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Crématorium du Velay : "on commence à voir le bout du tunnel"

ven 13/02/2015 - 15:37 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:33

Depuis une trentaine d'années, les crématistes espèrent voir le projet aboutir mais à chaque fois, de nouveaux obstacles se dressent sur leur route et le projet n'avance pas. Il aura déjà fallu une mandature pour que la communauté d'agglomération du Puy, par délibération du 20 décembre 2007, décide de prendre la compétence d'études, création et gestion d'un crématorium.
La mandature suivante aura servi à trouver un terrain adéquat, ou plutôt chercher, puisque les crématistes considéraient le terrain de Chauchady à Espaly-Saint-Marcel inadapté. Un avis manifestement partagé par les entrepreneurs... Finalement, alors qu'une troisième mandature a débuté en avril dernier (lire), le dossier continuait de piétiner, jusqu'à l'arrivée d'un entrepreneur local, avec "un projet viable" (lire).

----L'agglomération du Puy devrait confier la délégation à cet entrepreneur pour une durée de 30 ans.
-----La participation de 200 000 euros de l'Agglo serait maintenue
"Nos élus ont enfin compris l'intérêt de cet équipement pour le territoire, Michel Joubert et Laurent Wauquiez en premier lieu", se félicitent les crématistes de Haute-Loire. Pourtant, c'est bien l'initiative d'un privé qui a permis de débloquer ce dossier. Il avait répondu au troisième appel d'offres mais l'offre avait été jugée "non acceptable" par les élus qui ont alors décidé de recourir à une procédure de négociation directe avec l'entreprise qui a soumissionné.
Difficile de chiffrer l'investissement pour l'instant, qui devrait se situer entre 1,5 et 2 millions d'euros. L'agglo s'était engagée à participer aux travaux à hauteur de 200 000 euros pour les précédents projets. "On nous a dit que cette ligne était maintenue", assurent les crématistes, qui ajoutent : "pour cet entrepreneur, ce projet est rentable à court terme".

Entretien avec Stéphane Gerey, secrétaire de l'association crématiste de Haute-Loire

  • Depuis trente ans, on attend ce crématorium sur le bassin du Puy. Qu'est ce qui vous fait penser que cette fois, le projet va aboutir ?

  • Le terrain choisi appartient à l'entrepreneur ? La communauté d'agglomération doit l'acquérir ? Quels sont les avantages de ce terrain ? Y aura-t-il des nuisances pour les riverains ?

  • "On commence à voir le bout du tunnel", pour reprendre vos propos, mais à quelle échéance pourrait-on voir le crématorium érigé ?


Maxime Pitavy

>> Pour rappel, voici quelques infos concernant le dossier du crématorium, puisées dans nos précédents articles.

Le Puy au coeur d'un désert crématiste
Le département de la Haute-Loire, comme celui du Cantal et de la Lozère, ne dispose pas de crématorium. Pour l'association crématiste de Haute-Loire, "l'urgence n'a jamais été aussi sensible, le Puy étant au centre d'un désert crématiste alors que la « zone de chalandise » intéresse 250 000 personnes".
Il s'agit en gros du secteur concerné par l'Hôpital Emile Roux (qui lui a aussi la concurrence du privé). Les plus proches crématoriums demeurent ceux de Clermont-Ferrand (130 km), Saint-Étienne (80km), Capdenac, Lavilledieu (en périphérie d Aubenas), ou Lyon.

200 urnes prennent autant de place que quatre caveaux
La Haute-Loire ne possède pas de crématorium. Paradoxalement, elle compte près de 80 columbariums. Alors qu'une crémation est jugée deux fois moins chère qu'une inhumation, l'association crématiste de Haute-Loire en déduit : "
les entreprises de pompes funèbres y sont logiquement opposées".
Pourtant, l'éclatement des familles, les contraintes d'entretien des tombes mais surtout le manque de place dans les cimetières ont conduit à une évolution des mentalités. Aujourd'hui, de plus en plus de personnes se disent favorables à la crémation, sachant que 200 urnes prennent autant de place que quatre caveaux.

----La crémation en chiffres
En France, la crémation représente 30 % des décès pour 140 associations et 65 000 adhérents, avec 174 crématoriums en activité. En Haute-Loire, la crémation ne représente que 13 % des décès alors que ce taux dépasse 50 % dans la Loire. Les mentalités peuvent rapidement évoluer puisque ce taux ne dépassait pas 1% en France en 1979. Cas extrême au Japon où la crémation est pratiquée dans 99,8 % des cas.
-----La question métaphysique du rapport au corps
Interrogé en 2011 par la rédaction de Zoomdici.fr, le père Bernard Planche, du diocèse du Puy-en-Velay, assurait : "nous ne voyons aucun inconvénient à l'incinération. L'Eglise a toujours préféré l'inhumation car il y a un plus grand respect du corps, ce qui n'est pas le cas lors de la crémation où l'on cherche à tout prix à le faire disparaître". Seule exigence du diocèse : "dans la mesure du possible, la célébration de l'Eglise doit se faire avant la crémation".
Historiquement, l'inhumation a toujours été le moyen le plus utilisé lors des décès mais déjà autrefois, lors d'épidémies, l'Eglise tolérait que les corps soient incinérés. Le schisme entre les deux pratiques se situe en fait dans la conception que chacun se fait du rapport au corps.
Le père Planche expliquait : "autrefois, on défilait devant le corps du défunt et il n'y a pas très longtemps encore, on veillait les morts. Aujourd'hui, au contraire, on préfère le cacher donc la crémation rentre dans ce schéma de faire disparaître le corps du défunt au plus vite". Dans ce rapport au corps, paradoxalement, le don d'organe a toujours été encouragé par l'Eglise, "car le principe de charité prédomine", concluait le Père Planche.