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Crématorium du Velay : enfin le bout du tunnel

lun 17/10/2016 - 12:32 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:43

"Depuis 35 ans, ça traînait dans les tiroirs du bassin du Puy". Adrien Defix, le conseiller communautaire en charge du dossier, semble soulagé. Il faut dire que les rebondissements n'ont cessé de retarder un dossier qui, à maintes reprises, a semblé enterriné.
Mais cette fois-ci semble la bonne, tant l'association crématiste est enthousiaste. Le terrain est au bout du village et ne devrait pas gêner de riverains cette-fois. De plus, la présence d'élus, dont le président de Région, Laurent Wauquiez, pour cette annonce à la presse, semble être une garantie non négligeable de la bonne avancée du dossier selon les crématistes de Haute-Loire.

Petit rappel des obstacles rencontrés
Depuis une trentaine d'années, les crématistes espèrent voir le projet aboutir mais à chaque fois, de nouveaux obstacles se dressent sur leur route et le projet n'avance pas. Il aura déjà fallu une mandature pour que la communauté d'agglomération du Puy, par délibération du 20 décembre 2007, décide de prendre la compétence d'études, création et gestion d'un crématorium. 
La mandature suivante aura servi à trouver un terrain adéquat, ou plutôt chercher, puisque les crématistes considéraient le terrain de Chauchady à Espaly-Saint-Marcel inadapté. Un avis manifestement partagé par les entrepreneurs... Finalement, alors qu'une troisième mandature a débuté (lire), le dossier continuait de piétiner, jusqu'à l'arrivée d'un entrepreneur local, avec "un projet viable" (lire).

----Le délégataire achète le terrain et l'agglo fait un appel à projet. Le délégataire doit fournir le terrain et la prestation. Pour l'instant, le délégataire n'est pas encore définitivement choisi même si les négociations sont avancées.-----Un compromis de vente signé la semaine dernière
Le choix de la DSP (délégation de service public) induit la présence d'une entreprise cherchant à réaliser des bénéfices (en régie, seul l'équilibre financier compte, c'est avant tout un service rendu à la population). Après trois appels d'offres infructueux, la collectivité a lancé cette DSP pour la construction, la gestion et la maintenance de l'équipement à une entreprise privée. Après moultes négociations, le délégataire retenu a signé ce mercredi 11 octobre 2016 un compromis de vente pour acheter ce terrain à St-Hostien, afin d'y construire le crématorium. Ce dernier devrait aboutir à la création de trois ou quatre postes.
L'investissement devrait être de l'ordre d'environ 1,5 million d'euros. Au niveau de la rentabilité du projet, c'est encore un peu flou. Sur une base de 400 à 500 crémations par an (700 à 800 € la crémation), le projet pourrait trouver son équilibre financier sur une douzaine d'années. 443 communes sont concernées par le projet et une fois le crématorium installé sur l'agglomération ponote, le pourcentage de crémation pourrait rapidement augmenter (il est aujourd'hui de 13 % en Haute-Loire alors que la moyenne nationale est de 30%) et le projet serait alors plus vite rentabilisé. 

Un crématorium opérationnel en 2019
Adrien Defix est le maire de Coubon et il a porter ce dossier à la communauté d'agglomération du Puy. Comment le projet a-t-il fini par aboutir, après de nombreuses embûches pour les pérécédents projets ? Que sait-on du délégataire ? Où en sommes-nous du projet ? Quand le crématorium pourra-t-il entrer en service ? 

 

Un terrain de plus d'un hectare... enfin le bon ?
Le terrain fait un peu plus d'un hectare, 10 340 m² pour être précis, "donc il y a de quoi aménager un parking, ce qui est essentiel, sachant que le crematorium aura 400 à 500 m² d'emprise au sol, ce qui n'est pas très grand", commente Adrien Defix. Il y aura également un jardin du souvenir, un espace arboré pour se recueillir en attente de la remise de l'urne.
Le cimetière est déjà desservi donc la desserte et la sécurité sont déjà assurées. Il faudra bien sûr des aménagements supplémentaires, mais seront-ils pris en compte dans le cadre des travaux de la RN 88 ou en lien avec le délégataire ? Les négociations sont ouvertes. "Ce qui est important, c'est d'avoir un tourne à gauche pour l'arrivée du Puy", ajoute le maire de Coubon.
Michel Joubert est le Président de l'agglomération du Puy. Pourquoi ce terrain est-il enfin le bon ?  

 "C'est très positif pour la commune"
La maire de Saint-Hostien Isabelle Verdun se félicite également du futur aménagement qui devrait amener de bonnes choses pour ses administrés : "le conseil municipal a valide à l'unanimité ce projet car il se situe à la sortie du bourg avec un accès facile aux abords de la route nationale. Je suis très contente que ce projet puisse aboutir à Saint-Hostien, ce qui offrira à la commune une meilleure visibilité au niveau départemental et une place en plein coeur de la future agglomération du Puy", a-t-elle déclaré ce lundi matin, "c'est très positif pour la commune, il y aura des retombées économiques et ça va favoriser le développement de nos commerces. Et ça ne représente aucune charge supplémentaire pour la commune".

"Ce choix de terrain nous convient parfaitement" 
La Présidente de l'association crématiste de Haute-Loire Madame Masseboeuf ne cache pas son enthousiasme devant l'avancée du projet : "Madame le maire a proposé son terrain, c'est tout à son honneur et c'est une très bonne chose car ça manquait véritablement ici pour que l'on puisse enfin avancer en Haute-Loire vis à vis de la crémation".
Pour elle, les choses devraient cette fois-ci se décanter : "ce choix de terrain nous convient parfaitement car c'est proche du Puy et bien desservi", nous confie-t-elle. 

Les crédits régionaux... pour l'aménagement du bourg
Laurent Wauquiez était présent au titre de député de la Haute-Loire. Pourquoi ce dossier a-t-il autant traîné avant de voir le jour ? Les précédents sites ne correspondaient pas ? Pourquoi celui-ci est définitivement le bon ?

Laurent Wauquiez, la Région va-t-elle participer financièrement au projet ? Il y aura peut être alors d'autres crédits régionaux pour Saint-Hostien ? 


Maxime Pitavy

>> Pour rappel, voici quelques infos concernant le dossier du crématorium, puisées dans nos précédents articles.

Le Puy au coeur d'un désert crématiste
Le département de la Haute-Loire, comme celui du Cantal et de la Lozère, ne dispose pas de crématorium. Pour l'association crématiste de Haute-Loire, "l'urgence n'a jamais été aussi sensible, le Puy étant au centre d'un désert crématiste alors que la « zone de chalandise » intéresse 250 000 personnes". 
Il s'agit en gros du secteur concerné par l'Hôpital Emile Roux (qui lui a aussi la concurrence du privé). Les plus proches crématoriums demeurent ceux de Clermont-Ferrand (130 km), Saint-Étienne (80km), Capdenac, Lavilledieu (en périphérie d Aubenas), ou Lyon. 

200 urnes prennent autant de place que quatre caveaux
La Haute-Loire ne possède pas de crématorium. Paradoxalement, elle compte près de 80 columbariums. Alors qu'une crémation est jugée deux fois moins chère qu'une inhumation, l'association crématiste de Haute-Loire en déduit : "
les entreprises de pompes funèbres y sont logiquement opposées".
Pourtant, l'éclatement des familles, les contraintes d'entretien des tombes mais surtout le manque de place dans les cimetières ont conduit à une évolution des mentalités. Aujourd'hui, de plus en plus de personnes se disent favorables à la crémation, sachant que 200 urnes prennent autant de place que quatre caveaux. 

----La crémation en chiffres
En France, la crémation représente 30 % des décès pour 140 associations et 65 000 adhérents, avec 174 crématoriums en activité. En Haute-Loire, la crémation ne représente que 13 % des décès alors que ce taux dépasse 50 % dans la Loire. Les mentalités peuvent rapidement évoluer puisque ce taux ne dépassait pas 1% en France en 1979. Cas extrême au Japon où la crémation est pratiquée dans 99,8 % des cas.
-----La question métaphysique du rapport au corps
Interrogé en 2011 par la rédaction de Zoomdici.fr, le père Bernard Planche, du diocèse du Puy-en-Velay, assurait : "nous ne voyons aucun inconvénient à l'incinération. L'Eglise a toujours préféré l'inhumation car il y a un plus grand respect du corps, ce qui n'est pas le cas lors de la crémation où l'on cherche à tout prix à le faire disparaître". Seule exigence du diocèse : "dans la mesure du possible, la célébration de l'Eglise doit se faire avant la crémation".
Historiquement, l'inhumation a toujours été le moyen le plus utilisé lors des décès mais déjà autrefois, lors d'épidémies, l'Eglise tolérait que les corps soient incinérés. Le schisme entre les deux pratiques se situe en fait dans la conception que chacun se fait du rapport au corps.
Le père Planche expliquait : "autrefois, on défilait devant le corps du défunt et il n'y a pas très longtemps encore, on veillait les morts. Aujourd'hui, au contraire, on préfère le cacher donc la crémation rentre dans ce schéma de faire disparaître le corps du défunt au plus vite". Dans ce rapport au corps, paradoxalement, le don d'organe a toujours été encouragé par l'Eglise, "car le principe de charité prédomine", concluait le Père Planche.

Réaction du représentant du Parti de gauche de Haute-Loire, Lionel Bouton :

Un crématorium dans le 43 tant mieux mais ce devrait être en régie publique départementale Pas le choix de #Wauquiez https://t.co/kQ7Q1rJxSH

— Lionel Bouton (@LionelBouton) 17 octobre 2016