Un grand projet à l’œuvre au cœur du collège Anne Frank à Brives

Par Nicolas Defay mar 05/10/2021 - 06:30 , Mise à jour le 05/10/2021 à 06:30

L’objectif est à la fois inédit et de très grande envergure : mettre en place une Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (Amap) dans le collège Anne Frank, le tout monté par les élèves eux-mêmes et de façon mutualisée avec d’autres écoles du secteur.

Tous les 5ème et 4ème des classes du collège public Anne Frank à Brives-Charensac participent à l’élaboration d’un dispositif de grande dimension. Grande dimension tant par le nombre de leviers à activer pour faire marcher la machine que par l’importance de l’enjeu. « L’idée est de lancer la création d’une grande Amap au sein de l’établissement scolaire, explique Bénédicte Pelloux-Prayer, animatrice du réseau des AMAP Auvergne Rhône-Alpes. Les enseignants et enseignantes ont déjà fait un travail autour du sujet. »

Elle ajoute : « Aujourd’hui, nous allons animer un jeu qui s’appelle le jeu de la ficelle. Il a été créé par l’association Quinoa afin de montrer aux élèves quelles sont les interdépendances qui existent au sein du système alimentaire et agricole actuel mondial ».

Bénédicte Pelloux-Prayer enseigne le jeu de la ficelle. Photo par Nicolas Defay

Une Amap ? C’est ça ▼

C’est le sigle pour Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne. « Ce sont des collectifs d’habitants d’un territoire qui font des partenariats solidaires avec des paysans de ce même territoire, définit Bénédicte Pelloux-Prayer. L’objectif est de se faire livrer à échéance régulière (une fois par semaine, tous les 15 jours ou une fois par mois, Ndlr) les produits locaux des paysans participants ».

Autobiographie d’une courgette...

Une courgette. Où a-t-elle été cultivée et par qui ? Dans quel pays ? À quel prix sera-t-elle vendue ? A-t-elle été cultivée avec des pesticides, sous serre, dans une méga-exploitation ? Combien a-t-elle parcouru de kilomètres par route, par bateau ou avion avant de finir dans les étales d’un supermarché ? Quelle sera son empreinte carbone ? Et quel sera le rôle de la publicité ? Et celui de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) ?...
Autant de questions pour autant d’acteurs afin de comprendre tout le chemin parcouru qui existent de la fourche à la fourchette. « Ils réalisent quelles sont les entités au cœur du rouage, également celles qui en sont exclues et quel lien il faudrait tisser à l’avenir pour avoir un système alimentaire durable », livre Bénédicte Pelloux-Prayer.

La première Amap en France est née en avril 2001 à Ollioules dans le Var. On fête donc les 20 ans des Amap cette année. Selon le site Greenecho, il existe 1988 Amap dans le pays, 383 dans la région AuRa, et 15 en Haute-Loire (chiffre octobre 2020).

Chaque élève est devenu un acteur du système alimentaire mondial. Photo par Nicolas Defay

« Comment s’approvisionner de façon juste pour le producteur et le consommateur »

À l’instar d’un jeu de rôle, les élèves deviennent un produit, une structure, une personne étrangère ou encore un élément naturel. Quand l’un sera la fameuse courgette, son voisin sera le FMI (Fonds Monétaire International), ou le petit paysan producteur qui survit à peine de son travail ou encore le sol de la terre. « Un premier élève lit la description de son état comme l’exemple de la courgette, indique Bénédicte Pelloux-Prayer. Ses camarades doivent alors lever le doigt s’ils pensent faire partie du système alimentaire qui interagit avec ce produit de base ».

Chaque élève en lien avec la courgette de départ tiendra une ficelle qui les reliera. Au final, c’est un long serpent de corde qui entoure les participants, dévoilant ainsi les implications en action à l’échelle mondiale. « La question qu’ils doivent se poser au terme du jeu est comment s’approvisionner de façon juste pour le producteur et le consommateur en produits sains et locaux, résume la professionnelle. La création d’une Amap est assurément l’une ces solutions alternatives possibles ».

« Il y a beaucoup de circuits courts qui se développent et c’est très bien pour la transparence offerte aux consommateurs. Mais c’est important de garder en vue qu’il y a des producteurs qui n’arrivent pas à vivre de leur métier. L’Amap a cette double solidarité d’inclure et les consommateurs et les producteurs ». Bénédicte Pelloux-Prayer

Photo par Nicolas Defay

Plusieurs écoles tiennent la ficelle... de ce grand projet

Myriam Becuwe, documentaliste au collège Anne Frank, expose l’envergure du dispositif « On va travailler avec les écoles du secteur, les deux écoles de Brives, de Chaspinhac et celle du Monteil, pour l’instant. L’idée est de toucher un maximum d’élèves et de créer du lien avec les écoles voisines. »

Les élèves scolarisés en 5ème et 4ème seront les mécaniciens de cette grande machine alimentaire, sociale et humaine. « Tout sera créé par eux. Ils devront trouver et contacter les producteurs, décideront de la fréquence de la distribution et de l’organisation des paniers. Pour cela, nous irons visiter des fermes et interroger des agriculteurs directement sur un marché ».

« Si tout se passe bien et que le projet aboutit dans les temps, les premiers paniers devraient être proposés dès les premiers jours du printemps 2022 ». Myriam Becuwe

« À l’échelle de Brives-Charensac, nous espérons plus que tout avoir un maximum d’Amapiens »

Une Amap, oui, mais pour qui ? « Notre Amap est destinée en priorité aux familles du collège et des écoles participantes, aux personnels des établissements et aussi au voisinage, mentionne Myriam Becuwe. Nous souhaitons créer une véritable dynamique de quartier autour de ce projet et l’élargir à de plus en plus de personnes à mesure de sa croissance ».

La Maison Pour Tous de Brives s’est déclarée partenaire pour faire le relais de la distribution sur les temps de vacances scolaires. « Si tout se passe bien et que le projet aboutit dans les temps, les premiers paniers devraient être proposés dès les premiers jours du printemps 2022, termine Myriam Becuwe. À l’échelle de Brives-Charensac, nous espérons plus que tout avoir un maximum d’Amapiens ».

Photo par Nicolas Defay

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