Un patron face aux juges pour des remarques à caractère sexuel sur les fiches de paie

mer 06/09/2017 - 19:36 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:47

"Je vous préviens, ce n'est pas de la haute poésie". Mardi 5 septembre, au tribunal du Puy, le juge André-Frédéric Delay s'excuse presque des mots qu'il s'apprête à lire. De ses mains, il parcourt les feuilles de paie de deux salariées d'une petite entreprise du Monastier. Au dos des documents, quelques annotations personnelles du patron : "Coquine"; "Petites miches"... décrypte le magistrat, perdu dans une collection de remarques fleuries.
"On lui a dit d'arrêter"
Cramponné à la barre, le patron quinquagénaire dégage une impression d'énergie. Son "tempérament volcanique", comme le dépeint le juge, n'y est pas pour rien. Il écoute la longue liste des commentaires reprochés. Des réflexions - écrites ou orales - adressées à deux de ses employées durant l'année 2016. 
Le prévenu en nie certaines, et réfute la gravité des autres. "On a toujours plaisanté entre nous, dans l'entreprise. Ca les faisait rire!". Une phrase qui fait bondir les plaignantes des bancs du tribunal. "On lui a dit d'arrêter. Mais il n'arrêtait pas."
"J'aurais du prendre des cours de management"
Deux versions qui diffèrent, mais permettent de résumer ce procès : celui d'une limite franchie. "Mon erreur, c'est d'avoir confondu vie personnelle et vie professionnelle", reconnait le prévenu. Apprécié ou honni, l'humour "salace" du patron revient dans la plupart des témoignages d'autres salariés.

Il l'admet : "J'aurais peut-être dû prendre des cours de management". Insuffisant pour les parties civiles. "Ce n'est pas un problème de management, mais de respect qu'on doit à chacun", assène l'une des avocates des plaignantes. Celle-ci rappelle "l'emprise économique du patron sur le salarié" et "l'état psychique détérioré de ses patientes", attesté par des certificats médicaux.
10 mois avec sursis réclamés
Mais la défense du prévenu pointe des "incohérences" dans le dossier. Sur la même ligne que son client, l'avocate rappelle l'ambiance familiale dans l'entreprise. "Je ne remets pas en cause la personnalité d'un patron qui peut être lourd. Mais il se comportait comme ça avec tout le monde. Ses salariés ripostaient. Ça les faisaient rire."

Le parquet réclame 10 mois d'emprisonnement avec sursis et des soins psychologiques. Le tribunal rendra sa décision mardi 3 octobre.
Clément L'hôte

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