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Tout ne coule pas de source pour classer la Haute Vallée de la Loire

lun 27/01/2014 - 18:00 , Mise à jour le 26/11/2020 à 17:49

Suite à l'affaire du barrage de Serre de La Fare, l'Etablissement Public Loire (EPL) a acquis 350 hectares de foncier sur cette zone depuis de nombreuses années. "Ces terrains auraient été noyés sous 30 mètres d'eau si le projet du barrage était allé à terme", nous explique Roberto Epplé, le Président de SOS Loire Vivante, "il y a donc depuis très peu d'activité humaine sur ces terrains".
En janvier 2013, un premier dossier de candidature avait été déposé par l'EPL auprès du Conseil Régional pour classer le site en Réserve Naturelle Régionale (RNR). La Région a donné son accord pour avancer dans le projet et a même financé, à hauteur de 25 000 €, le travail d'études et de concertation avec les acteurs locaux. Normalement, dès ce printemps, une demande officilelle de classement devrait être réalisée auprès du Conseil régional qui devrait ensuite trancher au cours de l'année pour classer, ou non, la plus grande réserve naturelle d'Auvergne.

Le projet doit être mené en concertation
"On a un patrimoine remarquable", assure Julien Demeusy, chargé de mission à l'EPL, "que ce soit pour la faune ou la flore, et principalement grâce à une gestion raisonnée du territoire. Il nous faut trouver un équilibre entre le patrimoine et l'activité humaine. Je pense que l'outil du RNR est parfaitement adapté". Il existe en France environ 120 Réserves Naturelles Régionales et chacune fonctionne très différemment.
En principe, à chaque fois, les divers acteurs du territoire sont sollicités et le plan de gestion s'élabore en concertation. Les opposants au projet disent que presque personne n'était au courant sur le territoire alors que l'EPL assure que huit demi-journées ont été organisées en mairie de Chadron en novembre dernier, réunissant environ 180 participants en cumulé.

Avec les propriétaires privés, une réserve de 550 hectares
"Ce sont des terrains privés et on souhaite que la nature y soit préservée, et la biodiversité valorisée", explique Julien Demeusy. Les propriétaires privés ayant des terrains à proximité de cette zone peuvent adhérer au RNR (adhésion renouvelable tous les dix ans) et l'EPL, tout comme la Région, les incitent fortement : avec ces terres, la réserve pourrait atteindre jusqu' à 550 hectares et traverser cinq communes.
Pour les défenseurs du projet, les intérêts sont multiples : diminution la pollution, préservation de la Loire Sauvage, accroissement de l'attractivité touristique, en proposant un tourisme doux avec des parcours pédestres dans un domaine sauvage... "Si on obtient ce classement, les projets montés sur ce site pourront beaucoup plus facilement accéder aux subventions, notamment de l'Europe", ajoute le chargé de mission à l'EPL.

Déjà plus de 800 opposants au projet
Mais ce projet a aussi des opposants, qui considèrent que Réserve Nationale Régionale signifie diminution des libertés et accroissement des réglementations et interdictions. Une pétition a ainsi vu le jour sur Internet (voir) et compte déjà plus de 800 signataires. Grégory Bonnaud fait partie des opposants au projet.
"Ce projet n'apporte aucune valeur ajoutée pour l'environnement", nous indique-t-il par téléphone, "c'est de l'argent public gaspillé. Ce site ne comprend aucun problème environnemental aujourd'hui, il n'est absolument pas menacé et très peu fréquenté". Un comité devrait être monté pour se faire entendre quand le temps de l'enquête public sera venu et des manifestations ne sont pas à exclure.

----Ce projet de RNR ne devrait pas spécialement créer d'emplois, ou alors seulement en périphérie de la zone classée.-----La réserve pourrait s'inscrire dans le macroprojet de biosphère Unesco
Le classement de la zone est également lié à un autre projet, beaucoup plus large, celui d'une réserve biosphère estampillée Unesco qui s'étendrait du Puy-en-Velay jusqu'aux sources de la Loire (lire). "C'est effectivement un macroprojet dans lequel on pourrait s'inscrire", concède Julien Demeusy, "même s'il s'agit de deux dossiers indépendants". En effet, les institutions qui procèdent aux classements ne sont pas les mêmes. Roberto Epplé est le Président de SOS Loire Vivante, l'association qui porte ce projet pour obtenir le césame Unesco.
"La biosphère Unesco n'a pas besoin de cette réserve mais ce pourrait quand même être un atout pour l'obtention du label", juge-t-il, "on protège des joyaux de la biosphère et cette réserve en fait partie, mais ce ne serait qu'un atout parmi d'autres". L'obtention potentielle du label Unesco pour la réserve biosphère n'interviendrait pas, de toute façon, avant trois ou quatre ans.

Agriculture, chasse et moto au coeur du conflit
Parmi les principaux points de discorde, on retrouve la pratique de loisirs motorisés dans la zone. "Certains de ces sentiers ne sont plus accessibles aux piétons tant ils ont été dégradés par les motos", constate Roberto Epplé, "on peut créer un sentier de découverte moto, il y a la place pour le faire ailleurs mais il faut aussi des lieux sacralisés". Pour le vice-président du Conseil régional Christian Bouchardy, "il faut faire un inventaire des lieux où c'est autorisé et des lieux où c'est interdit. On reste ouvert à la discussion, il n'y a pas de dogme sur cette question".
Et sur celle de la chasse ? "Ils ont effectivement besoin de réserves", répond l'élu, "on en fait régulièrement mais sur d'autres sites". Dans le même registre, Roberto Epplé met en garde contre des projets de pêche privée dans la vallée : "il faut que ça reste un bien collectif, c'est une menace potentielle pour le site".

Baignade, pêche et chasse toujours possibles "et même dans de meilleures conditions"
Le Président de SOS Loire Vivante entend les arguments des opposants mais les tempère : "la zone n'est pas immédiatement menacée mais pourrait l'être prochainement. La qualité de l'eau, par exemple, s'est bien dégradée ces dernières années, principalement à cause d'une certaine pratique de l'agriculture, dans la vallée et sur les plateaux, avec notamment l'utilisation de produits phytosanitaires".
Enfin concernant la baignade, après qu'un journal local ait insinué qu'elle ne serait plus possible, SOS Loire Vivante assure : "la baignade, au même titre que la pêche et la chasse, seront possibles telles que pratiquées aujourd'hui, et même dans de meilleures conditions. Les pratiques actuelles ne posent aucun problème, on peut les maintenir et même les améliorer pour le visiteur et la biodiversité".

"Le but n'est pas de tout mettre sous cloche mais plutôt de ne pas tout permettre"
De nouvelles réunions de concertation devraient avoir lieu avant que le projet n'aboutisse. En attendant, Christian Bouchardy observe : "c'est un moyen de pérenniser le site alors que la plupart de ces terrains n'ont aucune garantie d'avenir, c'est du ressort de notre compétence et nous sommes favorables à ce classement" avant de conclure : "le but n'est pas de tout mettre sous cloche mais plutôt de ne pas tout permettre. Il faut trouver un compromis avec la population et le temps de la concertation est encore long".

Maxime Pitavy

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