Championnat de France de twirling : un duo altiligérien sur le podium
"Le Trail de Saint‑Jacques : l’ultra qui court après les records, pas après les valeurs " tel est le titre d'un bulletin d'humeur qui a été adressé à la rédaction de Zoomdici.
Nous avons choisi de le diffuser car il aborde des questions relatives à la massification et aux dérives de la pratique, aux nuisances sonores, au grand écart entre les engagements écologiques affichés et la réalité d’un événement de masse, ou encore du lissage du récit par les médias.
Et avec cette invitation à réfléchir aux dérives du sport de masse et à adopter une approche plus lucide.
Voici le texte en intégralité :
Le Grand Trail du Saint‑Jacques s’est imposé au fil des années comme un rendez‑vous majeur du calendrier sportif régional, mêlant imaginaire jacquaire, storytelling “nature” et ambitions événementielles toujours plus affirmées.
L’édition 2026 n’a pas dérogé à cette montée en puissance, portée par son intégration au circuit UTMB et par une communication qui revendique un événement “spirituel”. Pourtant, derrière cette esthétique soignée, la trace GPX dévie franchement du parcours annoncé. La massification induite par l’UTMB dépasse largement les capacités locales, tandis que la gouvernance mêlant association, acteurs privés et UTMB Group manque de cohérence.
Même les puristes, Kilian Jornet en tête, dénoncent désormais une “machine UTMB” dont la logique mercantile attire des foules telles qu’elles finissent par avaler les montagnes qu’elles prétendent célébrer. Quant aux engagements écologiques brandis à grand renfort de communication, ils peinent à convaincre face à une machine qui draine des milliers de participants et d’accompagnateurs; une aventure présentée comme authentique, mais qui commence surtout par piétiner le bon sens.
Au Puy‑en‑Velay, la “nature omniprésente et préservée” s’est surtout distinguée par un fond sonore suramplifié jusqu’à deux heures du matin. Un pèlerinage acoustique à l’empreinte carbone embarrassante, bien loin du récit d’une aventure prétendument “intimiste”.
"On finit par dépasser la limite qui sépare l’exploit individuel du dérangement collectif."
Les médias locaux, eux, saluent “une nouveauté qui a convaincu et devrait se perpétuer” et mettent en lumière la "dimension humaine" :7000 au départ, 5500 à l’arrivée., sans compter les nombreux bénévoles. Un triomphe, paraît‑il.
"Un public marqué par l'intensité des arrivées" qu’on en viendrait presque à souhaiter un parcours plus sélectif, afin de réduire le flot continu de "finishers" et d’éviter que le speaker ne déclame chaque arrivée comme une révélation mystique, qui a tenu tout un quartier éveillé.
À force de pousser le show jusqu’à la caricature, on ne se contente plus de franchir une ligne d’arrivée : on finit par dépasser la limite qui sépare l’exploit individuel du dérangement collectif.
Faut‑il donc vraiment des prochaines éditions qu'elles confondent dépassement de soi et dépassement des bornes, de laisser la logique commerciale empiéter sur le simple bon sens, et d’ériger le vacarme nocturne en indicateur suprême de réussite sportive ? Après tout, pourquoi changer une recette qui rapporte et fait du bruit ?
Il est évident, qu'un partie de la presse locale n’est ni là pour politiser le sport, ni pour mettre en lumière ces contradictions. Par prudence, par dépendance économique, par autocensure ou par simple choix éditorial, elle préfère souvent accompagner l’élan plutôt que d’en questionner les angles morts. On ne peut pas vraiment le lui reprocher : chacun son rôle, chacun ses contraintes. Mais cette retenue contribue aussi à lisser un récit, qui, cette fois là sonne faux pour les riverains.
La fanfaronnade médiatique contraste fortement avec la réalité vécue sur place, rythmée donc par ces nuisances aussi interminables que fatigantes, à des kilomètres du récit d’un événement “nature”, “spirituel” et “respectueux” que l’événement s’attribue avec une assurance presque touchante… si elle n’était pas totalement hors‑sentier.
"Des voix minoritaire, sans micro, sans sponsors ni caméras, qui peuvent pourtant aimer le sport"
Et puisque l’événement promet aux coureurs « un voyage dans le temps », on ne serait pas contre, nous aussi, un petit retour vers une époque où la sobriété sonore comme écologique n’était pas un slogan, mais une réalité.
Un ultra, ça se court humblement. Dommage que l’organisation préfère courir après les chiffres plutôt qu’après le respect du terrain. Et puisqu’elle semble si attachée aux symboles, qu’elle garde au moins celui‑là en tête : le respect, lui, ne s’accroche pas avec un dossard.
On classera sans doute ces remarques parmi les discours des rabat-joie. Ceux qui continuent de parler d’écologie, de préservation des territoires ou s’interrogent sur la marchandisation du sport, comme s’ils n’avaient pas saisi l’esprit de la fête.
Des voix minoritaire, sans micro, sans sponsors ni caméras, qui peuvent pourtant aimer le sport, admirer les coureurs et saluer l’engagement des bénévoles et des associations, tout en refusant qu’un événement s’impose au détriment de son environnement.
Il est presque amusant de voir tout le microcosme du “spiritrail” et les grands prêtres du sport outdoor s’agiter pour faire toujours plus grand, alors même que les figures majeures de cette discipline commencent, elles, à questionner les dérives de leur propre pratique et à développer une forme d’endurance intellectuelle qui manque cruellement ailleurs.
Peut‑être, après tout, que la critique est injuste et que les adeptes du “spiritrail” appliquent scrupuleusement, dans leur quotidien, les bonnes pratiques prêchées par les organisateurs, censées compenser les effets peu reluisants de ces rassemblements géants.
On imagine sans peine ces apôtres de la sobriété environnementale multiplier les gestes héroïques : uriner sous la douche pour économiser une chasse d’eau, pratiquer la marche arrière écologique pour se rendre au départ des courses et annuler leur empreinte carbone, ou encore s’adonner au tri sélectif des pensées négatives, en déposant leurs mauvaises idées dans la poubelle jaune afin qu’elles puissent peut‑être être recyclées en bonnes intentions. On n’arrête pas le progrès.
"Certains habitants finiront peut‑être par se mettre au trail eux aussi… "
Finalement, la vie n’est peut‑être rien d’autre qu’un ultra : une course de fond où la gestion et la lucidité mènent plus loin que la démesure.
En attendant que cette idée fasse son chemin, il sera sans doute plus sage pour les riverains d’investir dans une paire de Boules Quies afin de préserver ce qu'il reste de tranquillité. Et qui sait : peut‑être qu’Hoka y verrait un moyen d’accroître encore son influence en transformant ça en objet dérivé officiel.
Avec un peu de chance, certains habitants finiront peut‑être par se mettre au trail eux aussi… et à trinquer à l’Isostar Isotonic pour célébrer la fête comme il se doit.
Signé : un habitant du quartier, qui s’est levé aussi rincé que les coureurs, à ceci près qu’il n’avait pas choisi la course.
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