Trois ans de prison ferme pour un père incestueux à Espaly St-Marcel

mer 20/01/2021 - 19:00 , Mise à jour le 20/01/2021 à 19:00

Mardi 19 janvier, un père a comparu devant le tribunal, accusé d’inceste sur ses deux enfants. Au terme d’une audience aussi pesante que les faits présentés, le mis en cause a été condamné à 4 ans de prison dont trois ferme.

Pour le rappel du contexte, deux demi-sœurs, âgées de 8 et 12 ans au moment des faits, ont accusé leur père d’attouchements et de viols, calvaire remontant aux années 2014-2015. Le père ne reconnaît pas les accusations et nie tout en bloc. Sa compagne met en doute la parole des filles et celle du plus jeune fils.

Un récit macabre, difficile à écouter

La juge Marianne Berthéas, présidente, ouvre l’audience en précisant qu’une information judiciaire a été conduite durant plusieurs années concernant le couple en question. Puis elle décrit l’histoire sordide passée dans la commune d’Espaly-Saint-Marcel. En avril 2015, l’aînée des enfants dénonce à son éducatrice et à sa psychologue des faits de violences commis par son père sur elle, sa demi-sœur et sur son demi-frère. D’après elle, son papa la rejoignait presque chaque soir alors qu’elle était couchée dans la chambre partagée avec sa sœur. Il imposait alors à chacune des caresses sexuelles.

Un précédent d’attouchement sexuel sur mineur

Elle assure avoir alerté sa belle-mère par le biais d’une lettre. Lettre restée morte et sans suite. Pire. La belle-mère aurait au contraire prévenu son compagnon des accusations perpétrées à son encontre. La présidente tient à préciser que le quinquagénaire avait déjà fait l’objet de procédures les années précédentes, suivies par les gendarmes de Pélussin (42), qui concernaient également des attouchements sur une enfant à savoir la fille de sa précédente compagne.

« Je l’ai bien vu mettre son zizi dans la bouche de ma sœur »

Au fil des minutes, le récit d’horreur continue à être lentement déroulé. L’adolescente révèle ainsi avoir été contrainte à des fellations, le matin, avant de partir à l’école (ce qui constitue un crime donc passible de la cour d'assises). « C’est un bourrage de crâne orchestré par les éducateurs et les magistrats ! », se défend le père mis en cause. Pourtant, les témoignages alourdissent un peu plus le cas de l’accusé. En 2017, le jeune garçon de la fratrie révèle avoir été le témoin des agissements de son père sur une de ses sœurs. Il a fini par déclarer à son éducatrice : « Papa a menti. Je l’ai bien vu mettre son zizi dans la bouche de ma sœur. Maman était là et voyait tout ».

« J’ai une réticence à toucher des enfants »

Le prévenu prend alors la parole en déclarant : « À aucun moment, je n’ai levé la main sur mes enfants. Et encore moins avoir fait subir des atteintes sexuelles à mes filles. J’affirme être rarement monté seul embrasser les enfants au coucher. J’y allais en compagnie de mon épouse. Et puis ma fibromyalgie m’en empêchait. Depuis l’histoire avec la fille de ma précédente compagne, j’ai une réticence à toucher des enfants. Et puis, je me suis tellement battu pour récupérer mon aînée ».

Et Rodolphe Part, le vice-procureur, de prendre la parole : « Pourquoi avez-vous menti aux enquêteurs ? Vous avez affirmé être dans l’impossibilité de monter les escaliers aux chambres alors que vous avez pu monter les escaliers de ce tribunal sans efforts ! »

L’épouse du prévenu nie en bloc

D'une voix presque effacée, la compagne clame à son tour son innocence en mettant en doute la parole des enfants : « Si mon mari avait réellement fait le dixième de ce que vous lui reprochez, il ne serait pas là. Je ne supporte pas qu’on fasse du mal à des mineurs. Il n’a jamais rien fait, je le sais. »
Me Diez, avocate de la partie civile,
enchaîne et demande à la compagne : « Vous dites que cette fille mineure est une menteuse ? Vous préférez ne plus la voir plutôt que de la croire ? La parole d’enfants reste fragile, parfois empreinte de contradictions et d’imprécisions. Mais, elle ne doit pas être mise à mal ».

Des larmes, de l’amour et de la haine

Au moment où la plus grande des filles est invitée à la barre, le silence est insupportablement déchiré par ses sanglots. Après son intervention, elle regagne sa place discrètement. Les deux sœurs se serrent mutuellement dans les bras. Sans rien dire. Pendant de longs moments. Rodolphe Part, Vice-Procureur de la République, prend de nouveau la parole : « Le père s’est comporté comme un véritable tyran, un agresseur, un véritable pédophile. Quant à sa femme, elle ne pouvait méconnaître ce qu’il se passait à son domicile ». Ses réquisitions vont de six ans de prison dont deux avec sursis contre le père et deux ans dont douze mois ferme contre celle qui n’a rien dénoncé.

Les avocats de la défense appellent à la modération

« Il faut faire attention dans ce type de procédure, plaident Maîtres Anne-Sophie Bardin et Ladislas Mazur-Champanhac, avocats de la défense. Vous devez confronter les différentes déclarations et les comparer. Dans cette affaire, ça ne tient pas. Au fil des déclarations des enfants, on assiste à une montée en puissance des horreurs, à une distorsion de la réalité avec des éléments qui font partie des fantasmes. Leurs déclarations doivent être prises avec énormément de précautions. Cette affaire ne débute sur rien du tout et se termine par des viols ».

Le père déclaré coupable de tous les chefs d’accusation

Il est 20 heures. Le tribunal reprend l’audience après avoir débuté il y a six heures. La présidente lit alors le jugement et précise les modalités d’exécution des sentences. Le père est déclaré coupable de tous les chefs d’accusation et une peine de quatre années de prison lui est infligée avec un année de sursis. S’y rajoutent un suivi socio-judiciaire de trois ans, un retrait total de l’autorité parentale sur les trois enfants et l’inscription au FIJAIS (Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles et violentes).

Son épouse coupable de non-dénonciation

La compagne est reconnue coupable pour la non-dénonciation d’une partie de la période des faits incriminés. La peine prononcée est de deux ans de prison mais avec 18 mois de sursis et donc six mois ferme. La présidente rajoute que le juge d’application des peines recevra la coupable pour décider des modalités d’application de la peine de prison ferme.
Les deux conjoints sont condamnés en outre à verser 6 000 euros à chacune des filles et 1 500 euros au jeune frère.

G.R.

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