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Journée du sport féminin : rencontre avec les féminines du Puy Foot

Par . . mer 27/01/2021 - 17:00 , Mise à jour le 27/01/2021 à 17:00

Depuis le 25 octobre, les footballeuses de Division 2 ne peuvent plus jouer et même pas s’entraîner normalement. La D2, c’est la dernière marche avant le plus haut niveau français. Or chez les hommes, en Ligue 2 masculine, équivalent théorique de la D2F, le championnat et la coupe se déroulent presque normalement. Que pensent les joueuses du Puy Foot de cette inégalité manifeste ?

Admises à la montée d’un championnat 2020 déjà arrêté par la pandémie, les filles du Puy foot 43 sont actuellement classées juste au-dessus des relégables après avoir su gagner le match qu’il fallait. Les six matches joués l’ont été contre les plus grosses cylindrées du groupe B (Marseille (juste relégué), St Etienne et Yzeure (1er et 2ème) Albi (4ème). L'équipe n'a pas eu le temps de prendre le rythme de la D2 mais le potentiel, et surtout le moral, étaient bons.

Trois mois plus tard, seule une dizaine de joueuses sont présentes pour un entraînement essentiellement physique et technique et sans opposition puisque le protocole l'interdit. Le moral semble un peu en berne comme nous l’ont confirmé Maeva Gauchet et Aude Moreau (ex-pensionnaire de D1), deux des joueuses emblématiques du groupe, ainsi qu'Elsa Chany, responsable du pôle féminin.

Le foot au féminin, d’autres paramètres à prendre en compte

Les joueuses de football sont de pures amateures. Elles l’acceptent avec philosophie mais elles reconnaissent que les mentalités n’ont pas autant évolué que le laisse croire la nouvelle visibilité médiatique du foot féminin. Maeva Gauchet reconnaît qu’on voit beaucoup plus de foot féminin à la télévision : “Il y a de plus en plus des femmes journalistes dans le foot comme Laure Boulleau et quelques autres. C’est bien, pour le foot en général mais c'est pas certain que ça fasse beaucoup pour nous les filles qui jouons au foot en D2. Les inégalités restent mais, on le sait, on fait avec.

Aude Moreau, une joueuse qui a connu le plus haut niveau avec des clubs comme le PSG ou Saint-Étienne confirme : “À la différence des garçons, il n’y a presque pas de professionnelles à part dans quelques clubs où des filles ont des contrats un peu bidonnés qui leur permettent de ne faire que ça. Ici au Puy, nous avons toutes un job à côté, il faut jongler avec les horaires pour pouvoir s'entraîner sérieusement et comme on joue le dimanche, ça ne gène pas les employeurs. Il faut aussi le faire accepter à son copain ou pour certaines qui ont des enfants, à toute la famille”. Elle conclut dans une pointe d’humour : “Pour moi, c’est plus simple, mon copain n'a pas son mot à dire. Il le sait et c'était une des conditions préalables”.

La maternité et l’âge, deux autres paramètres pour les sportives

Reste qu'au-delà de l’humour, on sent une certaine résignation. Aude comme Maeva sont, à près de 30 ans, plutôt vers la fin de carrière, pas seulement parce que les jeunes les poussent mais parce qu’un autre calendrier et une pression sociale vont le leur imposer. La fin de carrière et la maternité, j’y pense”, confie chacune des deux joueuses.

 "Dans l'idéal, on se dit qu'on pourra toujours revenir jouer, parce que t’as ça dans le sang et que tu sais que ça va te manquer. Il y a des filles qui le font et qui sont mamans, certaines mêmes  plusieurs fois, comme Pauline (Pauline Cours-– BelHaj est maman, footballeuse et pâtissière). Mais je me dis que ça sera plus avec les mêmes objectifs”, explique Aude Moreau qui a bien réfléchi à la question. “Je m’étais donné une limite d’âge pour jouer au plus haut niveau, 30 ans. Et puis là, avec cette année tronquée, c’est décevant, j’ai pas trop envie de finir sur une demi-saison. Du coup,  je risque de remplir une année encore, sauf peut-être si on devait descendre en R1”.

C’est sûr", reprend Maeva, “Moi aussi je commence à y réfléchir. En fait, tout dépend comment tu récupères de ta maternité, c’est plus le corps qui le dicte que toi. Ça fait une différence en plus avec les garçons. Il faut reconnaître que être papa, c'est pas les mêmes paramètres, même si aujourd’hui beaucoup s'investissent avec les enfants”.

Les 24 heures du sport féminin, une illusion médiatique ?

En Haute-Loire, en 2020, on compte 22 153 filles licenciées dans les différents sports contre 35 700 garçons. Plus de 1000 jouent au basket et 1436 ont une licence de football.

La visibilité du foot féminin est la conséquence d’une politique volontariste des pouvoirs publics qui a initié un accord entre la télévision, le ministère des sports et le comité olympique pour plus de visibilité à la télévision.

Symboliquement, on a aussi décidé de faire du 24 janvier la journée du sport féminin.

La chaine l'Équipe a programmé ce week-end 24 heures de sport féminin et le journal l'aurait fait aussi sans une grève des journalistes.

Le club du Puy Foot a aussi célébré le sport féminin dans un article publié sur le site internet du club ce dimanche 24 janvier 2021 intitulé C’est la journée internationale du sport féminin !" .  Le club a aussi fait un bel article sur Pauline Court– BelHaj. Mais concrètement, à l'entraînement, il n’y a pas eu d’écho particulier.

C’est important qu'on voie plus de foot féminin à la télévision, ça attire les filles, ça leur montre que c’est possible pour une fille de pratiquer du beau football et même à un haut niveau. Ça risque donc d’être plus facile pour les filles de s’y mettre qu’à notre époque. Car à leurs débuts, que ce soit Maeva ou Aude, c'est-à-dire dans les années 2000, pas il y a un siècle, ça n'a pas été une évidence de convaincre les parents et surtout les garçons de laisser les filles jouer au foot avec eux.

"Moi aussi ma première licence, c'était en danse ! " 

Pour moi, le foot ça a été une évidence”, raconte Maeva "mon père était pro, ça a aidé et je pense que j’ai toujours eu un ballon à portée de pied mais j'étais officiellement inscrite en danse comme les copines”.

Curieusement du côté d'Aude Moreau, c'est presque la même anecdote : “Ah oui ! moi aussi ma première licence, c'était pour faire de la danse. D’ailleurs officiellement pour mon instit’ je faisais de la danse mais dans la cour de l’école je passais mon temps à jouer au foot avec les garçons qui m'acceptaient sans problème. Et c’est cet instituteur qui a vendu la mèche un jour en demandant à mes parents si je jouais au foot en dehors de l’école. Mon père ne le concevait pas et puis il a accepté l’idée”.

Une inégalité structurelle voyante même en 2020

En France, les ministres de sports sont de plus en plus souvent des femmes. L'équipe de France de foot fait recette quand elle se déplace. Les féminines de l'OL ou du PSG gagnent tous les titres européens. Ailleurs, les Suédoises et les Américaines championnes du monde ont réussi à obtenir une équité dans les salaires. En France, rien de tout ça. Les instances de la fédération sont exclusivement masculines depuis le retrait en 2020 de Nathalie Boy de la Tour, seule et unique dirigeante de la Ligue de football professionnel.

En 2020, les inégalités structurelles sont devenues très voyantes lors de la répartition par la ligue de football du milliard et demi de droits TV

La clé de répartition a exclu presque totalement les équipes de football féminines de division 1 à moins qu'elles ne soient appuyées sur une équipe masculine professionnelle. Elle exclut complètement toutes les équipes de division 2 alors qu'en face, les équipes masculines, professionnelles comme amateurs, reçoivent toutes de l'argent. La coupe de France a été maintenue chez les garçons mais annulée pour les filles. Bref, pas de quoi favoriser l'essor du foot féminin.

Difficultés en plus à se remotiver dans ce temps de pandémie

On l’a dit, pour les filles du Puy, plus aucun match depuis la suspension du championnat fin octobre et aucune visibilité quant à la reprise. En plus, le contexte de cette fin janvier avec la perspective d’un troisième confinement ne rassure pas la responsable du pôle féminin du Puy.

"C'est l'avenir qui nous inquiète". Elsa Chany

 l'entraînement, le protocole interdit toute forme d'opposition et, avec le couvre-feu à 18 heures en plus, les gens ont pris l'habitude de rentrer tôt, ça n'aide pas à organiser des entraînements et maintenir la motivation. On n'a pas de visibilité et aucune information quant à une reprise éventuelle ou même les modalités pour finir ce championnat. On est dans l'attente et dans l'incertitude totale", explique la coach Elsa Chany. Elle poursuit : "Pour le moment, on a eu peu de défections et peu de demandes de remboursement de licences. Ce qu'on craint, c'est pour l'avenir. Des filles auront peut-être testé d'autres sports avec moins de contraintes. On pense aussi aux arbitres qui ne peuvent plus compter sur les primes de matches et aux bénévoles qui ne peuvent plus s'investir comme avant."

Le 24 janvier 2021 a été en théorie une journée internationale du sport féminin mais dans les faits, ce n’est pas une politique, si volontariste soit-elle qui va sauver le foot au féminin mais plutôt l’assouplissement du protocole permettra au moins des oppositions amicales. En plus, on joue bien chez les garçons. Alors la seule équité qui vaille est celle du terrain.

T.C.

Le sport féminin en chiffres

En Haute-Loire, on compte 22 153 licenciées féminines sur un total de 57 873 licenciés, soit plus de 38,4% de licenciées féminines dans le département. La moyenne nationale est aux alentours de 38,6%.
Au plan national, le sport féminin comptait pour seulement « 7 % des retransmissions sportives sur les écrans en 2012 », une part depuis passée à 18 % en 2019. Malgré tout peu de compétitions féminines diffusées en 2020 pour dépasser le panneau de verre des 20%.
50 % des 16-24 ans pratiquent une fois par semaine.
Le taux des femmes présentatrices de programmes de sport à la télévision (qu’elles soient présentatrices, commentatrices, joueuses interviewées sur le bord du terrain, supportrices ou médecins interrogées sur une thématique sportive) est passé de 16% en 2016 à 25% en 2019.
48% des Français ne connaissent aucun nom de sportive française en activité.
Le taux de féminisation de l’ensemble des instances dirigeantes des fédérations sportives agréées est passé de 26,5 % en 2013 à 34,8 % au 1er juin 2017.
Si l'on compare les salaires de la L1 (compétition masculine) et de la D1 (compétition féminine), les femmes sont payées 10 fois moins que les hommes. 4 000 euros par mois en moyenne chez les joueuses contre 50 000 chez les joueurs.
Pour les filles du puy foot, elles sont pour la plupart sans contrat au club et ne peuvent pas reprendre dans des conditions classiques dans un championnat à l’arrêt.