Ski : les professionnels s’adaptent malgré un avenir incertain

Par Macéo Cartal sam 23/01/2021 - 06:00 , Mise à jour le 23/01/2021 à 06:00

Les professionnels du monde des sports d’hiver l’espéraient au plus profond d’eux mais la situation sanitaire ne le permet pas : les remontées mécaniques ne rouvriront pas le 1er février. C’est un véritable coup de massue pour les professionnels du secteur qui ont déjà essuyé une énorme perte économique. C’est le cas du domaine des Estables qui, après une saison 2019-2020 marquée par l’absence de neige, a subi un arrêt forcé pour la 2e année consécutive.

Yves Gayton, directeur de la station du Mézenc, nous le disait en décembre dernier : «  Si nous n’ouvrons pas le 20 janvier comme l’a indiqué Jean Castex, c’est la catastrophe assurée ! ». L’arrivée inespérée de la neige cet hiver avait réchauffé le cœur des professionnels de la station et de tous les actifs dépendants des sports d’hiver. Ce manteau blanc représentait une aubaine pour pouvoir accueillir le public dans de belles conditions hivernales pour la potentielle réouverture du 1er février.

S’adapter avant tout, même chez les utilisateurs

Pour Yves Gayton, cette annonce n’est pas une surprise. « On ne va pas se lamenter, on fonctionne en s’adaptant continuellement et ce depuis le début de l’automne ». La station étant située en moyenne montagne, les chutes de neige ne sont pas récurrentes de la même manière chaque année. « Nous avons l’habitude de nous adapter à chaque fois donc on réagit », affirme Yves Gayton. Les amateurs de sports d’hiver aussi s’adaptent à la situation. Les pistes de ski de fond sont toujours accessibles, et « elles marchent bien, très bien même », rassure Yves Gayton. Des disciplines jusqu’alors peu pratiquées ont également pris pas mal d’importance avec cette situation inédite. En effet, les raquettes ont aussi beaucoup de succès. De plus des activités telles que le ski de randonnée ou encore la randonnée nordique rencontrent un succès relativement nouveau dans la station. « Ce sont des disciplines qui sont finalement très adaptées à nos massifs et qui étaient jusque-là pratiquées par une petite niche de personnes », ajoute Yves Gayton.

De nouvelles activités proposées en conséquence

La neige de culture : qu'est-ce que c'est ?

La recette de la neige de culture est on ne peut plus simple : De l’air, de l’eau et du froid ! En pulvérisant, via les enneigeurs, des gouttelettes d'eau sous pression dans un air à une température négative, elles gèlent instantanément et se transforment en flocons de neige en retombant. Les "faiseurs" de neige peuvent fabriquer de la neige de différentes qualités selon le besoin. En règle générale, cette neige est plus résistante au passage des skieurs du fait de sa plus grande densité.

La station des Estables ne reste pas inactive face à cette crise sanitaire. Des pistes de ski de fond sont aménagées sur certaines pistes de ski alpin en haut de la station. Une piste de luge est également aménagée au bas des pistes, constamment entretenue avec la neige de culture. Une piste de boardercross est également à l’étude dans le domaine skiable. La station peut également compter sur le fonctionnement du fil-neige dans l’espace débutants. Les écoles primaires montent également sur place pour faire découvrir la discipline et l’école de ski propose toujours les cours aux débutants, toujours conditionnés au strict respect des consignes sanitaires. Cette situation oblige donc à se renouveler et si la station en elle-même parvient à s’adapter, les professionnels du secteur dépendant des sports d’hiver résistent tant bien que mal mais les conséquences se font fortement ressentir.

« Le ski alpin représente 90 % de nos locations »

Pour Philippe Michel, responsable d'un des points de location d’équipements aux Estables, cette situation est un véritable déchirement. Il essuie une perte considérable, alors qu’il tente de se relever d’une saison 2019-2020 déplorable à cause de l’absence totale de neige. « L’année dernière, j’ai perdu 97 % de mon chiffre d’affaires », déplore-t-il. Étant resté ouvert, il n’a le droit à aucune aide de la part du Gouvernement. Malgré tout, il était hors de question pour lui de fermer pour que les visiteurs puissent tout de même accéder aux pistes de ski de fond, partir en raquettes ou bien faire de la luge.

« On laisse les gens s’agglutiner dans les magasins pour les soldes, alors que nous sommes en plein air, que l’on peut facilement instaurer la distanciation sociale et le port du masque ». Philippe Michel

Philippe Michel est également gérant du Lugik Park, parc de luges sur rail toutes saisons, qui a ouvert ses portes à l’été 2019 aux Estables. La structure est considérée comme Établissement Recevant du Public (ERP) en Plein air et, à ce titre, peut ouvrir uniquement sous dérogation préfectorale. Alors que dans les Alpes, une dérogation a été mise en place pour ces structures, l’incompréhension règne. D’autant plus que cela fait plusieurs semaines qu’une demande est régulièrement faite auprès de la préfecture, toujours sans réponse. Le Gouvernement justifie la fermeture des remontées mécaniques par le risque d'accidents. Un risque qui ne peut être permis dans un contexte où les hôpitaux sont en manque de lits et d’effectifs. « Cette justification est compréhensible, mais dans le cadre du Lugik Park, le risque d’accidents est excessivement faible, voire nul, et encore une fois, il est très facile pour nous de mettre en place des mesures de distanciation », confirme Raphaël Bonnet, directeur d’exploitation du Lugik Park.

« Je ne suis pas en colère mais vraiment écœuré » Philippe Michel

Après cette deuxième saison catastrophique, Philippe Michel ne sait pas encore de quoi l’avenir sera fait. Concernant sa boutique de location de matériel, il ne peut qu’espérer une prochaine saison exceptionnelle ou une amélioration notable de la situation. Pour Lugik Park, il déplore, impuissant : « Après 18 mois d’ouverture, dont sept où nous avons dû rester fermés, c’est tout de même très compliqué ». En étudiant le calendrier, Philippe Michel indique que les principaux jours fériés à venir tombent durant les week-ends, ce qui ne permet pas de grands ponts. Or ces ponts constituent une réelle source de revenus pour le parc de luges. « Toutes ces conditions indiquent que l’on devrait attendre juillet pour espérer faire quelque chose. Le souci c’est qu’on ne peut pas se permettre d’attendre jusque-là », s’inquiète Philippe Michel.

Les rumeurs d’un troisième confinement viennent renchérir à cette incertitude mais Yves Gayton reste pragmatique. « Les vacances sont dans trois semaines, d’ici-là le confinement aura peut-être fait son effet, ce qui nous laisse le temps de rebondir [...] la saison n'est pas finie, nous avons fait en sorte d'avoir de la neige de culture jusqu'à mi-mars ».

"L’AMF demande la mise en œuvre d’un dispositif d’accompagnement renforcé de l’économie de montagne La décision prise par le gouvernement de maintenir fermées les remontées mécaniques dans les stations de montagne aura des répercussions considérables sur l’économie des régions concernées. Sans méconnaître la réalité de la crise sanitaire, ni les efforts financiers de l’État en faveur des entreprises, les élus s’interrogent sur la pertinence d’une décision qui ne concerne que le ski alpin alors que la filière dispose des capacités d’organisation nécessaires pour assurer les précautions sanitaires à l’instar des autres activités de plein air qui elles sont autorisées.
A l’évidence, la concertation organisée cette semaine avec les élus locaux et les parlementaires, au plus haut niveau de l’Etat, n’avait pas pour objet de trouver des solutions partagées permettant de préserver l’activité économique dans un cadre sanitaire sécurisé.
L’AMF prend acte de cette décision, dont tout laisse à penser qu’elle est définitive et qui appelle désormais des mesures de soutien renforcées à l’économie de montagne ; car celle-ci sera durablement affectée par cette année perdue.
L’AMF souhaite que l’Etat prenne l’initiative de concevoir et de mettre en œuvre pour les élus locaux et les parlementaires des régions concernées, un dispositif financier, fiscal et réglementaire d’accompagnement dans la durée des acteurs privés et publics de l’économie des territoires de montagne
."

 

 

 

 

 

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