Prosélytisme au Puy : "en finir une bonne foi (!) pour toutes"

ven 11/12/2015 - 15:22 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:38

Alors que l'église de Saint-Laurent organisait une mission paroissiale du 1er au 9 décembre, le curé Thomas Diradourian a pris la liberté de déposer une affiche cultuelle aux abords de sa paroisse, pensant qu'il s'agissait encore du parvis (dans ce cas précis, il serait dans son droit).
Mais sur le grillage d'un square, il s'agit alors du domaine public et "la publicité religieuse", comme la qualifie le conseiller PS d'opposition Laurent Johanny, contrevient au principe de laïcité et à la loi de 1905.
L'imbroglio est remonté jusqu'aux oreilles de la Préfecture (l'opposition lui a adressé un courrier), qui aurait alors demandé à la mairie du Puy d'intervenir au plus vite. Nous avons contacté la municipalité, qui assure qu'il n'y a eu aucune demande d'autorisation de la paroisse, et qu'elle n'était pas au courant. Mercredi, l'affiche avait disparu.

----En période de réserve (le second tour des régionales a lieu ce dimanche), les services de l'Etat ne sont pas en mesure de le confirmer officiellement mais selon nos informations, la préfecture de Haute-Loire serait bien intervenue auprès de la mairie du Puy-en-Velay pour lui demander de retirer le plus vite possible cette banderole.-----"Le principe fondamental de laïcité est attaqué, nous considérons que c'est intolérable"
"Notre République a été attaquée", ose Laurent Johanny, "dans ses fondements mêmes, car outre liberté, égalité et fraternité, il y a aussi laïcité, et ce principe fondamental est attaqué, nous considérons que c'est intolérable". Suite à sa mobilisation, et celle de Didier Alibert, la banderole a été enlevée ce mercredi 9 décembre, journée nationale de la laïcité.
Outre cette affiche, il y a aussi eu un certain nombre de démarchages à domicile et aussi des tracts distribués. Pour les élus d'opposition, c'est une atteinte à la laïcité. Enfin, l'opposition socialiste raille le secrétaire général Les Républicains : "Laurent Wauquiez se félicite d'avoir nettoyé sa ville de l'affichage sauvage, la plupart du temps associatif, au prix d'importantes amendes mais lorsqu'il s'agit de faire la publicité de la religion, pas question de nettoyer".
Laurent Johanny, quel est le problème avec cette affiche ? La municipalité est-elle forcément au courant ? Il existe bien des événements religieux qui bénéficient de promotion pourtant ?


"Sur l'affiche, on voit une colombe, symbole de la paix, pas une kalachnikov"
"C'est une triste récupération politicarde", assène le père Diradourian, "c'est de mon propre chef, je n'ai pas sollicité la mairie". Car il pensait être dans son droit : "le parvis est l'espace qui sépare l'église de la rue". Dès que la direction générale des services de la mairie lui a demandé "aimablement" de retirer l'affiche, il s'est exécuté : "il y a déjà suffisamment de tensions en France et on ne va pas apporter de l'eau au moulin du sectarisme".
Mais il trouve quand même la réaction de l'opposition un peu exagérée : "je ne suis pas un agitateur social et je ne présente pas un trouble à l'ordre public. Sur l'affiche, on voit une colombe, symbole de la paix, pas une kalachnikov. On se demande un peu de quel côté est l'obscurantisme dans cette affaire", dénonce-t-il.

"Pas besoin de recruter au Puy", rit le curé, "on y est fortement présents depuis 1 500 ans"
L'affiche en question avait-elle pour but de recruter de nouveaux fidèles ? "On n'a pas besoin de recruter au Puy", rit le curé, "on y est fortement présents depuis 1 500 ans. Le but c'est d'être visible, pas de recruter car le rôle du chrétien, c'est d'annoncer le message de Jésus le plus loin possible. Il s'agit d'évangélisation, pas de prosélytisme".
Thomas Diradourian considère, et c'est probablement le coeur du débat, que la liberté de religion n'est pas incompatible avec la laïcité. "Je revendique mon droit de parler et revendiquer en qui je crois, sans être une source de désordre civil. Fait-on les mêmes procès aux témoins de Jéhovah par exemple ? Peut-être faut-il déboulonner la statue Notre Dame de France ?", conclut-il ironiquement.

Maxime Pitavy

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