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Vos supermarchés seront-ils ouverts dimanche ?

jeu 08/12/2016 - 12:11 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:44

Que ce soit pour trouver des jouets, des idées cadeaux ou se fournir en saumon, foie gras et champagne, beaucoup se lancent dans les supermarchés aux cours des derniers jours, lors du fameux grand rush de Noël. 
2016 est une année un peu particulière car deux dimanches des Fêtes de fin d'année tombent des jours féries : le 25 décembre et le 1er janvier. 
Est-il alors pertinent d'ouvrir les supermarchés dimanche ? Certains directeurs estiment que oui, d'autres que non. Petit tour d'horizon. 

----Auchan de Brives-Charensac sera ouvert de 9h à 19h les 12 et 18 décembre. Idem pour le supermarché Géant de Vals-près-le-Puy, de 9h à 20h. Intermarché, à Chadrac, est ouvert tous les dimanches de l'année, de 9h à 12h30 et seul Super U d'Aiguilhe restera fermé les deux dimanches en question.-----"Il n'y a aucun doute sur la rentabilité de ces ouvertures"
A Auchan, les portes seront ouvertes de 9h à 19h les 12 et 18 décembre. "Nous sommes restreints par la législation à n'ouvrir plus que deux dimanches dans l'année", explique en préambule Patrick Seghir, le directeur du magasin à Brives-Charensac. En fait, son magasin n'ayant pas une prédominance alimentaire (sinon on peut ouvrir tous les dimanches matin), il est tributaire d'un accord propre au bassin du Puy (ouverture cinq dimanches, en accord avec chaque mairie), et il résulte du fait qu'Auchan a ouvert plus de trois jours fériés cette année, ce qui lui retranche trois dimanches dans son autorisation, qui lui reste un total de deux dimanches donc.
"Les deux plus porteurs en volume et en euros, que ce soit sur les produits festifs ou les cadeaux, ce sont les deux dimanches qui arrivent", poursuit-il. Une opération rentable, malgré des charges plus importantes sur ces jours précis ? "Oui, ce sont deux dimanches très conséquents en volume de chiffre d'affaires, donc il n'y a aucun doute sur la rentabilité de ces ouvertures", répond-il. 

"Si on n'ouvre pas ces deux dimanches, on va au devant de pertes sèches nettes et sans bavure"
Des ouvertures rentables sur la journée de dimanche, mais la consommation ne se lisse-t-elle pas sur les autres jours de la semaine ? "Non, pas du tout", rétorque-t-il, "sur des périodes aussi fastes, il n'y a aucun souci et de nombreux clients ne peuvent faire leur courses que le dimanche. Si n'on ouvre pas ces deux dimanches, on va au devant de pertes sèches nettes et sans bavure".
Ce qui signifie qu'il serait favorable à ouvrir davantage de dimanches dans l'année ? "Plus que deux, c'est certain", ironise-t-il, "mais pas douze non plus... Il en faudrait peut-être deux ou trois de plus. Tout dépend du positionnement des dimanches. L'an prochain par exemple, ils seront à la veille de jours fériés, donc rien que sur décembre, il y en aura trois ou quatre de très très intéressants", conclut-il.

----Les DLC (dates limites de consommation) des denrées alimentaires commencent à dépasser Noël, que ce soit pour le saumon ou le foie gras par exemple. Tout repose donc sur les promotions que chaque enseigne va mette en place : elles doivent être suffisament alléchantes pour attirer les clients dans les commerces dès ce dimanche. Il existe par exemple des bons de réduction valables uniquement le dimanche...
-----Pour le Super U d'Aiguilhe, "clairement, ce n'est pas rentable"
Ce n'est pas tout à fait le même son de cloche chez Philippe Boutreux, le directeur du magasin Super U d'Aiguilhe, qui a décidé pour sa part de ne pas ouvrir. "Nous avons d'abord une vocation alimentaire et ces achats se feront plutôt au dernier moment, notamment les produits frais qui s'achètent les deux-trois derniers jours", explique-t-il, "et le calendrier de cette année fait que les gens ont toute la semaine pour effectuer leurs achats... L'an prochain, ce sera très certainement beaucoup plus pertinents d'ouvrir les dimanches de décembre". 
Ce qui signifie qu'il est favorable à l'ouverture dominicale et qu'il a ouvert d'autres dimanches cette année (son magasin, ayant une prédominance alimentaire, est autorisé à le faire tous les dimanches matins) ? "Non, je n'ai ouvert aucun dimanche cette année et je n'y suis pas favorable a priori", répond-il avant de développer : "pour l'instant, j'estime qu'il n'y a pas un marché très porteur pour justifier une ouverture tous les dimanches de l'année, exception faite, peut-être, pour la période de Noël ou les soldes, mais le reste de l'année, le marché n'est pas suffisant pour qu'on puisse mettre en route une telle structure, avec toutes les contraintes qui l'accompagnent : frais de personnel, réductions exceptionnelles, etc. Clairement, ce n'est pas rentable".

Pas de rush au drive, mais plutôt au rayon poissonnerie
Le magasin demeure ouvert du lundi au samedi de 8h30 à 20h. Idem pour le drive où il n'y a pas de rush car les gens viennent en rayon pour choisir leurs produits festifs en demandant conseil. "Là où on a le plus d'accélérations", témoigne Philippe Boutreux, "c'est au rayon marée (ndlr : poissonnerie), où l'on réalise en une semaine ce que l'on fait habituellement en un mois, mais aussi en boulangerie pâtisserie et les produits frais en général".
Et pas d'accélérations autour des jouets et des cadeaux ? "Pas vraiment, vu la taille du magasin...", insiste-t-il, alors que son projet d'implanter un hyper à St-Germain-Laprade a été refusé à maintes reprises et qu'il a décidé, à la place, d'une extension du supermarché d'Aiguilhe. "En jouets, on a l'essentiel, avec les produits les plus demandés, mais on ne peut pas non plus rivaliser avec les hyper", complète-t-il.

Un personnel "globalement hostile" et un territoire peu propice à l'ouverture dominicale
Enfin, il avance un autre argument de taille pour s'opposer à l'ouverture dominicale : "le personnel est globalement hostile à venir travailler le dimanche, car ça perturbe considérablement la vie familiale, mais aussi les organisations plus générales".
Pour lui, le territoire n'est guère propice à l'ouverture des magasins le dimanche : "Le Puy-en-Velay n'est pas une ville très urbaine comme Lyon par exemple où il y a des temps de trajet importants, ce qui peut susciter le besoin de faire les courses le dimanche. Chez nous, souvent les gens habitent à cinq-dix minutes de leur supermarché ou de leur lieu de travail, ils ont donc tout loisir durant la semaine de faire leurs courses et le dimanche n'est pas forcément nécessaire pour compenser le temps perdu dans les transports".

Pour "l'épicier du coin", peu de gens vont "acheter leur repas de Noël une semaine avant"
"Moi, j'ouvre tous les dimanches de l'année, les matins, car l'alimentaire est prédominant", débute Philippe Bertuel, directeur d'Intermarché à Chadrac. Il pourrait ouvrir les après-midis pour ces deux dimanches mais conserve son fonctionnement matinal car "ça ne m'intéresse pas et ça ne marche pas".
Il estime que l'alimentaire ne peut guère bénéficier des ouvertures dominicales cette année : "du 18 au 25 décembre, c'est trop loin, peu de gens vont acheter leur repas de Noël une semaine avant. Nous, on se positionne un peu comme l'épicerie du coin, pour acheter des cadeaux, les gens ne viennent pas chez moi, c'est pour les hypers qui ouvrent toute la journée".

"Ce n'est pas une question de rentabilité, c'est carrément la survie d'une vingtaine d'emplois chez moi"
Avec un peu de recul sur l'ouverture de tous les dimanches matins, vous devez être en mesure d'en évaluer la rentabilité non ? Il rit à la question. "Ce n'est pas une question de rentabilité, c'est carrément la survie d'une vingtaine d'emplois chez moi. Si je n'avais pas pris les devants en mai dernier, j'aurais été contraint de licencier".
Même en les payant double ? "Oui, c'est le cas pour mes employés mais en fait les trois quarts qui interviennent le dimanche, ce sont des étudiants, que je ne majore que de 30 % et qui ne travaillent ici qu'exclusivement le dimanche. Le chiffre d'affaires que je génère le dimanche me sauve mes emplois". Un chiffre ? "En gros, c'est un million d'euros par an".

"Les gens ont besoin de travailler et de gagner plus aujourd'hui en France"
Avec de tels chiffres avancés, il doit forcément être favorable à encore plus d'ouvertures... "Je pense que c'est une question de survie", tranche-t-il, "il faut suivre la loi mais si on me redemande de fermer les dimanches matins, il y aura des licenciements à coup sûr".
En place depuis le 22 mai, l'ouverture le dimanche matin "fonctionne bien ici, tant que les gens qui travaillent sont volontaires, tout va bien", ajoute Philippe Bertuel. "Ils gagnent un petit plus et sont contents. Les gens ont besoin de travailler et de gagner plus aujourd'hui en France. Et si quelqu'un veut arrêter, j'en trouve facilement un autre pour le faire. Evidemment, il ne faut pas forcer la main des employés, je m'y oppose formellement", conclut-il.

Avec la loi El Khomri, "la disparition du volontariat et de la majoration des heures travaillées le dimanche"
Afin de prendre le pouls syndical, nous avons contacté Alain Talon, le secrétaire départemental CGT commerce. S'il est déjà défavorable au travail dominical, "un non ferme", il redoute surtout les futures applications de la loi El Khomri, et la fameuse "inversion de la hiérarchie des normes", qui devrait conduire à davantage d'accords d'entreprise au détriment des accords de branche. "Ce qui se profile", prophétise le cégétiste, "c'est la disparition, à petit feu, de la base du volontariat et de la majoration des heures travaillées le dimanche. On va aller de mal en pis". Une conférence de presse est d'ailleurs prévue à cet effet par la CGT Haute-Loire d'ici fin décembre.
Autre argument allant à l'encontre du travail dominical pour Alain Talon : "il n'y a aucune économie supplémentaire de générée, ni aucun emploi". Et si certains directeurs de supermarchés du bassin du Puy prétendent le contraire, il demande à voir les chiffres.

Les marchés de Noël et les commerces de proximité menacés
Et puis, surtout, "le repos dominical, c'est sacré, pour la vie de famille, la vie sociale, la vie culturelle, associative, sportive... Il n'est pas question d'y toucher". Il reconnait toutefois que pour les Fêtes de fin d'année, ou lors des périodes estivales sur certaines communes qui voient leur population doubler, "il peut y avoir des accords de signés. Dans ce cas, le syndicat prend acte et respecte le choix des salariés". 
Mais il considère qu'en Haute-Loire, rien ne le justifie : "nous n'avons pas non plus de grandes populations n'ayant pas d'autres choix que de faire ses courses le dimanche. Et puis il y a les marchés locaux, les commerces de proximité... C'est dangereux pour eux, mais préfère-t-on faire nos achats dans des grandes surfaces ou dans des marchés de Noël ? ". 

Pris par des obligations familiales liées à un (très) heureux événement, le responsable du magasin de Géant de Vals-près-le-Puy n'a pas pu nous répondre en détail, confirmant simplement l'ouverture du supermarché sur les deux dimanches concernés.

Maxime Pitavy

>> Et vous, êtes-vous favorable ou non à l'ouverture des supermarchés les dimanches de décembre ? N'hésitez pas à poster vos réponses en commentaires en bas de page.