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Déviation RN88 : feu vert donné par le Préfet

lun 02/11/2020 - 13:42 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:08

Après l’enquête publique estivale (extrêmement décriée par les très nombreuses associations de défense de l’environnement) donnant un avis favorable à la faisabilité et la légalité du projet routier, la satisfaction des maires des bourgs concernés par le tracé, l’approbation du Conseil départemental, il ne manquait plus qu’au Préfet de la Haute-Loire, Eric Étienne, de partager son ressenti sur le sujet.

Depuis le samedi 28 octobre, c’est chose faite. Un arrêté préfectoral a été mis en ligne sur le site du bâtiment d’État accordant la construction de la 2X2 voies pour contourner les villages du Pertuis et de Saint-Hostien. À terme, les voitures gagneront ainsi, d’après la page 553 du rapport de l’enquête publique, entre deux et trois minutes de trajet et soixante secondes pour les poids-lourds.

----Combat aussi sur la toile
Celline Gacon, membre d’Europe Ecologie Les Verts, a posté un message sur le réseau social FaceBook : « La nouveau préfet a donné son autorisation pour la 2X2 voies sur la RN 88, mais la mobilisation est de plus en plus importante ! #luttedessucscollectif ! Nous comptons tous sur vous ! Certains élus se sont fortement engagées à la région #myriamld et une certaine candidate (Fabienne Grebert, Ndlr) pour les élections régionales s’est déjà prononcée pour l'abandon et la modification de ce projet pour un plus sobre, plus respectueux de l'environnement et de l'argent public ».-----Une décision actée en amont selon la FNE 43
Aussitôt l’arrêté publié, l’association France Nature Environnement (FNE), entité composée de 25 associations et collectifs partenaires, a réagi pour indiquer les défaillances du document.
« Il est conforme aux décisions déjà prises bien avant l'enquête publique, bien avant les avis des experts environnementaux, bien avant l’Autorité Environnementale, des Conseils Nationaux de Protection de la Nature (CNPN), et des Associations environnementales agrées, s’indigne Jean-Jacques Orfeuvre, vice-président de la FNE 43. Le Conseil Départemental a donné un avis favorable à condition que les préconisations du CNPN soient respectées. Qu’en est-il de l’avis du préfet en la matière ? »

« Quelle médiocrité ! »
Jean-Jacques Orfeuvre pointe du doigt les premiers arguments des 47 pages de l’arrêté préfectoral.
« Un exemple probant est mentionné dès la page 4 (et en page 43, Ndlr), assure-t-il. Il est écrit que le projet va réduire les impacts en matière de pollution de l'air pour Saint-Hostien et le Pertuis. Cela tombe sous le sens étant donné que le flux de voiture sera dévié de ses villages ! Mais avec deux kilomètres de plus d’axes routiers à construire et une vitesse bien plus importante pour arriver au gain de temps prévu, un enfant de CM2 doit pouvoir calculer l'augmentation de la pollution de l'air qui va être beaucoup plus importante pour tout le territoire concerné !  Quelle médiocrité ! »

Une chronologie pas respectée
Le vice-président de la FNE 43 évoque également un problème de chronologie au sujet de l’analyse des mesures compensatoires.
« L’ensemble des mesures compensatoires concernant l’altération, la destruction des zones humides (plus de 40 ha)  auraient du être trouvées avant le début des travaux, déplore Jean-Jacques Orfeuvre. Or, l’arrêté indique en page 37 (et en page 42, Ndlr) : « L’ensemble des mesures compensatoires (…) devront être finalisées au plus tard avant la fin des travaux.
La FNE 43 s’inquiètent alors sur le fait qu’aucune garantie n’est apportée quant aux bons traitements de ces mesures compensatoires.

----Une rencontre inutile avec le Préfet
Le président la FNE 43 Renaud Daumas, en compagnie de son vice-président et d’autres membres de l’association ont été reçus par Eric Etienne il y a près de deux semaines. « Nous avions pensé qu'il avait entendu nos questionnements, confie Jean-Jacques Orfeuvre. Nous avions cru qu'il tiendrait compte de certaines de nos inquiétudes. Il n'en n’a rien été. Suite à cette rencontre, il a même refusé de répondre à nos question telle que la réelle validité de la Déclaration d'Utilité Publique de 1997 ».-----Pas de garantie sur les restructurations environnementales
L’autre sujet qui fait monter au créneau l’association écologique concerne la dérogation au titre des espèces et habitats protégés.
Selon l'arrêté en page 40, « les surfaces et linéaires servant de la compensation représentent un total de 149,55 ha et 8,98 km de murets et 59 km de haies. Les garanties de maîtrise foncière des mesures (…) seront transmises à la DDT et à la DREAL service Eau, Habitat et Nature pour validation dans un délai maximal d’un an à compter de l’entrée en vigueur du présent arrêté ».

Jean-Jacques Orfeuvre s’inquiète en ce sens : « Encore une fois, rien ne garanti que ces superficies soient trouvées ! D'autant que nous sommes incapables de connaître celle existantes aujourd'hui et qu'il n'y a pas de possibilité d'expropriation. Une trentaine d'ha serait seulement trouvée sur les 190 ha nécessaires ! »

Une bataille juridique en devenir ?
Dépité, Jean-jacques Orfeuvre ajoute : « On aurait du comprendre que les dés étaient déjà jetés lorsque le Préfet a déclaré dans le journal Le monde, le 24 octobre dernier, qu’il existe des procédures judiciaires et que si les opposants ne sont pas d'accord, des recours existent. »
Il pose alors la questions : « Est ce que c'est la seule solution pour Eric Étienne de dégager ce projet néfaste et penser un autre compatible avec les enjeux environnementaux actuels ? »

Nicolas Defay