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Chadrac

Patrick Bourret donne tout pour « J’ai tout »

ven 03/03/2017 - 02:54 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:45

« Je voulais tenter cette expérience personnelle, seul en scène », un défi pour Patrick Bourret que de jouer J'ai tout. Et il explique ce choix : « ce texte comporte des choses très actuelles, cette violence crue, cette notion de souffrance au travail. »
Mais pas seulement. Le comédien, admet avoir « été attiré par les traits psychologiques, pour ne pas dire psychiatriques du personnage. »
Un personnage qui pose la question de la folie, « où est-ce que ça commence, où est-ce que ça s’arrête ? On a tous des traits caractériels, parano ou mytho, mais quand ça prend une telle importance, ça devient pathologique », diagnostique celui qui, dans sa vie professionnelle, est médecin généraliste en vieille-ville du Puy-en-Velay.
Un artiste doit-il forcément divertir ?
On l’aura compris, il ne faut pas s’attendre à l’ambiance boulevard, avec ce texte de Thierry Illouz, adoubé par Charles Berling pour le théâtre, en 1999, au festival d’Avignon.
Et Carole Baud, professeure à l’Atelier des arts de l’agglomération du Puy, qui assure la mise en scène, anticipe tout procès d’élitisme : « Intéressant cette forme de théâtre-là, parce qu’en tant qu’artiste je ressens de plus en plus que dans notre société, ce qu’on me fait comprendre c’est : "Il faut nous divertir, hein ! Faut nous faire rire", ironise-t-elle, et je trouve ça très réducteur de nos métiers qui consistent notamment à matérialiser à travers une esthétique, une vision, un témoignage, une partie du monde. Après, le monde il a ses tendresses, ses rondeurs, ses douceurs… Il a aussi ses choses plus difficiles. »
On ne sait pas si on l'aime ou si on le déteste
Patrick Bourret, avec Carole Baud et Ludovic Charasse à la régie lumière, s’est entouré de valeurs sûres et s’en justifie humblement :  « Je ne suis que comédien amateur et ce monologue est très difficile à apprendre. Il fallait que je sois entouré de professionnels, pas possible autrement. »
Le comédien campe ce personnage, qui hante un hall de gare désert et dont on suppose qu’il a tout perdu, « une espèce de mec qui était obnubilé par le travail, pressé de gravir l’échelle sociale avec tout ce que ça supposait de fausse idée du bonheur, en pensant qu’il avait tout », imagine la metteure en scène.
Un de ces personnages « dont on ne sait pas si on les aime ou si on les déteste, prévient celui qui sera seul sur la scène de la Couveuse, on avait avancé dans le travail, Carole m’a dit qu’elle avait du mal à aimer ce personnage. Et il a fallu travailler des choses pour qu’on puisse l’aimer un tout petit peu. »
«La même force que les enfants quand ils jouent»
Et Carole Baud de livrer sa faille à elle : « À force de l’entendre, de voir Patrick se battre avec lui, je me suis rendue compte qu’il avait en lui la même force que les enfants quand ils jouent. Et j’ai trouvé ça très beau, avoue-t-elle, il joue avec une arme imaginaire. Au prime abord, on voit cette façade mégalo et mytho, mais en fait c’est plus complexe que ça. Cet homme rejoue sa tragédie une dernière fois. »
Une pièce peu adaptée aux moins de 14 ans, certes, mais qui sera le traitement de choc idéal pour décrocher de Ruquier et consorts.

J.J.

Billetterie sur place. Tarif : 7 €.
Samedi 4 mars (20 h 30) à la Couveuse de Chadrac (Maison pour Tous).