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Langeac

Une décharge sur la ligne des Cévennes

mar 21/01/2014 - 16:29 , Mise à jour le 26/11/2020 à 17:49

"Les usagers, les voyageurs et vacanciers de passage dans les gorges de l'Allier devront se contenter d'apercevoir ce décor de décharge par les fenêtres du Train Touristique si rien ne change avant l'été prochain". Xavier Bousset, le secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de la Haute-Loire, nous a fait part de son indignation et de ces quelques clichés pris en gare de Chapeauroux début janvier. Ces déchets y trônent depuis mi-novembre.
Les travaux liés à la dernière phase du Plan-Rail Auvergne concernaient des changements de rails dans certains tunnels afin de remonter la vitesse à 70 km/h au lieu de 40 km/h aujourd'hui. Les entreprises ferroviaires privées n'ont manifestement que trop peu de considération pour l'environnement naturel exceptionnel de la ligne des Cévennes. Le CGTiste ajoute : "les travaux, qui n'ont pas été terminés, ont de surcroît rendu impossible la remonté de vitesse. Résultat des courses : sept minutes de plus sur le parcours".

L'argent public versé sans contrôle
Surtout, le syndicat déplore que l'argent public soit versé sans contrôle direct de l'exécution des travaux d'infrastructure et souhaite "la présence sur le terrain d'élus cheminots du CHSCT (ndlr : Comité d'Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail) ou du CER (ndlr : Comité d'Etablissement des cheminots de la Région) lors de la clôture des travaux afin de contrôler leur parfait achèvement, assimilable à une réception de travaux dans le cas d'un bâtiment".
Jusque dans les années 2000, le patrimoine naturel aux abords de la voie ferrée, dans les gorges de l'Allier en particulier, était resté à peu près intact mais nombreux sont ceux à s'apercevoir que c'est de moins en moins le cas... La CGT Cheminots de Haute-Loire condamne "ces appels d'offre où seul le prix est le critère, en excluant le savoir faire, la sécurité, le respect de l'environnement, les délais d'achèvement et le cahier des charges".

----Cette année encore, c'est l'Infra SNCF qui devra terminer les travaux, dès avril prochain et de nuit. Ce retard a aussi pour conséquence d'empêcher la vitesse d'être augmentée à 70 km/h, a priori pas avant la fin de l'année civile.-----Un problème récurrent alors qu'on diminue le nombre d'agents
Rappelons que l'an dernier déjà, dans cette même gare de Chapeauroux, c'est l'Infra SNCF (la branche du Groupe SNCF qui réalise, pour le compte de RFF, la gestion, l'exploitation et la maintenance du réseau ferré national) qui avait dû batailler auprès des sous-traitants et finalement organiser elle-même l'évacuation des déchets, exécutée au mois d'avril seulement. "Les contrats stipulent pourtant clairement que cette opération leur incombe", s'emporte Xavier Bousset.
De plus, les équipes d'agents voie à la SNCF disparaissent les unes après les autres : entre Clermont-Ferrand et Chapeauroux, il n'y a plus qu’une seul brigade composée de six agents, pour un parcours de 170 Km... Celle de Brioude a été supprimée depuis le début de l'année 2014 "sans tenir compte des missions de surveillance, de maintenance et d'intervention qui lui incombaient. On a donc aujourd'hui six agents pour 170 km de ligne, ce qui entraîne un temps d'intervention indécent".

Un environnement naturel excpetionnel à préserver
Alors que la Ligne des Cévennes est déjà en grande difficulté et que le spectre de sa suppression (lire) continue de planer au-dessus du peu de trains qui l'empruntent (huit quotidiennement en comptant les transports de fret), elle peut miser sur son aspect touristique, étant intimement liée à un environnement naturel exceptionnel et bénéficiant de l'architecture particulièrement soignée des ouvrages d'art la jalonnant.
"Il faut désormais protéger davantage ses alentours et mieux encadrer les techniques utilisées par les entreprises privées", considère le secrétaire général du syndicat CGT des cheminots de la Haute-Loire, accusant certaines d'entre elles d'employer une "artillerie lourde démesurée, dévastatrice pour les abords directs (talus et végétation dégradés) et les accès à la plateforme (nouvelles saignées sans réutilisation de chemins existants)". Il assure même que "plusieurs cas ont été relevés ces dernières années" et que "les propriétaires de terrains privés ayant du donner leur accord dans certains cas s'en étaient offusqués eux-mêmes".

----Le mille-feuille de sous-traitance
Difficile de cibler les entreprises privées sous-traitantes dans cette affaire. A l'heure où l'on parle du mille-feuille administratif, que le gouvernement souhaite réduire, il s'agit dans cette affaire d'un mille-feuille sous-traitant : en effet, l'entreprise qui a décroché le marché a recours à plusieurs sous-traitants, qui font eux même appels à divers prestataires...
-----Contre la politique de sous traitance
La CGT ne cesse de dénoncer cette politique de sous traitance avec "des entreprises privés qui ne respectent pas leurs engagements". Xavier Bousset ajoute même : "il y a aussi des installations qui sont cassées pendant les travaux et c'est après à l'Infra SNCF de les réparer".
Le syndicat annonce en conclusion qu'il se battra contre ces suppressions de cheminots et "contre toutes les malfaçons exécutées lors des travaux effectués par des entreprises peu scrupuleuses qui ont encaissés 13 millions d’euros". Ces 13 millions d'euros correspondent aux travaux réalisés ces quatre dernières années sur la ligne des Cévennes par des entreprises privées exclusivement.

Maxime Pitavy

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