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200€ d'amende systématique pour les usagers de drogues

sam 03/10/2020 - 01:16 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:08

La forfaitisation des délits de stupéfiants est une initiative du Gouvernement annoncée en 2018 par Gérard Collomb, alors ministre de l'intérieur de l'époque. "Le fait de punir financièrement et de façon immédiate la personne mise en cause va l'encourager à ne pas continuer, assure Eric Etienne. 200 euros, ce n'est pas rien." Précisément, cette mesure va permettre aux agents de l'ordre d'interpeller directement un contrevenant de plus de 18 ans pris en fragrant délit d'usage de drogue en lui imposant une amende de 200 euros, payable sous 45 jours. Elle sera minorée à 150 euros si elle est réglée sous quinze jours. Par contre, les 45 jours dépassés, elle passe à 400 euros.

Peu importe la drogue, l'amende reste la même
Un détail important est que le paiement de l'amende met aussitôt fin aux poursuites judicaires. "Il n'y a pas de forfaits différents selon les drogues utilisées, continue Eric Etienne. Ce sera la même amende pour tous quelle que soit la substance."
D'après Nicolas Rigot-Muller, procureur de la République du Puy-en-Velay, toutes les drogues sont présentes dans le département avec quelques disparités pour certaines. "En Haute-Loire, il y a peu de consommateurs d'ecstasie et plus de sujets à l'héroïne, par exemple", partage-t-il. Le cannabis, que ce soit la résine ou l'herbe, reste comme dans toute la France la drogue, récréative ou non, la plus consommée. D'après les données gouvernementales, le pays compte 900 000 usagers quotidiens de cannabis.

"Nous effectuons des contrôles dans 12 lieux différents chaque jour"
"Non seulement, cette mesure est très dissuasive pour l'usager mais elle va également casser les marchés des revendeurs de drogue
, souhaite le préfet de la Haute-Loire. Car si on limite à la base la possibilité d'achat, alors on limite également la demande de stupéfiant." En gros, moins d'argent, moins de pouvoir d'achat. Moins de pouvoir d'achat, moins de demande, moins de drogue qui circule.

Depuis le 1er septembre 2020, il y a eu 200 patrouilles pédestres en zone gendarmerie et 80 en zone police. "Nous effectuons des contrôles dans 12 lieux différents chaque jour, intervient Eric Cluzeau, directeur départemental de la sécurité publique. Ce partenariat entre la gendarmerie, la police nationale, la mairie et l'Etat se révèle clairement efficace pour faire baisser la délinquance à tous les niveaux".

Opération dans des lieux stratégiques
Michel Chapuis, maire de la cité ponote, applaudit les opérations de contrôles et l'application de la forfaitisation en question. "L'équipe municipale est très soucieuse de la sécurité des rues du Puy. Et il faut que les gens prennent conscience que des actions sont faites même si on ne les voit pas forcément."
Le groupe local de traitement de la délinquance, spécialisé en matière de stupéfiants, définit quant à lui les lieux les plus enclins à dissimuler usagers et trafiquants. "De 17 à 21 heures, nous allons envoyer 16 effectifs du commissariat à la place du Théron dans le centre-ville du Puy et sur le Pôle intermodal, précise Eric Cluzeau. Ce sont des lieux d'échanges et de brassage. Il y aura des contrôles des conducteurs et des piétons". En zone gendarmerie, par le biais de ces contrôlés renforcés, les militaires ont ainsi retrouvé plusieurs cultures de cannabis récemment.

"Nous travaillons aussi sur la prévention et notamment avec les lycéens du département"
Est-ce que cette mesure accentuera le seul coté répressif au détriment du préventif ? "Non, répond Eric Etienne. Nous travaillons aussi sur la prévention et notamment avec les lycéens du département. Lundi, si mon agenda ne change pas, je vais justement à Monistrol-sur-Loire à la rencontre de ce public pour le sensibiliser sur le sujet. Et surtout sur le fait qu'il est interdit de consommer des stupéfiants, d'autant plus avant de prendre le volant. La forfaitisation des délits de stupéfiants est une réponse immédiate et franche. Mais la prévention se doit d'être toujours plus développée en priorité dans les établissements scolaires".

----Ce vendredi soir, une vingtaine de policiers ont contrôlé une quarantaine de véhicules en centre-ville du Puy. Bilan : une fausse immatriculation repérée, une amende forfaitaire délictuelle de 200€ pour usage de stupéfiant et un conducteur interpellé et incarcéré pour conduite malgré l’annulation de son permis pour cause d’alcool et de stupéfiants au volant.-----Pour alléger la chaîne pénale et punir plus de contrevenants
En mettant en route cette machine, le gouvernement vise aussi une diminution des procédures judiciaires afin de booster la chaîne pénale. Car si la consommation de drogue représente un délit passible d'un an de prison et de 3 750 euros d'amende, peu de mis en cause sont inquiétés. En France, près de 140 000 personnes sont enregistrées judiciairement pour usage de stupéfiants chaque année. En 2015, d'après un rapport de la commission des lois, 37 160 personnes ont alors été condamnées. 3 098 peines de prison ont été prononcées dont 1 283 fermes. Cela veut dire que 102 840, ou 73,46%, n'ont subi aucune condamnation.

Nicolas Defay