Retraités : 'on ne s'attendait pas à ça d'un gouvernement de gauche'

mar 30/09/2014 - 17:10 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:24

Une cinquantaine de retraités de neuf organisations syndicales se sont rassemblés devant la préfecture du Puy ce mardi matin. Une mobilisation départementale comme il y en d'autres dans les autres territoires de France en ce moment, comme Moulins, Clermont-Ferrand et Aurillac, après une grande manifestation nationale de plus de 20 000 personnes à Paris le 3 juin dernier.

Colère
Pas de division syndicale pour cette cause qui rassemble tout le monde sous le même mot d'ordre : revaloriser les pensions. Ce mardi 30 septembre 2014, une intersyndicale CFE-CGC, USR-CGT, FGR-FP, FSU et Confédération paysanne a manifesté à 10 heures sur la place du Breuil du Puy pendant qu'une délégation était reçue en préfecture. Leur porte-parole, Odile Maurel, ne cache pas son indignation.

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Parmi les retraités qui touchent les plus petites pensions, les agriculteurs. Geertje Chevalier a 59 ans. Elle est femme d'exploitant à Tiranges et adhérente de la Confédération paysanne. Elle témoigne de son quotidien.

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Le jeudi 16 octobre prochain, les retraités se joindront aux actifs pour une action syndicale commune sur la protection sociale.

Annabel Walker

Voici la prise de parole d'Odile Maurel devant la préfecture :

« Le 3 juin dernier, 9 organisations syndicales et associations de retraités ont organisé une très forte manifestation nationale à Paris : 20 000  ou 25 000 retraités au pied de la Tour Eiffel ! Et il y a eu aussi des rassemblements dans les départements. Mais le gouvernement est resté quasiment sourd à nos demandes. Alors une nouvelle journée d'action a été fixée, pour aujourd'hui, le 30 septembre. Et en Haute-Loire, au nom d'agriculteurs retraités, la Confédération paysanne a rejoint l'intersyndicale.
Le monde des retraités est unanime et mécontent : notre pouvoir d'achat baisse. Toutes nos organisations (je dis bien, toutes) partagent nos constats et notre colère : nous dénonçons le blocage des pensions de retraites et les prélèvements excessifs.
Le Premier ministre vient de confirmer le gel des pensions pour 2014. Toute revalorisation des retraites est maintenant reportée, au mieux, à octobre 2015. 22 mois sans augmentation !
La prime exceptionnelle de 40 € (3€ par mois !) annoncée pour les pensions inférieures à 1 200€, c'est de l'enfumage !
La hausse du minimum-vieillesse promise depuis longtemps va augmenter de 8€, pour atteindre 800€, mais les personnes âgées concernées resteront toujours sous le seuil de pauvreté (987€).
Pour ceux qui ont travaillé dans le privé, les retraites complémentaires Agirc et Arrco ne sont pas revalorisées et leur pérennité est peut-être menacée.
Ce n'est pas tout : cette année, beaucoup de retraités vont payer l'impôt sur le revenu ou vont devoir payer davantage, à cause de la disparition de la demi-part fiscale pour les veuves et veufs et à cause de la fiscalisation pour la majoration pour enfants.
La TVA a augmenté. Nous la payons tous. Et nos dépenses contraintes ne diminuent pas : chauffage, électricité, assurances, alimentation. Pour les dépenses de santé, comme les soins sont plus fréquents pour nous, retraités, et de moins en moins  remboursés par la Sécurité sociale, bien des retraités renoncent à se soigner (en particulier pour les soins dentaires, les lunettes et les appareils auditifs). C'est particulièrement vrai pour les 3 millions de retraités qui n'ont pas de complémentaire-santé.
Le reste à vivre est de plus en plus restreint. Le monde des retraités s'appauvrit. De plus en plus de retraités se tournent vers les associations humanitaires (Croix rouge, secours catholique, restaus du cœur...)
Face à cela, on nous parle sans cesse des déficits publics, du « trou » de la Sécurité sociale. Mais, même si la dette nationale est forte, la France n'est pas pauvre. Par contre, le gouvernement a fait le choix d'avantager le capital ; il pratique une politique de plus en plus inégalitaire des richesses produites : les  riches sont favorisés et le niveau de vie du plus grand nombre se dégrade. 
Pour la protection sociale, Marie-Sol Touraine a annoncé hier la hausse de la csg pour les retraités imposables. C'est encore une mesure contre les retraités ! Et la csg, c'est un impôt, ce n'est pas une cotisation comme les autres ! Le gouvernement s'attaque à la politique familiale en diminuant les aides aux familles. Il n'a qu'une logique : répondre aux injonctions du Medef et de l'actuelle Union européenne : diminuer les dépenses publiques. Cela a pour effet de précariser davantage les plus vulnérables, jeunes comme moins jeunes.
Comparons quelques données chiffrées :
Le « trou » de la sécurité sociale est évaluée à … 13 milliards d'euros...  
Il manque 4 milliards à l'Unedic, 3 milliards à l'Arrco et 3 milliards à l'Agirc : c'est à dire il manque 23 milliards de déficit total pour toute la protection sociale.
Le gouvernement prévoit un plan d'économie de 50 milliards d'euros sur 3 ans.
Et si l'on pourchassait les fraudes aux cotisations sociales (environ 20 milliards d'euros par an ) ? Et les allègements aux entreprises représentent 20 milliards, avec  le CICE (crédit impôt compétitivité emploi) et le pacte de responsabilité ?.
Et si l'on diminuait les niches fiscales, évaluées à 80 milliards et qui avantagent les plus riches ?
Et si l'on s'attaquait aux fraudes fiscales (estimées à 60 ou 80 milliards) ?
Rappelons-le : les avancées sociales ne sont jamais venues toutes seules ; elles ont toujours été conquises par des luttes. Déjà, c'est le jour de la manif parisienne du 3 juin que Valls a annoncé que la loi d'adaptation de la société au vieillissement serait étudiée à l'automne. Cette loi, dite « loi sur la dépendance, non, loi sur l'aide à l'autonomie », était très attendue et sans cesse repoussée. Elle est actuellement débattue à l'Assemblée nationale et, même si le financement est très insuffisant, elle marque de très nettes avancées.
Nos revendications ne sont pas que l'affaire des vieux. Il s'agit bien de l'affaire de tous ! Il s'agit bien d'un choix de société, d'une société solidaire entre les générations, d'une société qui protège les plus fragiles ! Déjà, la délégation portera toutes ces revendications auprès du Préfet. Et le 16 octobre, avec les actifs, nous les redirons, nous défendrons Notre Sécurité Sociale (« contribuer selon ses moyens, recevoir selon ses besoins » et non, « chacun comme il veut ou comme il peut, auprès d'assurances privées.)
Vivre, c'est résister ! Résister, c'est vivre !
Je vous remercie.

Depuis plus de vingt ans et les réformes successives de la retraite, lorsque les personnes partent à la retraite, le niveau de leurs pensions baisse par rapport à celles qui sont parties avant elles.
La pension moyenne en Haute-Loire est de 883€. Pour nous faire payer, à nous, les petites gens ou les classes moyennes.
La fraude aux cotisations sociales : travail au noir, recours aux salariés détachés d'autres pays, sous-traitance en cascade, contrats précaires, salariés devenus auto-entrepreneurs...). »

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