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Saugues

Une vache tuée par cent vautours à Saugues ?

jeu 04/06/2020 - 15:11 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:05

"L'attaque est survenue dans la journée du 1er juin au lieu-dit Le Villeret, à 800 mètres de Saugues, précise Pauline Hugony, patronne de la Gaec des Pruneloux. Au début, les vautours n'étaient que sept spécimens. Puis quinze le soir venu. Le lendemain, 75 rapaces s'acharnaient sur la carcasse de la vache. Mercredi 3 juin, l'attroupement était fort d'une centaine de vautours. Aujourd'hui, il y en a encore quinze tout autour."
Depuis deux ans, Pauline Hugony en voit de temps en temps voler au-dessus du secteur mais en nombre très restreint. "Là, c'est une première. Les autres éleveurs voisins et moi-même en sommes très inquiets." Une première pour le nombre mais également une exception dans le modus operandi : d'habitude charognards, les vautours ont attaqué, toujours selon l'éleveuse, une proie vivante, avant de la dépecer.

----Fiche d'identité des vautours fauves
Les vautours sont des animaux nécrophages obligatoires. C'est-à-dire qu'ils se nourrissent presque exclusivement de cadavres d'animaux.
Plusieurs familles existent mais ceux présents dans cette partie de l'Auvergne sont généralement les vautours fauves. Son poids moyen est de 9 kilos (6,5 à 11,5 kg) et il possède une envergure est de 2,60 m (2,35 à 2,70 m). Sa longueur varie de 95 à 110 cm. Sa longévité est d'environ 40 ans.-----"Depuis lundi, j'ai interdit à mes enfants de sortir de la maison"
D'après Pauline Hugony, sa vache issue de son cheptel de 45 têtes, était simplement boiteuse."Depuis lundi, j'ai interdit à mes enfants de sortir de la maison, confie-t-elle. Pour nos vaches et nos six chevaux, nous avions l'habitude d'en faire plusieurs troupeaux. On va les regrouper en un seul et le surveiller constamment. Pour l'instant, les vautours sont concentrés sur la carcasse de la vache. Mais le camion d'équarrissage va passer demain. Comment vont réagir les vautours ? Est-ce qu'on doit s'inquiéter pour nos bêtes et notre zone d'élevage ?"

Des questions sans réponse
Joël Plantin, le maire de Saugues, les gendarmes ou encore la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) se sont rendus sur place pour constater la situation. "Je leur ai demandé ce qu'il fallait faire et quelles étaient les lignes de conduite à tenir, partage Pauline Hugony. Si les vautours étaient seulement de passage ou s'ils avaient l'intention de s'installer par ici. S'il fallait faire des secteurs de nourriture pour eux pour qu'ils ne s'en prennent pas à nos animaux. Mais j'ai eu des versions complètement différentes de chacun d'entre eux. Mes voisins ne veulent plus sortir leurs brebis et encore moins les animaux boiteux. Alors oui, nous sommes véritablement inquiets pour la suite".

"Je mets en doute la parole de l'éleveuse qui affirme que la vache était encore en vie"
"Pour moi et pour la LPO, c'est impossible qu'un vautour s'en prenne à une proie vivante, insiste Franck Chastagnol, expert sur le sujet et membre de la LPO. Honnêtement, je mets en doute la parole de l'éleveuse qui affirme que la vache était encore en vie lorsque que l'attaque est survenue. Le stimuli du vautour est justement l'absence de mouvement. Il est ainsi contre nature qu'il se concentre sur une proie encore en vie. Depuis que des études sont faites sur cet oiseau, aucun fait ne démontre un tel agissement".
"Il faut bien savoir que le vautour est un équarrisseur naturel avec un grand rôle à jouer pour l'écosystème
, nous apprend encore Franck Chastagnol. Dans le parc des Cévennes, la LPO travaille avec 25 éleveurs pour sa protection. Ils laissent les carcasses d'animaux aux soins des vautours, ce qui fait économiser 150 000 euros à la collectivité chaque année. S'il est vrai qu'une telle curée est exceptionnelle avec cette centaine de spécimens, ils ne sont que de passage. La LPO a réintroduit le vautour il y a quarante ans dans les Gorges du Tarn. Mais l'Auvergne ne possède pas les espaces adéquates, avec de grandes falaises, pour permettre aux vautours d'y nicher définitivement".

Nicolas Defay

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