Sanssac-l'Église : construite il y a 50 ans, cette route passe...chez un habitant

lun 20/11/2017 - 18:30 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:49

La mairie l'entretient, la déneige, et tout le monde roule dessus. Pourtant, la route qui relie le bourg de Sanssac au hameau de Lonnac appartiendrait officiellement à un seul habitant : le propriétaire des terrains alentour.

Des travaux suspendus
À 80 ans, cet agriculteur à la retraite n'en démord pas : en 1967, la route s'est construite illégalement au coeur de 40 hectares de terres familiales. Il l'assure : "j'ai toutes les archives pour le prouver".  Chez lui, des dossiers d'huissiers et d'avocats se bousculent sur une table entière. Son "feuilleton". Il s'empare d'un contrat jauni, signé en 1967. "Au début, ma mère avait accepté la construction de la route. Elle a cédé du terrain en échange de parcelles publiques, d'une taille équivalente. Mais la mairie ne lui a pas tout donné, et le contrat n'a jamais pris effet". En bref : une affaire ancienne, truffée de subtilités juridiques, et difficile à analyser.

Ce qui est clair en revanche, c'est que la route a bien été construite. Cinq-cents mètres de problèmes... Comme il y a quelques mois, quand le syndicat des eaux a voulu enfouir de nouvelles canalisations le long de la chaussée. À peine installé, le chantier a eu droit à la visite du propriétaire, accompagné d'un huissier. Exit les travaux. Les vieilles canalisations en amiante-ciment, qui alimentent en eau potable les hameaux de Lonnac et de Driaude, resteront encore un peu. "C'est une question de principe", argue le propriétaire. "Cette route, c'est chez moi, et le syndicat des eaux intervient sans m'avertir. Quand les agents ERDF étaient venus pour le réseau électrique, eux avaient pris le soin de demander la permission. Je les avais donc accueillis."
Vers une expropriation?
À quelques encablures de cette "zone grise", la mairie Sanssac s'emploie à trouver une solution. Le maire actuel, Gilbert Peyret, se serait bien passé de ce conflit hérité des majorités précédentes. Alors qu'en salle de réunion, on lui fait passer un plan sorti des archives, l'édile pousse un grand soupir. "J'ai passé des heures, pour ne pas dire des jours à rechercher ces documents". Des investigations nécessaires au lancement de nouveaux pourparlers. "On a proposé de nouvelles parcelles en échange de la route. Pour ça, on est allés jusqu'à organiser un vote des habitants dans un hameau! Une nouvelle fois, une convention a été signée. Une nouvelle fois, le propriétaire a refusé de l'appliquer". Une version contredite par l'ancien agriculteur, pour qui ce nouvel accord n'a jamais existé.

Résultat : alors que 2017 se termine, la situation est toujours aussi embrouillée qu'en 1967. Mais Gilbert Peyret refuse de transmettre le dossier maudit à celui ou celle qui lui succèdera. "On n'a plus beaucoup de solutions : il faut déclarer la route d'utilité publique, et aller jusqu'à l'expropriation s'il le faut." Vu sa complexité, l'affaire pourrait aller une première fois devant la justice. Peut-être la seule solution pour que le "feuilleton" prenne fin avant novembre 2067.
Clément L'hôte

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