préparent la naissance d’un nouveau festival sur le bassin stéphanois. Le projet, déjà bien avancé, devait se concrétiser cet été. Mais avec le Covid, il est reporté à 2022. La décision a été prise dès l’automne car la recherche de partenaires financiers était entravée par la crise économique. Ce nouveau festival présentera tous styles de musique, il sera avant tout festif et convivial avec une restauration de qualité et une mise en avant de la scène musicale stéphanoise.

Se pose également la question de l’interdiction éventuelle des buvettes et autres formes de restauration. « Ça représente une grosse partie des recettes », souligne Delphine Magaud, ex-organisatrice du festival The Green Escape de Craponne-sur-Arzon (ex-Country Rendez-Vous) qui a disparu en 2019. Cet élément n’est pas évoqué dans le communiqué du ministère de la culture de ce jeudi mais il y a fort à parier qu’ils soient interdits puisque la distanciation y est difficile et le port du masque impossible. « Les gros festivals qui vont quand même se maintenir cet été sont très courageux, estime Delphine Magaud, j’ai entendu ce matin le président des Vieilles Charrues, je lui tire mon chapeau, car je ne vois pas les artistes baisser leurs cachets – ils souffrent aussi beaucoup – et les aides de l’État restent encore floues. » 

Au festival de La Chaise-Dieu, le directeur Julien Caron S’étonne d’entendre les médias parler de festivals uniquement en plein air. En effet, les festivals en salle ne sont pas exclus dans le communiqué du ministère. La jauge maximale de l’abbatiale est de 950 places assises et de 200 musiciens. « Nous envisageons des alternatives comme renoncer aux concerts en dehors de La Chaise-Dieu, réduire le nombre de concerts pour les espacer afin d’avoir le temps de désinfecter, accueillir des effectifs d’artistes moins nombreux... » Déjà le festival international de musique classique a dû renoncer à inviter des ensembles internationaux cette année en raison des difficultés de circulation entre les pays. Ce qui est sûr c’est que le festival ne peut pas se permettre une deuxième annulation (même s’il a continué les accueils en résidence et les huis clos). « Le Conseil d’administration est déterminé mais prudent, relate Julien Caron, les annonces gouvernementales confortent nos perspectives. » Financièrement, le plus gros festival de la Haute-Loire a pu compter sur le maintien intégral de l’aide de l’État pour l’édition 2020, sur les collectivités locales dans des proportions diverses, sur ses mécènes privés « qui sont conscients que le festival a des frais fixes » mais aussi sur les particuliers via des dons « surtout en fin d’année ». « Tout cela nous a aussi permis d’indemniser des équipes artistiques fragiles », se réjouit Julien Caron.

Enfin, c’est aussi l’une des préoccupations des bénévoles du festival du rire d’Yssingeaux. « Nous sommes inquiets pour nos intermittents, certains n’ont plus travailé depuis notre festival, fin octobre 2020 », constate Carole Julien. La dernière édition s’est terminée juste avant l’instauration du couvre-feu à 20h, en plein 2e pic de l’épidémie. Le festival a alors connu une édition en demi-jauge avec un siège condamné sur deux et désinfection des chaises. « Nous n’avons eu aucun cas de contamination », souligne Carole Julien qui ajoute qu’en demi-jauge le festival est en léger déficit mais sans que cela soit catastrophique. « Tous nos partenaires privés ont donné comme les autres années », se félicite-t-elle. Pour la prochaine édition, fin octobre, des contrats sont pré-signés avec des artistes (les noms ne sont pas encore dévoilés). Et Carole Julien espère échapper aux restrictions. « Nous allons fêter notre 30e édition alors on veut fêter ça bien ! Si on doit passer en demi-jauge, on reportera à l’année d’après. » Mais celle qui apporte le rire dans l’Yssingelais se veut optimiste : « peut-être que d’ici là on sera presque tous vaccinés », conclut-elle en se disant, à titre personnel, pas opposée à l’idée d’un passeport vaccinal pour assister à des spectacles.


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