Urgences du Puy : « La violence est possible à chaque heure de chaque jour »

Par Nicolas Defay ven 30/04/2021 - 06:44 , Mise à jour le 30/04/2021 à 06:44

Jeudi 29 avril, le personnel des urgences du Centre Hospitalier Émile-Roux a manifesté devant l’établissement. Ensemble, les soignants dénoncent l’absence d’agent de sécurité alors qu'ils sont victimes de violences physiques de plus en plus nombreuses selon eux.

Depuis octobre 2019, les différents syndicats de l’hôpital ponot ont déposé un droit d’alerte concernant les violences verbales et physiques dont est victime le personnel soignant des urgences. « A minima, ce sont des actes verbaux, explique Amandine Rabeyrin, secrétaire CGT santé. Mais les violences physiques sont de plus en plus courantes à présent ».

Elle mentionne une réalité déroutante : « Certains patients ont même en leur possession des armes blanches. Des agents ont subi des morsures et de fractures. Ces faits pourraient, un jour, aboutir à des situations bien plus funestes. Pour nous, il semble inacceptable que la direction ne réagisse toujours pas ou si peu ».

« Nous ne comprenons pas l’inaction de la direction. Peut-être n’en a-t-elle pas conscience mais cela affecte profondément les agents et le personnel soignant ». Amandine Rabeyrin

Photo par Nicolas Defay

« Les violences deviennent de plus en plus classiques »

« Les actes de violences vont crescendo, ajoute Carine Quintin, secrétaire FO du centre hospitalier. Dernièrement, c’est un coup de tête qu’a reçu un agent et une morsure a été déplorée ce week-end. Les violences deviennent de plus en plus classiques. La crise sanitaire et les tensions qu’elle génère n’arrange rien, c’est vrai. » Elle confie encore : « Le personnel ne fait même plus de fiche pour les agressions verbales parce qu'elles sont devenues presque quotidiennes maintenant ».
Catherine Experton, secrétaire CFDT de l’hôpital, se désole des conditions de travail actuelles. « Les agents ne peuvent pas travailler correctement dans une telle ambiance. Des éléments ont été traumatisés et certains ressentent même des menaces pour leur propre vie. Selon des informations qui ont fuité, notre directeur voudrait peut-être mettre un agent de sécurité seulement le weekend. Mais la violence est possible à chaque heure de chaque jour ».

« On a dernièrement accompagné un agent qui remettait même en cause sa vocation. Il a très mal vécu cette agression qui a détruit en partie sa vision du métier. La morsure, on l’a vite oubliée, mais c’est l’après qu’on n'oublie jamais et qui nous hante tous les jours au travail ». Carine Quintin

Photo par Nicolas Defay

« Ce sont les autres usagers qui se sentent également menacés »

D’après Amandine Rabeyrin, le personnel fait des fiches d’événements d’indésirables pour expliquer à la direction ce qu’il se passe entre les murs des urgences. « Et bien sûr, il y a des caméras et des portes automatiques. Mais une fois la personne violente à l’intérieur, les agents sont exposés. Le personnel est déjà épuisé par les conditions de travail et le sous-effectif manifeste. Et au-delà de ce problème qui touche les soignants, ce sont les autres usagers qui se sentent également menacés.»

« Il y a des agents de sécurité partout, dans les grandes surfaces et ailleurs. Pourquoi pas à l’hôpital ? On est là pour soigner les gens mais nous devons le faire dans des conditions adéquates ». Catherine Experton

Le mot du directeur de l'hôpital

Jean-Marie Bolliet assure qu'il y aura, dès ce weekend, un agent de sécurité assermenté tous les samedis et dimanches de 20h30 à 6h30. « Un troisième jour sera ajouté mais nous n'avons pas encore défini précisément lequel, livre-t-il. Les analyses parlent d'elles-mêmes : 90% des agressions ont lieu en début de soirée, la nuit et le weekend ».

Deux agents de sécurité... incendie

Toutes les trois demandent la même chose. La présence d’un agent de sécurité 24 h/24, tous les jours de la semaine. « Plusieurs actions ont été mises en place par la direction, admet Carine Quintin. Elle a par exemple décidé d’enlever le nom des soignants inscrit sur les blouses, ne laissant que les initiales et leur grade. Il y a aussi un système d’alerte avec un bip quand il se passe quelque chose. »

Elle continue : « Actuellement, il y a deux agents de sécurité incendie mais qui ne sont pas formés pour la contention des personnes agressives. Ils ne sont pas habilités à intervenir. Nous demandons qu’un vigile assermenté soit présent aux urgences tout le temps ».

« Pour Emile-Roux, il y a eu, c'est vrai, deux incidents coup sur coup ce qui porte à dix agressions depuis le début de l'année. Mais d'après les chiffres nationaux, elles sont en baisse dans les hôpitaux en France. Lorsqu'un acte de violence se produit, il s'avère très visible ». Jean-Marie Bolliet

« Des agents qui seraient aussi présents qu’est la permanence des soins aux urgences »

Même son de cloche de la part de la CFDT. « Les agents de sécurité incendie sont là, c’est vrai, mais ils ne sont pas entrainés pour gérer des cas de violences physiques. En 15 jours, nous avons subi deux agressions très importantes. Le rôle d’une direction, c’est d’assurer avant tout la sécurité de ses agents. »
La CGT complète en ce sens : « Ce que l’on demande, c’est la présence constante d’agents de sécurité assermentés. Des agents qui seraient aussi présents qu’est la permanence des soins aux urgences. »

Le personnel jette leur blouse au sol en signe de protestation. Photo par Nicolas Defay

 

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3 commentaires

ga

ven 30/04/2021 - 13:40

Un peuple à la dérive où quelques idiots en viennent à agresser policiers, pompiers et même soignants sans se rendre compte qu'on doit notre salut à ces vaillants défenseurs de République ... Le seul hic c'est qu'on a bien souvent vus les syndicats présents sur la photo se joindre à des mouvements politiques minimisants les violences, justifiant même la rébellion. Bref, le syndicaliste dénonce les agressions de fonctionnaires (c'est bien là son rôle !) mais malheureusement il s'affilie aussi à des politiques insoumises laxistes qui excusent tout aux agresseurs. C'est le serpent qui se mord la queue.

 

po

ven 30/04/2021 - 10:20

Plutôt que d'envisager des agents de sécurité, n'est-ce pas tout simplement et tout d'abord de personnels soignants dont on a besoin. Si les équipes sont plus fournies et peuvent répondre plus sereinement aux demandes, la majorité des tensions ne disparaissent-elles pas ?

od

ven 30/04/2021 - 08:54

Je ne veux pas cautionner des violences, parfois d'ailleurs graves, mais, moi, (et je sais que c'est une opinion très générale), je déteste avoir besoin des urgences d'E R : attentes trop longues, personnel sans empathie, distant, voire qui passe devant votre box et ignore votre appel, problème de compétence (diagnostics...). J'ai plusieurs fois failli craquer et je me suis parfois emportée alors que je suis complètement équilibrée, modérée.... Donc pour les gens qui n'ont aucune retenue, malheureusement, je ne suis pas très étonnée !!!!