Vent debout contre la « Chaudière environnementale » de Polignac

Par Nicolas Defay mer 14/09/2022 - 17:00 , Mise à jour le 14/09/2022 à 17:00

Près de 150 personnes se sont regroupées devant la préfecture au Puy ce mercredi 14 septembre contre le projet de la société d’Altriom. Cette dernière a déposé deux permis, tous deux refusés par la mairie de Polignac, pour construire un méthaniseur et une chaudière CSR (Combustibles solides de récupération). À présent, les dès sont entre les mains de la préfecture.

Si la chaudière n’a toujours pas posé sa première pierre, elle enflamme déjà les esprits. Après plusieurs actions organisées par le collectif anti-incinérateur dans la zone d’activité de Polignac, puis une première manifestation au Puy samedi 10 septembre, les opposants continuent de souffler sur les braises de la contestation en se regroupant face à la préfecture ce mercredi 14 septembre.

Ils sont environ 150 habitants du bourg et des villages attenants, sympathisants des communes voisines ou encore élus du Conseil municipal présents pour signifier leur colère quant à la future construction d’une « chaudière environnementale » dans l’un des « beaux villages de France ».

Photo par Nicolas Defay

« À quatre reprises, ils ont annulé leur rendez-vous. Pourquoi ? On ne sait pas »

Pour dénouer les ficelles de ce dossier explosif, revenons deux ans en arrière. « En septembre 2020, les gérants de la société Altriom sont venus en mairie pour nous parler de leur projet, explique Georges Valladier, 1er adjoint à Polignac. Ils avaient alors quatre idées. Construire un méthaniseur, une chaudière CSR, un projet sur les granulés de bois et une usine de carton. Ce jour-là, on leur a dit clairement que nous ne prendrions aucune décision sans l’avis de la population ».

Il continue : « Ils nous ont alors proposé de rencontrer les habitants de Polignac à quatre reprises. Et à quatre reprises, ils ont annulé leur rendez-vous. Pourquoi ? On ne sait pas. Et puis le 13 juillet, deux permis de construire sont arrivés dans les boites aux lettres de la municipalité. La méthanisation et la chaudière. Nous les avons refusés en bloc tant les dossiers étaient imprécis et opaques ».

Demande d’une étude d’impact et d’une enquête publique

La suite ? Elle se trouve entre les murs du bâtiment d’État. Ce mercredi 14 septembre, une délégation de trois personnes est alors invitée par le préfet Eric Étienne pour qu’il puisse entendre la crainte des habitants et les requêtes du collectif. « Nous avons demandé à ce qu’une étude d’impact soit faite pour évaluer les rejets toxiques que ces installations dégageraient à longueur de journée, livre Evelyne Cornut, Présidente du Comité de protection de l’environnement de Polignac. Et également le dépôt d’une enquête publique pour que la population ait accès à la totalité du dossier. »

Elle complète aussi : « Nous avions peur que le Préfet signe les permis de construire comme ça, sans prendre en compte la colère des opposants. Mais il nous a certifié qu’il n’avait pris aucune décision et qu’il allait recevoir tous les acteurs concernés par le projet »

Suite à la rencontre avec le préfet, les opposants aux projets d’Altriom ont eu gain de cause sur la mise en place d’études approfondies par l’Autorité Environnementale. Une enquête publique sera également déclenchée.

La délégation des opposants vivement encouragée par les personnes présentes.
La délégation des opposants vivement encouragée par les personnes présentes. Photo par Nicolas Defay

« Il faut plutôt repenser la base du problème et produire moins de plastiques »

Au-delà du projet en lui-même, Evelyne Cornut met en exergue l’incohérence de la chaudière CSR. « L’installation souhaitée par Altriom a pour vocation de brûler des plastiques non recyclables et des bois B (Déchets de bois faiblement traités, peints ou vernis, Ndlr). De nombreuses études démontrent que les rejets sont dangereux et toxiques. Mais quel en est le sens de tout ça ? Il faut plutôt repenser la base du problème et produire moins de plastiques plutôt que bâtir encore et encore des structures pour encaisser nos déchets ».

Elle insiste en ce sens : « Cette chaudière dite environnementale, qui est d’ailleurs toute sauf environnementale, va à contresens de ce que veut engager le gouvernement pour réduire nos déchets ! ».

Georges Valladier partage sa propre analyse sur le dessein d’Altriom. « L’entreprise trie les déchets mais les cimenteries ne veulent pas de leurs CSR (Combustibles solides de récupération). D’autre part, leur compost n’est pas homologué. Les dirigeants sont ainsi embarrassés de toute cette matière inutilisable. Une telle chaudière leur permettrait de pallier ce problème là ».

« Les études d’impacts commandées par la préfecture plus l’organisation de l’enquête publique vont bloquer les projets d’Altriom pendant des mois. Même si nous sommes contents de ce moratoire, nous n’allons certainement pas baisser la garde ! » Evelyne Cornut

Photo par Nicolas Defay

« Pourquoi s’obstinent-ils à fournir des documents d’une opacité déroutante ? »

L’ensemble de l’équipe municipale est vent debout contre les projets montrés du doigt. Tout comme de nombreux habitants. « Nous avons peur pour nous, nos enfants et les générations futures, s’exprime l’un des opposants. Ce n’est pas possible que cet incinérateur soit construit. Nous n’en voulons pas et nous maintiendrons la pression jusqu’au bout. »

Il conclue avec une série de questions : « Pourquoi n’y a t-il eu aucune communication sur les projets de la part des dirigeants ? Pourquoi s’obstinent-ils à fournir des documents d’une opacité déroutante  ? Si tout est propre comme ils le prétendent, pourquoi ne le prouvent-ils pas avec des études complètes et officielles ? »

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14 commentaires

ro

jeu 15/09/2022 - 16:04

"Quand un philosophe me répond, je ne comprends plus ma question." Pierre Desproges

de

jeu 15/09/2022 - 11:38

Il existerait donc des incinérateurs de déchets plastiques qui ne rejetteraient pas de polluants, ça existe vraiment?
Alors, l'enjeu seraient sur le transport en camion ou non en cas d'incinération sur place?

Il fut un temps où l'armée française procédait à des essais nucléaires dans le Sahara. Les militaires pouvaient observer les champignons avec des lunettes de soleil afin de ne pas être éblouis, ça a vraiment existé! Des responsables avaient probablement préconisé cela.

Ignorance des risques ou enfumage? Je n'ai pas la réponse.
Mais, peut-être que les temps ont changé, peut-être qu'il faut faire confiance.
Peut-être même que les dioxines, avant d'être concentrées par les chaines alimentaires, ne sont pas détectables  avec notre nez.

je

jeu 15/09/2022 - 08:09

On produit encore des déchets qui sont pour certains recyclables, et d'autres pas. Ces derniers sont actuellement enfouis ou incinérés. Les déchets non recyclables sont actuellement transportés à l'autre bout de la France par camions pour y être incinérés. Bilan carbone déplorable !
C'est ça l'écologie que de refuser une incinération de proximité (avec des technologies de chaudière non polluantes), avec valorisation de l'énergie produite ?

ro

mer 14/09/2022 - 22:32

Qui est prêt à changer radicalement son mode de vie ? à résister aux envies de consommer toujours plus ? à renoncer à sa baraque en campagne / périphérie de ville, avec double / triple garage, voiture pour monsieur, voiture pour madame, voiture pour le fiston, piscine chauffée, cuisine d'été, cuisine d'hiver dernier modèle, douche à l'italienne, volets roulants électriques, télé surdimensionnée à écran plat, téléphone dernier cri, pizzas et autres burgers / plats livrés à domicile à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit au gré de ses envies ?

db

mer 14/09/2022 - 21:43

entièrement d'accord avec " ri " la base du problème est bien là. à méditer au quotidien avant les achats de toute nature au sens très large 

mi

mer 14/09/2022 - 21:13

Pour ri : le zéro déchet est une utopie !!!! Bon un effort va être fait je crois en 2023 concernant les déchets organique qu'il faudra séparer pour faire du composte Cela réduira encore la masse des rejets MAIS il y aura toujours des déchets non recyclable où l'industrie devra encore faire des efforts pour les remplacer et aussi réduire les emballages Malheureusement il y a ENCORE des irréductibles qui jettent sans sélectionner voir dans la nature !!! Je pense aux artisans qui doivent payer pour jeter dans une déchetterie C'est REVOLTANT - Plus de civisme dans TOUS les domaines C'est l'anarchie pour certain !!!

ga

mer 14/09/2022 - 20:47

Tout le monde achète puis jette. Tout le monde gâche, gaspille, balance et s'en balance. Chacun refait sa cuisine, sa salle de bain ou son salon tous les 7 ou 8 ans mais évidemment personne ne veut que les déchets soit enfouis ou traités devant sa porte. Alors, on râle, on pense que les autres sont responsables, que les politiques sont incompétents mais on oublie que le problème c'est nous, le peuple, c'est notre comportement.

ri

mer 14/09/2022 - 20:08

La base du problème, c'est notre mode de vie, qui détruit tout. La solution coule de source et doit être martelée encore et toujours, c'est le "Zéro Déchet", qui permet de réduire notre poubelle de 90 %. Les règles en sont simples : réduire drastiquement notre consommation (de vêtements, de déco, de gadgets numériques, de jouets, etc.), boycotter le supermarché (évidemment), manger local avec ses propres contenants (boîtes, bouteilles et sacs), etc. Cerise sur le gâteau, ce mode de vie permet de faire de sérieuses économies. Tout le reste, le recyclage, la valorisation thermique etc., c'est du pipeau. C'est de la radicalité et de la radicalité seule (au sens étymologique du terme, "racine") que viendra notre salut.

mi

mer 14/09/2022 - 19:48

Pour jo : nos représentants ne bougent pas de peur de ne pas être réélu !!! MAIS ils savent très bien qu'on doit trouver un endroit pour sortir de cette impasse  Malheureusement il y a d'autres sujet dans le même ordre !!!!

jo

mer 14/09/2022 - 19:07

Et Le sénateur voisin ? et le député Vigier? Pourquoi on ne les entend pas?

jo

mer 14/09/2022 - 19:05

La municipalité de Polignac est opposée au projet mais quid de l'Agglo ? Bizarre également que le président du conseil régional ne réagisse pas...

mi

mer 14/09/2022 - 19:03

FAUX argument el !!!! Les responsables engagent des entreprises pour régler le problème Normale qu'elle génère des bénéfices pour sa trésorerie !!!!

el

mer 14/09/2022 - 18:54

ils ont bien raison de manifester, cette société ne veut que faire de l'argent au mépris des riverains. Bravo et continuez

mi

mer 14/09/2022 - 17:37

Chaque responsable de la société est confronté aux déchets de la population !!! Que doit on faire : les détruire , les enfuir, les recycler ??? Et naturellement TROUVER un des lieux pour traiter le problème Il faut que le Peuple soit CONSCIENT du sujet et de trouver ensemble un des endroits le moins  perturbant pour la population C'est VITALE pour vivre dans une société où il fait BON vivre en échappant à l'anarchie !!!!