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Maires à l’Elysée : '''On s’attendait à autre chose'''

ven 24/11/2017 - 15:12 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:49

Zoomdici : Comment avez-vous interprété cette invitation à l’Elysée ?

P.M. : « J’ai considéré que c’était plutôt une opération de communication… J’ai accepté cette invitation ne connaissant pas l’Elysée en lui-même, je n’y étais allé. Je me dis que c’est quand même un des joyaux de notre pays, en termes de patrimoine et de symbole de notre République. Et puis, une invitation du président de la République, on se doit de l’honorer, à moins d’être empêché.
Après, je pense que ça n’a pas répondu à l’attente des 1500 élus. On s’attendait à autre chose. Il n’y a pas eu de prise de parole de la part d’Emmanuel Macron. Il n’a pas fait de discours. On aurait aimé, au moins, savoir dans quelle optique on avait été invité. Si c’était une volonté de communication ou une volonté de comprendre les maires en fonction. C’est peut-être ce qui a manqué. Bon, on a eu une très belle réception, le lieu est magnifique... »

Zoomdici : Vous avez bien mangé ?
P.M. : « [rires] On ne peut pas mal manger à l’Elysée ! Ils n’allaient pas nous servir des sandwichs. Mais ce n’était pas une débauche de luxe. On est resté dans la simplicité, autant qu’on peut le faire à l’Elysée. »

Zoomdici : Vous avez fait un selfie avec Emmanuel Macron. Avez-vous pu échanger avec lui ?
P.M. : « Oui et non. Je l’ai remercié de l’invitation. Je lui ai dit d’où je venais. Je lui ai fait part des soucis qu’on pouvait avoir parfois. Mais bon, il ne pouvait pas tenir des conversations avec plus d'un millier de personnes. »

Zoomdici : C’était la cohue pour l’approcher apparemment ?
P.M. : « Ben, pour le voir j’ai dû attendre 23 heures quand même. On était invité pour 20 heures. Pour le selfie, c’était à la queue leu leu. Donc il fallait avoir une certaine patience. Mais il s’est bien laissé prendre au jeu. Alors tout le monde n’a pas fait de selfie, mais je dirai quand même une majorité. Certains ont abandonné à cause de l’attente. Je vais vous dire pourquoi je l’ai fait. Pour la vie d’un élu, c’est quelque chose qui marque. On n’a pas l’occasion d’entrer à l’Elysée tous les matins, de rencontrer le président de la République tous les jours. Ne serait-ce que pour ma famille, c’est une photo souvenir que je pourrai ressortir dans 20 ans pour la montrer à mes enfants. C’est une page d’histoire pour la vie d’un élu. »

----Chaque Congrès de l’Association des maires de France ne donne pas lieu à une invitation d’une délégation à l’Elysée. En fait, la dernière fois c’était sous la présidence de Jacques Chirac, il y a une quinzaine d’années.-----Zoomdici : Ça aurait pu être n’importe quel autre président, c’était pareil pour vous ?
P.M. : « Oui. Je n’y suis pas allé en signe de soutien à Emmanuel Macron. Si Nicolas Sarkozy m’avait invité en son temps, j’y serais allé. C’est un privilège. D’autres personnes voudraient peut-être être invitées à l’Elysée. On se doit d’y aller. »
 
Zoomdici : Et par rapport à ce président-là, de nombreux maires sont assez remontés, sur divers points. Et vous ?
P.M. : « Sur les contrats aidés, on regrette énormément ces coupes. Pour nous, petites communes rurales, on est très pénalisé par cette situation, notamment dans le domaine scolaire. L’arrêt a été trop rapide, sans concertation. »

Zoomdici : Concernant la taxe d’habitation, actuellement 31 % des foyers fiscaux de Félines en sont exonérés. En 2020, ils seraient 90 %. Ça représente un manque à gagner de plus de 18 300 euros pour la commune.
P.M. : « Aujourd’hui, la taxe d’habitation c’est environ 57 000 euros de recettes pour la commune. Emmanuel Macron nous a dit « demain » ce sera compensé par l’État. Oui, « demain ». 2018 OK. 2019 peut-être. Mais personne ne peut dire – lui y compris – que ce sera le cas à l’infini dans les années à venir. Un prochain président peut toujours revenir sur cette situation. Et c’est des recettes en moins. Dans nos communes, on n’a pas d’autre levier. Alors que personne ne réclamait ça, même les habitants qui la payaient. Alors certes, peut-être c’est mal calculé, c’est peut-être un impôt injuste, j’en sais rien. Alors, il faut peut-être revoir la fiscalité locale. D’ailleurs, c’est ce que le président de l’AMF [Ndlr : François Baroin], hier, a dit : on est prêt à le faire, mais arrêtons de prendre des décisions aussi hâtives. Nous élus, on est aveugle. Là aujourd’hui, vous dire comment faire un budget en 2018, ça va être terrible, je ne sais même pas comment on va construire le budget ! Franchement, pour mes citoyens Félinois, je suis incapable de dire ce qu’on va faire comme travaux l’année prochaine. Alors même si les travaux structurants seront menés par l’Agglomération, elle est autant victime que nous communes. Elle a perdu beaucoup de dotations. Et c’est pas en créant des grands territoires que la richesse arrive. On peut mettre 10 pauvres ensemble, ça fera jamais un riche à la fin. »

Zoomdici : Le lendemain, à l’arrivée d’Emmanuel Macron pour son discours au Congrès des maires, Porte de Versailles, il y a eu des sifflets. Vous-mêmes, avez-vous sifflé ?
P.M. : « Non. Je peux ne pas être d’accord sur tout, mais non, parce que "respect". Je n’aimerais pas qu’on me siffle lors d’une de mes interventions, donc on se doit d’être respectueux. »

Zoomdici : Et vous savez s’il y a des élus de Haute-Loire qui ont sifflé ?
P.M. : « Non. Mais je ne pense pas. Franchement, les élus de la Haute-Loire sont, à mon sens, des gens assez respectueux. »

Zoomdici : Et y a-t-il eu des signes de remontrances à l’Elysée ?
P.M. : « Non. On était invité, on ne peut pas injurier ou siffler son hôte quand même. »

Zoomdici : Iriez-vous jusqu’à dire que c’était un « dîner de cons » comme Gaël Perdriau, le maire de Saint-Etienne ?
P.M. : « Non. Franchement, ce sont des slogans. Bien sûr que c’était une opération de communication. Mais à ce moment-là, nous sommes aussi des cons. Non. C'est sûr que j’attendais mieux, que je suis un peu déçu. »

Zoomdici : Etes-vous également allé au cocktail de Laurent Wauquiez mardi soir au Novotel Tour Eiffel ?
P.M. : « J’étais invité mais je n’ai pas pu y aller pour des raisons personnelles. Je dormais chez des amis dans les Yvelines et c’était trop compliqué avec le train le soir. Sinon, j’y serais allé. Certains maires de Haute-Loire y sont allés. D’autres sont allés à la mairie de Paris qui invite les maires, chaque année, le premier soir du Congrès. »

Propos recueillis par Annabel Walker

>>> Comment ont été sélectionnés les maires invités ?
La préfecture a demandé à l’AMF43 de fournir une liste de 15 noms. Celle-ci s’est concentrée sur les membres du conseil d’administration (au nombre de 28) et a recoupé avec ceux qui se rendaient au Congrès, Porte de Versailles.
Au dîner élyséen, on retrouvait donc :
Jérôme Bay, maire du Brignon
Michel Chapuis, maire du Puy-en-Velay
Bernard Cotte, maire du Mazet-Saint-Voy (il avait parrainé Emmanuel Macron à la présidentielle)
Jean-Jacques Faucher, maire de Brioude, Président de la CC de Brioude Sud Auvergne
Ludovic Leydier, maire de Thoras
Philippe Meyzonet, maire de Félines
Franck Paillon, maire de Blavozy
Christian Poulet, maire de Domeyrat
Marie-Thérèse Roubaud, maire de Langeac
Michel Roussel, maire d’Aiguilhe
Bernard Souvignet, maire de Raucoules
Pierre Gibert, maire de Costaros, a été invité mais ne s’est pas rendu à l’Elysée
Roselyne Beyssac, maire de Chomelix, ne fait pas partie du Conseil d’administration de l’AMF43 mais a été invitée à l’Elysée et s’y est rendue (elle avait parrainé Emmanuel Macron à la présidentielle).
Selon Philippe Meyzonet, il s’agit d’une liste aux orientations politiques variées ; de nombreux maires de petites communes sont sans étiquette. C’est le cas d’ailleurs de Philippe Meyzonet, qui ne veut pas qu’on lui attribue d’étiquette. On peut tout de même le considérer comme divers droit puisqu’il fait partie de la majorité à l’Agglomération du Puy, en tant que vice-président en charge de la filière bois et de la forêt (c'est l'ex-président de l'ancienne Communauté de communes de La Chaise-Dieu). A la présidentielle, il n’avait pas soutenu Emmanuel Macron, en fait il n’avait parrainé personne.