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Tence : un grand projet culturel, quatre solides piliers et un flot de passion

Par nicolas@zoomdici.com sam 16/01/2021 - 07:30 , Mise à jour le 16/01/2021 à 07:30

Un espace de télétravail ultra équipé, cinq chambres d’hôtes, des vélos électriques en location et, par dessus-tout, un véritable lieu de culture vivante. Catherine Jabaly, animée par un amour sans équivoque pour le plateau du Chambon, s’embarque dans une aventure immobilière où l’Art et ses acteurs en seront les principales fondations.

Catherine Jabaly ? Elle est née à Roubaix et a vécu principalement à Rouen. Cette « ingénieuse culturelle » travaille depuis plus de 25 ans auprès du monde de la culture pour distiller son expertise aux structures comme les organisateurs de festivals ou les collectivités locales. À la lecture de ses premières lignes, les mauvaises langues vont alors aussitôt se demander ce que cette femme urbaine connaît de la ruralité et notamment du vieux bourg de Tence et ses 3 000 âmes. « C’est vrai que j’ai presque toujours habité dans de grandes métropoles de par mon activité, explique-t-elle. Mais cela fait maintenant 8 ans que je vis au Chambon-sur-Lignon, dont les six dernières années à temps plein ».
Et si elle a choisi de poser ses valises dans cette commune parsemée de symboles historiques, c’est justement que sa propre histoire est teintée des mêmes cicatrices. « Je suis d’autant plus sensible à cette terre lorsque j’ai appris que mes grands-parents étaient des Justes, confie-t-elle. Ensemble, ils ont dirigé une maison pour recueillir et protéger des enfants juifs de la Shoah».

Photo par Photo DR

Un antique hôtel-restaurant deux fois centenaire

Souhaitant mêler sa passion pour la culture et son amour pour le plateau, Catherine Jabaly déniche alors un trésor abandonné depuis 15 ans au cœur du village de Tence. « Cela faisait un moment que je regardais cette maison délaissée, livre-t-elle. C’était un ancien hôtel-restaurant appartenant à la famille Chouvenc, une maison qui date de la fin du 19ème siècle. Les propriétaires ont eu du mal à la vendre car encore trop attachés à elle et à son histoire. En 2020, ils ont changé d’avis. Ils ont eu plusieurs propositions de projets mais ils ont choisi le mien pour son côté notamment culturel, rappelant un peu l’ambiance de ce qu’il se passait avant, à l’âge d’or de son activité. »

Dans les années 1960, plus de 50 commerces entouraient activement la place du Chatiague (Petit Château en patois) dont la maison acquise à présent par Catherine Jabaly. « J’ai été tout de suite séduite notamment par son imposante marquise en verre servant autrefois à abriter la terrasse du café », ajoute-elle. Au mois de juillet 2020, elle signe l’achat de l’établissement pourtant en piteuse état.

Photo par DR

Ouverture souhaitée en juillet 2021

Le projet. Quatre piliers se construisent dans la tête de Catherine Jabaly qu’elle compte bien bâtir dans son bien fraîchement conquis. Le premier reprend une partie de l’âme de l’ancien hôtel. « Je souhaite rénover profondément les 6 chambres existantes pour en faire 5 au total, détaille-t-elle. Quatre seront standards et la cinquième destinée par exemple à une famille avec beaucoup plus d’espace ».

Pour arriver aux résultats escomptés , Catherine Jabaly s’entoure d’un collectif de cinq jeunes architectes nantais (Pignon sur Champ). « Les travaux principaux vont concerner l’intérieur de la maison, précise-t-elle. Nous allons un peu toucher à la façade et consolider le toit en lauze, mais je souhaite garder le charme ancien de la bâtisse sur cette ancienne place des bestiaux . » L’imposant toit en pierre bleu va bénéficier de l’expertise et de l’aide des Fondations du Patrimoine car la maison est située dans un secteur protégé en face d’une chapelle classée au Monuments historiques.

Projet en cours. Photo par Cabinet d'architecte Pignon sur Champ

« Il y aura une imprimante dont une en fonction 3D »

Le second pilier est l’ancienne salle de restaurant. À la place des vieilles tables où se retrouvaient jadis les clients, huit postes informatiques seront présents pour un espace de coworking et de télétravail. « Bien avant les confinements successifs qui ont boosté l’utilisation du télétravail, j’utilisais déjà depuis longtemps cette méthode pour correspondre avec différents interlocuteurs en France et en Europe, partage Catherine Jabaly. Donc, je sais parfaitement ce qu’il faut pour travailler de cette façon et quelles sont les problématiques rencontrées avec ce procédé ».

Les nouveaux clients ayant faim de concentration, de calme et de technologie trouveront donc tout ça au menu. « Il y aura une imprimante dont une en fonction 3D. Un espace à part et clos sera également pensé pour la visioconférence », souligne-t-elle. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, Tence est loin d’être une zone blanche pour les télécommunications. Les connexions internet sont optimales, la fibre traversant le bourg de part en part.

Photo par DR

Parcourir le plateau en vélo électrique

Cette maman de deux enfants a proposé à son fils David de l’accompagner dans son projet. Et c’est lui-même qui construira le troisième pilier. « David a 29 ans et il est le concepteur de vélo à assistance électrique de très haute qualité à Rouen, indique Catherine Jabaly. Il propose des cycles innovants et sur mesure avec son entreprise Whatt ebyke. Pour son projet dans la maison de Chatiague, nous avons convenu qu’il pourrait investir le sous-sol afin d’y établir son atelier. Il va proposer ses vélos à la location et à l’achat. Pour la première année d’activité, il aura 10 vélos dont un vélo cargo pour transporter des charges jusqu’à 150 kg ou deux personnes en remorque. » L’utilisation des vélos à assistance électrique ne cesse de se démocratiser un peu partout. D’autant plus qu’à proximité, la Via Fluvia et la Via Dolce restent très empruntées par les cyclistes.

Photo par DR

Projet culturel recherche artisans

Catherine Jabaly fait un appel aux artisans qui seraient prêts à dispenser leurs savoir-faire dans son projet professionnel et culturel.

Contact au 07 49 91 48 10 et contact@maisonchatiague.com

"Je veux que ce lieu devienne une adresse d’art et de culture, un endroit vivant au profit du centre-bourg de Tence"

Enfin, le quatrième pilier apparaît comme le plus important, constitué d’une partie d’être de Catherine Jabaly. « Chassez le naturel, il revient au galop, commence-t-elle. Je veux que ce lieu devienne une adresse d’art et de culture, un endroit vivant au profit du centre-bourg de Tence. Il y aura des concerts, du théâtre, des conférences et des expositions de qualité. L’intérieur de la maison n’a pas vocation a accueillir ce genre d’évènements et tout se passera sous la magnifique marquise. »
Elle a d’ailleurs déjà baptisé sa programmation culturelle : Les Rendez-vous de la Fontaine. « Dans un premier temps, je veux me concentrer sur les événements des autres avec l’aide d’associations telles que les jeunes de The Fox Box ou celle des Amis du Vieux Tence. Je vais m’appuyer également avec les Lectures sous l’Arbre de l’Arbre Vagabond ou encore le festival de la Chaise-Dieu, entre autres ». Mais dès la deuxième année, elle produira son propre agenda toujours en partenariat avec le tissu associatif de la Communauté de communes et puisant dans le vivier d’artistes et d’acteurs de la culture du département et au-delà.

Photo par DR

Remettre un peu d’hier dans nos existences d’aujourd’hui

« Ce n’est pas une lubie, avertit Catherine Jabaly. Je n’arrive pas comme ça, la fleur au fusil, sans connaître le territoire. Mon histoire familiale est ancrée dans cette terre. Et que ce soit moi ou mon fils, on et là pour y rester. D’autre part, mon projet est un projet en complémentarité avec d’autres structures et non en concurrence. Je ne vais pas faire de restauration par exemple ce qui me permettra de conseiller mes clients à aller dans les restaurants de la ville. D’autre part, ce que je présente à la Maison Chatiague n’existe pas dans le bourg de Tence ».

Elle termine en ces mots : « Avant, la place de Chatiague était emplie de monde et de vie. Plus que tout je voudrais contribuer à ce que cette vie d’hier, cette vie de fêtes populaires et de bouillonnement culturel et humain, revienne un peu dans nos vies et nos existences d’aujourd’hui ».