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Al Andalus : une découverte ludique et poétique au Roi de l'Oiseau 2016

sam 17/09/2016 - 16:52 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:42

Peut-être avez-vous déjà remarqué les dromadaires qui déambulent dans les rues du Puy en Velay depuis quelques jours. Ces animaux placides font partie de la compagnie Armutan, qui proposent des animations historiques et ludiques sur différents thèmes, dont le campement Al Andalus, actuellement posté aux jardins de Galard et qui met à l'honneur l'Espagne arabo-andalouse. C'est une époque particulièrement intéressante, comme l'explique Guilhem, musicien et attaché de production de la troupe. "A plusieurs égards, c'est un âge d'or culturel, philosophique, scientifique. C'est une rencontre entre trois mondes, entre l'islam, la chrétienté et le judaïsme, entre l'orient, l'occident et le monde africain. Cela permet d'amener un autre regard sur le Moyen-Âge et nous fait une porte d'entrée pour parler des cultures du bassin méditerranéen et du monde arabe à cette époque, qu'on ne connaît pas forcément."

Des ateliers variés et ludiques
Evidemment, ici, la caravane de Sidi Tariq, un riche marchand d'épices, amateur d'arts et de sciences, suit la délégation de Soliman le Magnifique, venu rendre visite à François 1er. Et il s'est arrêté dans nos contrées, avec sa femme Sofia, ses musiciens et ses gardes, pour nous faire découvrir d'autres cultures. Et surtout, rappeler, comme le fait Guilhem, "à quel point ça a bougé et communiqué à cette époque, il y avait des échanges et des voyages. C'est incroyable, quand on regarde l'histoire de Marco Polo par exemple. Il y a eu des échanges beaucoup plus tôt que ce qu'on ne veut bien le penser." Malgré les averses petits et grands curieux étaient donc présents en nombre sur les divers ateliers. La pluie a même servi de prétexte à la découverte. On découvrira par exemple que la laine peut absorber jusqu'à un tiers de son poids en eau, sans pour autant paraître humide au toucher. Sur ce stand d'étoffes, on peut aussi apprendre à reconnaître de la vraie laine ou encore comment était fabriquée la soie. Et l'on se rend finalement compte que les choses n'ont pas tellement changé, puisque, nous explique Sofia, "un tissu sera toujours une pièce rectangulaire de fils croisés. C'est juste qu'au Moyen-Âge, la production était artisanale et que posséder un vêtement, c'était comme posséder une voiture de nos jours."

A côté, Sadi Tariq demande à un groupe d'enfants ce que sont les épices. "C'est ce qu'on met dans les spaghettis" piaille un petit garçon. Mais lui et ses camarades apprendront vite que ce n'est pas seulement ça. En effet, à l'époque, il s'agissait simplement d'une catégorie de produits, dans laquelle on pouvait trouver le poivre, la reine des épices, comme le mercure, l'or ou l'amiante, avec lesquels nous ne amuserions pas à assaisonner nos plats. Les épices étaient donc un bien précieux et une monnaie d'échange, ce qui nous a d'ailleurs donné l'expression "payer en espèce." Et encore une fois, on sent, on goûte. Et Guilhem explique que c'est tout l'objectif de ces ateliers : "on essaie d'avoir du visuel, du concret, de faire toucher, sentir, même participer. Et ça permet de faire un peu de pédagogie, amener de l'information aux gens, qui sont en demande d'ailleurs."

Un peu plus loin, ce sont des cris de guerre enthousiastes qui proviennent de l'atelier d'escrime, où les enfants apprennent non seulement attaques et parades, mais aussi à contrôler leurs gestes. Même si l'on a le droit de se défouler un peu à la fin, en se lançant dans une grande attaque contre l'instructeur et les maîtres et maîtresses prêts à jouer le jeu. Ces jeunes gens ont donc quelques bases pour devenir un bon mameluk, un membre de l'élite guerrière du monde musulman. C'est sur un autre atelier que cette caste particulière est présentée, via leur équipement notamment. Cela permet surtout d'ouvrir une discussion sur les échanges culturels riches de l'Andalousie, grâce notamment aux échanges curieux et ouverts avec les enfants. Ils s'amusent à essayer de déchiffrer l'alphabet arabe ou à soulever de lourds boucliers et ne sont pas avares de questions. Cela leur permet de voir, entre autres, les similitudes entre les mameluks, qui inscrivaient l'un des 99 noms d'Allah sur leurs protections et les chevaliers chrétiens, dont les casques étaient ornés de prières latines.

Les ateliers, à destination de toute la famille, restent ouverts jusqu'à dimanche et permettent d'en apprendre un peu plus sur un pan de l'histoire méconnue.

Contes et musiques enchantent le public
Dans la soirée, mameluks et marchands plient bagages et les conteurs et musiciens investissent la tente berbère, dressée au milieu du camp. Le public s'y installe sur des coussins et est invité à se rapprocher de la première conteuse, qui nous dépeint un récit aussi poétique qu'amusant sur une princesse pas comme les autres, qui cherche l'amour à sa manière. Puis un homme nous conte quelques-unes des aventures de Nasreddin, à la fois philosophe et filou et mû d'un sens pratique indéniable. Les spectateurs sont captivés, aidés en cela par l'ambiance feutrée et tranquille qui règne ici. Lodoïs, 24 ans, de Lyon est pris par ces histoires "j'ai trouvé ça incroyablement bien, très drôle, à la fois décalé et très à propos."

Vient alors la musique du groupe Dayazelle, qui nous propose des morceaux doux et captivants, venus d'Arménie, d'Espagne ou de Mongolie. Les musiciens nous embarquent dans ce voyage musical, ne serait-ce qu'avec leurs instruments atypiques, La musicienne et chanteuse ne manque pas de nous présenter sa nyckelharpa avec humour, essayant de nous en faire devenir l'origine. "C'est un instrument traditionnel suédois. Je joue de 55 touches en bois, il y a 16 cordes mélodiques et 12 cordes sympathiques, pour la résonance. La nyckelharpa, c'est un peu une cathédrale portative." Et cet univers fonctionne à merveille, Florie, 32 ans, d'Espaly confie "c'est un lieu magique, hyper intimiste. Ca sort de l'ordinaire, de ce qu'on voit au Roi de l'Oiseau." Et son amie ajoute "c'est agréable que ça serve à réconcilier un peu les humains en donnant une ouverture sur le monde." Tous s'accordent à dire que quelque chose de merveilleux se produit quand on se glisse sous cette tente. Anne-Marie, du Gard, dit même "je suis transportée, je n'ai pas de mots. Ca m'épate toujours les gens qui ont un talent pareil et qu'on découvre par hasard. On a soulevé la toile et on les a trouvés, c'est formidable."
Si vous souhaitez les découvrir, vous pouvez vous rendre aux jardins de Galard samedi soir à 21h ou 23h pour Dayazell et à 20h30 et 22h pour les contes. Dimanche, le groupe sera présent lors du défilé, ainsi qu'à 11h30 et 13h30 sous la tente. Les conteur y seront à 11h, 12h et 14h.

T.N