Prouesse sportive : des millions de petits pas pour un énorme problème planétaire

Par Nicolas Defay sam 08/10/2022 - 06:00 , Mise à jour le 08/10/2022 à 06:00

Elle s’appelle Mina Guli. Elle est australienne et femme d’affaire. Chaque semaine, elle effectue plusieurs marathons, une démarche pour sensibiliser tout humain à propos du mur qui nous arrive en pleine face : la pénurie d’eau potable généralisée. Ce vendredi 7 octobre, il s’agit de son 107ème marathon. Son 1er en France. Au Puy-en-Velay.

107 marathons sur un objectif de 200 courses prévues d’ici mars 2023 dans les 5 continents du Globe. Soit 4 494 km déjà effectués sur les 8 400 recherchés. C’est comme si elle était partie de la cité ponote pour rejoindre à pied les confins des terres de Jordanie.

Mina Guli, militante écologique australienne, a troqué son costume de femme d’affaire le 22 mars 2022 contre d’innombrables paires de baskets. L’objectif est de sensibiliser nous tous, individu, famille, collectivité, institution, entreprise et politique sur l’urgence du problème de l’eau dont nous sommes tous concernés de très près. Si le mois de mars 2023 a été choisi comme la fin de son exploit herculéen, ce n’est pas un hasard. La Conférence des Nations-Unies sur l’eau se tient du 22 au 24 mars 2023 à New-York pour faire un état de lieu de l’hécatombe majeure et planétaire sur le sujet.

« Nous n'avons plus de temps à perdre. Des solutions sont possibles. Les prises de conscience se font. Il faut à présent convaincre les dirigeants des pays sur l'urgence de la situation. Car c'est maintenant qu'il faut agir. Pas dans dix ans. Pas dans cinq ans. Maintenant ! » Mina Guli

Sur la promenade de la Borne à hauteur du Rocher Saint-Michel.
Sur la promenade de la Borne à hauteur du Rocher Saint-Michel à Aiguilhe. Photo par Nicolas Defay

« La Loire, plus grand fleuve de votre pays, passe en premier par là »

Aujourd’hui, vendredi 7 octobre, elle attaque son premier marathon en France sur les six programmés dans l’Hexagone jusqu’au 16 octobre. Avec Orléans et Paris (4 courses), son équipe a sélectionné le Puy-en-Velay pour son premier pas en terre gauloise. « Nous avons choisi le Puy-en-Velay et la Haute-Loire car la Loire, plus grand fleuve de votre pays, passe en premier par là, explique Mina Guli, à peine transpirante après son marathon ponot. C'est une ressource extrêmement précieuse qui meurt pourtant comme tous les cours d'eau du monde ».

Elle continue : « Comme partout où je passe, ici aussi je vais rencontrer des experts de votre région pour connaitre les solutions qu'ils envisagent et les faire remonter ensuite aux leaders mondiaux ».

Elle est partie du Rocher Saint-Michel à 6 heures du matin pour continuer en direction de Vals-Près-Le Puy, sillonner ensuite la cité pavée, remonter la voie verte jusqu’à Brives-Charensac, suivre le chemin de la Borne de Chadrac à Aiguilhe et revenir à son point de départ. Le tout plusieurs fois de suite durant 7 heures de temps.

Mina Guli, une avocate de l’eau, femme d’affaires australienne, elle est fondatrice et CEO de la Fondation Thirst. Elle est un leader mondiale engagée dans la protection des ressources en eau de la planète.

Après 15 ans de carrière dans les secteurs juridique, financier et du changement climatique, Mina a créé en 2012 Thirst Foundation, une organisation à but non lucratif destinée à sensibiliser et montrer l’urgence d’agir sur la question de l'eau.

En 2022, elle a décidé de courir 200 marathons en un an dans le cadre de l’expédition #RunBlue.

En 2016, elle a couru The 7 Deserts Run (40 marathons à travers 7 déserts en 7 semaines), en 2017, ce fut “The River Run” (40 marathons à travers 6 rivières en 40 jours) et en 2018 a tenté 100 marathons en 100 jours, dans le cadre de la campagne #Running Dry.

Victime d’une fracture de la jambe, lors du Marathon 62, des personnes du monde entier se sont unies pour mener à bien la campagne. Grâce à ces expéditions, Mina a construit une communauté de défenseurs de l'eau au quotidien dans plus de 190 pays et territoires.

Mina Guli a été considérablement reconnue pour son leadership dans le domaine de l'eau, notamment par Fortune qui l'a classée parmi les plus grands leaders du monde.

Elle a pris la parole aux Nations unies et a été régulièrement citée dans les principaux médias mondiaux, locaux et régionaux du monde entier. Mina a consacré sa vie à la crise de l'eau, car elle est convaincue que nous pouvons être la solution

« Tout le monde est concerné par l'eau. Ensemble, nous avons tous la responsabilité d'aider à résoudre cette crise mondiale »

L’ambition fait écho à la sécheresse qui s’est abattue en France cet été sur tout le territoire et qui engendre actuellement de graves conséquences sur nos écosystèmes et sur les activités humaines. Le pays a connu le deuxième été le plus chaud depuis 1900 et une absence de pluie record. Entre juin et août, il a notamment fait 2,3° de plus que la normale.

« Les récentes températures et les sécheresses extrêmes en Europe entraînent une pression massive sur les ressources en eau et sont révélatrices des changements effrayants à venir, en grande partie du au changement climatique, explique Mina Guli. Tout le monde est concerné par l'eau. Ensemble, nous avons tous la responsabilité d'aider à résoudre cette crise mondiale ».

Au gré des différentes étapes, Mina Guli rencontre les principales entreprises, les ONG et les gouvernements pour s'assurer que des mesures destinées à résoudre la crise de l’eau figurent bien à l'agenda des principaux événements environnementaux, notamment à Douchanbé et à la COP27

Mina Guli, dans les déserts des Etats-Unis d'Amérique.
Mina Guli, dans les déserts des Etats-Unis d'Amérique. Photo par DR

« Il y a tellement de dégâts sur notre planète bleue que le constat en est déchirant »

Mina Guli, humble et souriante, admet que le défi est fatiguant. « Mais je suis constamment excitée de porter cette cause qui me parait essentielle pour l'avenir de tous les humains et de la planète en général, confie-t-elle. J'ai vu des choses terribles lors de mes marathons à travers le monde. Des lacs totalement asséchés. Des endroits écroulés. De nouveaux déserts. Il y a tellement de dégâts sur notre planète bleue que le constat en est déchirant. Et je veux partager ce que je vois pour agir ensemble ».

L’effet Forrest Gump

Dans le film de Robert Zemeckis (1994), Forrest Gump interprété par Tom Hanks se met à courir (sans véritable raison) à travers les états des États-Unis d’Amérique. Progressivement, des gens l’accompagnent alors, quelques-uns au début puis des centaines à la fin. Le même phénomène est arrivé à Mina Guli. Des milliers de personnes l'ont rejointe tout au long de son parcours en Australie, en Asie centrale, en Afrique et maintenant en Europe.

« Water is life. L'eau est la vie. L'eau est tout. L'eau est la fondation de chaque chose. Et nous sommes déjà en train de mourir de soif sans que nous nous en rendions compte ». Mina Guli

Lors de son 93ème marathon dans la ville de Salzburg en Autriche.
Lors de son 93ème marathon dans la ville de Salzburg en Autriche. Photo par Simon Pocock

Environ 8 400 000 pas pour grimper les dernières marches à New York, les plus importantes

Mina Guli terminera son périple européen à Paris le 16 octobre. Elle poursuit son aventure sportive et humaine au Moyen-Orient en participant à la semaine de l’eau du Caire en Égypte, au Royaume-Uni, en Amérique latine, en Asie et aux États-Unis. Ses ultimes pas se feront sur les marches des Nations unies à New York, à l'ouverture de la Conférence des Nations-Unies sur l'eau 2023.

« J'ai confiance en cette Conférence, se persuade Mina Guli. Comment ne pas voir que nous courrons tous à la catastrophe si rien n'est engagé à l'échelle planétaire ? Il faut que nos voix à nous, humains de tous les pays, hurlent dans les oreilles des leaders mondiaux ! »
Elle termine en ces mots : « Water is life. L'eau est la vie. L'eau est tout. L'eau est la fondation de chaque chose. Et nous sommes déjà en train de mourir de soif sans que nous nous en rendions compte ».

Plus que dix minutes de course pour terminer son marathon au Puy, 107ème sur 200.
Plus que dix minutes de course pour terminer son marathon au Puy, 107ème sur 200. Photo par Nicolas Defay

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2 commentaires

ru

sam 08/10/2022 - 14:15

A "du" quelle vision positive des choses !
P't'être se renseigner un peu avant d'écrire ... et dans sa démarche le positif fait certainement  exploser le négatif. Et si vous chaussiez vos baskets ?

du

sam 08/10/2022 - 08:48

Oh que c'est mignon une femme qui court pour la bonne cause partout sur la planète!

A t'on mesuré son impact écologique de ses déplacements car elle n'est pas venue à la nage d'Australie. Elle doit surement utiliser l'avion pour ses nombreux déplacements avec tonnes de CO2 à la clé.

On pourrait aussi se poser la question du métier de cette jeune femme: "femme d'affaire"... ça veut dire qui spécule en bourse (entre autres) et ça ne serait pas plutôt cela qui tue la planète?

Encore une action de bobo plein de pognon...

Voici mon coup de gueule de "petit autochtone" qui a à peine les moyens de se chauffer cet hiver et qui oeuvre néanmoins à son niveau pour la planète et qui va tenter de (sur)vivre tant bien que mal!