Un projet de carte scolaire sans précédent depuis deux décennies

Par Nicolas Defay ven 05/02/2021 - 16:15 , Mise à jour le 05/02/2021 à 16:15

Vendredi 5 février, ils sont 150 à être réunis devant l’Inspection Académique au Puy. Parents, enseignants, enfants, syndicats...Tous protestent contre la menace d’une fermeture de 12 classes dans 9 écoles du département d’ici la rentrée 2021.

Dans la cour, les panneaux sont dressés et les étendards tendus bien fort. Même des enfants, certains très jeunes, sont là, visage masqué et regard planté sur le bâtiment d’État. Avec leurs parents, leurs professeurs, quelques élus municipaux et des syndicats, ils représentent pas moins de neuf écoles publiques altilgériennes et 12 classes d’élèves. Les écoles de Sanssac l’Eglise, Cussac-sur-Loire, Lavoûte-sur-Loire, Vals-près-le-Puy, Saint-Pal-en-Chalencon, Brioude, Riotord, Saint-Maurice-de-Lignon et Brives-Charensac sont ainsi menacées par des fermetures de classes à la rentrée de septembre 2021.

Photo par Nicolas Defay

« C’est inaudible et totalement dénué de sens ! »

« Et ce sont autant de postes devant élèves qui vont disparaître !, partage Muriel Vignaud du syndicat SNUipp-FSU. Et il est juste aberrant de fermer des classes où les conditions d’apprentissage sont bonnes pour nos élèves afin de créer des postes hors la classe. »
Vincent Deloge, secrétaire départemental du syndicat Force Ouvrière des enseignants du premier degré et des AESH, complète ses propos. « Madame l’Inspectrice d’académie ferme une classe et demi pour créer un poste d’Inspecteur de l’Éducation Nationale que personne n’a demandé. Elle ferme nos classes pour créer des postes qui ne seront pas devant les élèves ! C’est inaudible et totalement dénué de sens ! »

« J'ai analysé tous les comptes-rendus des comités techniques depuis une quinzaine d’année et je n’ai rien trouvé de tel comme dégradation de l’école publique ». Vincent Deloge, FO

Une attitude de l’IA incompréhensible

« Enfants sacrifiés ». « À 2 ans, je ne compte pas mais je suis là ». « Nos enfants valent plus que vos chiffres ». « Touche pas ma classe ! » Les affiches sont nombreuses, rudimentaires, faites de carton et d’un peu d’imagination. Mais la colère est solide et l’incompréhension totale. « On ne saisit pas bien quelle est la posture de l’Inspection académique, se demande une maman dont le garçon est scolarisé en Petite section à La Malouteyre à Brives-Chrensac. Nous sommes dans une situation sanitaire très particulière, dans un contexte très anxiogène où les parents laissent les enfants au portail, avec pas ou très peu de contact avec la maîtresse. On ne voit pas la classe, les enfants ont des masques...Aujourd’hui, on devrait être d’autant plus concentré sur l’humain et la bienveillance. Le projet de l’IA pour la carte scolaire, c’est l’exact opposé. »

Photo par Nicolas Defay

À l’encontre des promesses de l’Etat

Les syndicats rappellent les annonces de la secrétaire d’État en charge de l’éducation prioritaire, Nathalie Elimas, qui contredisent les desseins de l’Inspectrice d’académie, Marie-Hélène Aubry. « Elle a déclaré mercredi 3 février devant le Sénat que, depuis la rentrée 2020, aucune fermeture de classe ne s’est faite dans les communes de moins de 5 000 habitants sans l’accord du maire, précise Vincent Deloge. Et elle a rajouté qu’il n’y avait aucune raison de changer cette directive. Je m’attendais donc à ce que madame l’Inspectrice d’académie honore les engagements gouvernementaux. Visiblement, vu qu’elle refuse de recevoir les délégations de parents des neuf écoles menacées et qu’elle exige que le comité technique se passe très rapidement, l’espoir commence à diminuer ».

Une pluie de signatures pour la classe passerelle

En deux jours, l'APE de l'école brivoise La Malouteyre a reçu pas moins de 315 signatures en guise de soutien au maintien de la classe passerelle.

La logique comptable de l'IA apparait justement des plus illogiques car elle ne prend pas en compte les enfants âgés de moins de 3 ans pour calculer l'effectif total dans cette classe passerelle. Or, en février 2021, ces enfants "fantômes" seront au nombre de...29.

« En agissant ainsi, elle vide les écoles et n’attire plus les gens dans les communes concernées »

Aujourd’hui, sur les écoles concernées par le projet de carte scolaire de Marie-Hélène Aubry, il n’y a que Brioude qui comporte plus de 5 000 habitants. « Autrement dit, si on suit la logique du gouvernement, aucune classe ne pourrait être fermée sans l’accord des maires dans les autres écoles », résume Vincent Deloge. La maman d’élève de La Mouteyre ajoute : « Ce que l’Inspectrice d’académie souhaite va à l’encontre de tout ce que le gouvernement prône et décide de faire. Son projet va également à l’encontre de la politique de la ville. Car, en agissant ainsi, elle vide les écoles et n’attire plus les gens dans les communes concernées ».

Chose est certaine, c’est que les personnes présentes aujourd’hui sont loin d’en rester là si rien ne bouge à l’horizon. D’autres actions du même type qu’aujourd’hui ont été promises par les syndicats, des opérations qui seront assurément appuyées par les parents.

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3 commentaires

ba

ven 05/02/2021 - 20:17

Cette politique de destruction du monde rural est une honte. Nos dirigeants n'ont pas retenu la leçon des gilets jaunes. Et que dire de ces hauts fonctionnaires, inspecteur/trice de l'Education nationale, qui ont suivi leur scolarité dans le privé, qui ont leur enfants dans le privé, et qui cassent l'école publique! Quelles causes servent-ils? Quelles idéologies les guident, si ce n'est l'égoisme, le séparatisme et l'entre-soi?

dj

ven 05/02/2021 - 19:54

La politique du chiffre
Partout
Toujours
Ça nous tue

st

ven 05/02/2021 - 18:46

Rien d'étonnant car la vraie graisse du mammouth se trouve dans les bureaux et ce sont les ronds de cuir qui sont décorés pendant que les profs font leur job. Quant aux inspecteurs, ils dispensent la bonne parole type yakafokon mais il est dommage que de si bons pédagogues ne soient pas restés sur le terrain, ils auraient tellement à apporter aux élèves haha !