Une espèce que l'on pensait éteinte a été retrouvée...sur le tracé de la déviation RN88

Par Nicolas Defay sam 13/03/2021 - 12:00 , Mise à jour le 13/03/2021 à 12:00

Nombreuses sont les associations de défense de l'environnement qui se battent depuis des mois contre le grand projet routier de la Région. Mais les naturalistes ne s'étaient pas encore manifestés. La découverte impensable d'une nouvelle espèce animale les a fait sortir de leur réserve.

Arvicola sapidus. Tel est le nom savant du campagnol amphibie, rongeur semi-aquatique, qui a été retrouvé dans l'une des zones humides au Pertuis menacée par les pelleteuses de la Région. "Tout du moins, nous avons retrouvé des indices incontestables de sa présence dans ce petit paradis qui deviendra un enfer de goudron dans quelque temps, précise l'un des naturalistes présents, tous préférant rester anonymes car victimes d'intimidations. Il est très difficile de l'apercevoir mais les signes découverts cette semaine comme les terriers, les déjections et la manière dont ont été rongées les herbes démontrent clairement sa présence !" Il ajoute : "C'est une découverte incroyable car nous pensions l'espèce éteinte depuis un moment !"

L'arrêté du 15 septembre 2012 mentionne que le campagnol amphibie est classé dans la catégorie des espèces protégées par la loi en France. Il est dorénavant interdit de détruire cet animal et son habitat.

Ces déjections sont typiques de l'arvicola sapidus. Photo par Nicolas Defay

Sur le secteur du Pertuis, ce sont au total 75 espèces protégées à des niveaux différents par la loi. Mais tomber sur un mammifère autrefois éteint n'arrive pas tous les jours. "Nous, les naturalistes, nous nous sommes peu exprimés sur le tracé de la RN88 concernant la déviation entre Saint-Hostien et Le Pertuis, indiquent-ils. Mais il est temps de partager nos avis sur le rapport de l'Autorité environnementale et sur les aspects techniques du chantier autoroutier".

"Aujourd'hui, 30 kilomètres de bocages ont été anéantis ce qui représente déjà 30 000 arbres."

"Pour revenir aux projections qui prendront bientôt forme au milieu de cette nature, la déviation va noyer sous le béton 1,4 millions de m² de nature et de zones agricoles vitales pour notre département, rappellent-ils. Ceci pour gagner deux minutes de temps de trajet. Aujourd'hui, 30 kilomètres de bocages ont été anéantis ce qui représente déjà 30 000 arbres. Toutes ces haies, ces arbres, ces bosquets assurent un habitat pour plus de 10 espèces de chauve-souris protégées et pour plus de 10 espèces d'oiseaux auxiliaires des cultures comme le Milan royal ou le faucon crécerelle".

"Les pôles et le permafrost sibérien fondent. Même nos glaciers alpins ne sont pas épargnés. Les forêts brûlent. Les océans étouffent sous les plastiques. Les deux tiers des animaux ont disparu depuis 1970 sur la planète (source WWF). Il y a urgence à décarboner nos vies et à changer de modèle. Il est urgent dans notre département d'arrêter avec ces projets de routes gigantesques. Il y a trois fois plus de routes que de rivières en Haute-Loire.

Nous pourrions utiliser les 230 millions d'euros (coût de la déviation de la RN88) pour rendre rapidement notre département résilient face aux crises climatiques, sanitaires et géopolitiques qui s'annoncent".

La faune devra attendre 30 ans avant de pouvoir vivre à nouveau sur le secteur

À la question des mesures compensatoires promises par la préfecture et la Région, ils répondent : "À la place des 30 kilomètres d'arbres abattus, les responsables veulent en replanter le double. Super ! Mais le problème est que les haies replantées vont mettre plus de 30 ans à arriver à une taille adéquate et fonctionnelle pour la faune. Les animaux terrestres et les oiseaux devront attendre trois décennies pour y nicher dedans et se nourrir avec. Et plus de 80 ans pour que des arbres matures accueillent dans leur houppier et leur tronc des rapaces, des pics ou encore des chauves-souris".

Les naturalistes présents soulignent une autre incohérence dans ce dossier des plus polémiques : "Les écologues mandatés par la Région affirment qu'ils vont déplacer la population de reptiles, dont certains sont protégés par la loi, et ceci avant les travaux. Mais c'est faux ! Tout simplement car il est impossible d'agir ainsi. Même le Conservatoire des espèces naturelles d'Auvergne concède qu'il n'y arrivera pas. L'ensemble de cette faune passera donc sous les chenilles des bulldozers".

La ponte d'une grenouille rousse sur une zone humide du Pertuis. Photo par Nicolas Defay

"Ce sera une véritable hécatombe pour le reste des animaux encore sur place"

En Haute-Loire, 6 à 10 espèces animales sont détruites chaque jour sur 20 kilomètres de routes peu fréquentées selon les estimations des naturalistes. "Sur cette déviation qui traversera forêts et bocages, ce sera une véritable hécatombe pour le reste des animaux encore sur place, s'indignent-ils. Avec 12 000 véhicules journaliers à 110 km/h, ce sera plus de 30 espèces qui périront tous les jours. Elle finira par vider la zone de sa faune." À titre d'exemple, ils mettent en exergue le cas de Polignac. Après la mise en service de la déviation de la RN102 en 2001, 7 cadavres de chouettes chevêches ont été répertoriées. "L'espèce est désormais totalement éteinte sur le bassin", déplorent les naturalistes.

"L'humanité déploie une énergie incroyable pour scier la branche sur laquelle elle est assise. Utilisons cette énergie pour vivre avec la nature et pas contre elle".

"Il est temps de faire les bons choix de société"

Discrets mais solides dans leurs convictions, les naturalistes concluent en ces mots : "La déviation est un projet dévastateur du siècle passé. Contentons nous de ce que nous avons. Il est temps de faire les bons choix de société. Et en premier lieu, celui de vivre en harmonie avec la nature qui nous a enfantés et qui nous fournit généreusement tout ce dont nous avons besoin. L'humanité déploie une énergie incroyable pour scier la branche sur laquelle elle est assise. Utilisons cette énergie pour vivre avec la nature et pas contre elle".

Cette zone humide, dans le tracé de la route, n'existera bientôt plus. Photo par Nicolas Defay
Cette zone humide, sur le tracé de la route, n'existera bientôt plus. Photo par Nicolas Defay

Vous aimerez aussi

À découvrir

Contenus sponsorisés

Vos commentaires

Se connecter ou s'inscrire pour poster un commentaire

11 commentaires

er

mar 16/03/2021 - 09:40

Ha si cette petite minorité d'opposants c'était fait connaitre plus tôt, aucun contournement n'aurait été possible et il nous faudrait plus de deux heures pour faire ST ETIENNE le PUY. Pour mémoire, la RICAMARIE, le CHAMBON FEUGEROLLES, FIRMINY, ST FERREOL, PONT SALOMON, MONISTROL, ST MAURICE, YSSINGEAU, BLAVOZY, et j'en oublie, ont été déviés. Il y a toujours des grenouilles et des rats. On pourrait aussi revenir au voyage en calèche.

lo

lun 15/03/2021 - 19:07

Les rats ne sont pas toujours là où l'on pense les trouver, en voilà une preuve parmis tant d'autres. ...

st

lun 15/03/2021 - 18:39

@la : des morts sur les routes, il y en aura malheureusement toujours. Petites routes, nationales, villages, autoroutes... on peut avoir un accident n'importe où. Tant qu'il y aura des automobilistes au volant il y aura des morts, déviation ou pas. Attendons le 1er mort dans la future descente du Pertuis et là tout le monde dira : "mais ça roule beaucoup trop vite sur cette 2 x 2 voies, passons là à 90 km/h".

aj

lun 15/03/2021 - 11:37

Pensez à ceux qui habitent au bord de la 88, et il n'ya pas que St Hostien et le Pertuis, mais aussi Lachamps, Cellier, Les Granges....?

aj

lun 15/03/2021 - 11:08

Et c'était les mêmes, une petite minorité, qui était contre la déviation du Puy (et qui l'ont retardé pendant 15 ans), qui était contre la ferme solaire de St Christophe, contre les éoliennes, contre les agriculteurs....

fa

dim 14/03/2021 - 16:24

Pour la déviation du Puy c' était une chouette puis une fougère aujourd'hui encore un prétexte bref rien de concret mais pour le gaspillage de l' eau de la ville qui coule en permanence 24h/24 depuis 1994 à la place d' une source qui a été détruite a l' abreuvoir de la Vaysse à Taulhac là il y a personne...

ra

dim 14/03/2021 - 12:29

Si vous voulez des rats venez les récupérer autour du Mézenc. ils détruisent les prairies de nos agriculteurs.
De l'écologie oui mes à petite dose. Aujourd’hui on atteint l'apogée de la stupidité, tous ça pour stopper un projet qui est démarré!!!!

st

dim 14/03/2021 - 11:01

@ca : des travaux que tout le monde attend ? Ah bon, vous êtes sûrs de ça ? Perso, je n'attend pas du tout cette déviation, et pourtant j'emprunte cette route très régulièrement. J'ai beau chercher : je ne vois toujours pas l'intérêt de dépenser 226 millions pour ces travaux. Autant la déviation du Puy était absolument nécessaire, autant là je vois pas. Je rappelle que cette déviation va permettre de gagner seulement 2 minutes.

la

dim 14/03/2021 - 10:03

et on ne sait plus quoi dire pour arrêter le chantier, bien ou mal je pense que cette déviation est nécessaire voire indispensable, mette en concurence la vie que ces jeunes ont perdus dans la descente du pertuis contre une race de rat c'est moche....
Arrêtez vos bétises, il fallait se réveiller avant que tout commence , maintenant c'est parti donc go

st

sam 13/03/2021 - 21:18

Tout ce gâchis pour assurer la réélection d'un seul homme : tellement pathétique.

ca

sam 13/03/2021 - 18:20

Des indices incontestables mais pas l’animal ! MDR ! Mais que vont ils encore inventer pour stopper les travaux que tout le monde attend. Ridicules !