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Yssingeaux

Procès Gala : la personnalité de l’accusé auscultée par la cour d'assises

mar 15/04/2014 - 15:07 , Mise à jour le 15/04/2014 à 15:07

Pour ce premier jour d’audience dans le cadre du procès de la cour d’assises de Haute-Loire, le meurtrier présumé de Gala, âgé de 39 ans, père de deux enfants et sans antécédents judiciaires, est arrivé au palais de justice du Puy sous escorte policière ce mardi matin.
Après avoir désigné les jurés, les magistrats ont prononcé une brève suspension d’audience avant de rappeler les faits pour finalement se plonger dans la personnalité complexe de l’accusé, alors que son ex-femme doit venir témoigner à la barre l’après-midi.

« On peut dire qu’il nous a élevé au ceinturon »
« Il y avait beaucoup de violences et d’alcool à la maison », explique l’accusé à la barre, « que ce soit sur les enfants ou sur ma mère… On peut dire qu’il nous a élevé au ceinturon ». Le père buvait tout le temps et ne contenait pas sa violence : « une fois, il m’a attrapé par la jambe et traîné dans les escaliers ».
Pour autant, il n’y aura jamais de suivi des services sociaux, les coups n’étant pas portés sur le visage, aucune trace manifeste aurait pu permettre aux instituteurs de se rendre compte du climat délétère qu’il régnait à la maison.

Aucun membre de la fratrie ne s'en vraiment remis
L’accusé se souvient à la barre d’une scène proche de la séparation de ses parents : « j’étais malade, je dormais juste à côté et j’ai entendu ma mère crier. Mon père était en train de l’étrangler et je lui ai mis des coups de poing pour qu’il arrête ». Dans la fratrie, aucun ne s’en est véritablement sorti avec une situation stable aujourd’hui. Son frère est jeté à la rue par le père violent, il y est toujours…
Des attouchements sexuels sont également soupçonnés sur ses sœurs, mais aussi sur lui. Il n’ a plus de nouvelles de deux de ses soeurs, la troisième est en hôpital psychiatrique. Quant à sa mère, après avoir rompu les liens avec elle, il l’a revue épisodiquement. « Je lui en voulais de ne pas nous avoir défendus quand on était mômes », se justifie-t-il, « pendant longtemps, je m’en suis voulu mais j’ai fini par comprendre que j’étais trop petit pour nous défendre ».

Il avait promis d'aller danser sur la tombe de son père
Et son père dans tout ça ? Il ne l’a jamais revu depuis son adolescence et il est maintenant décédé. « J’ai longtemps voulu le tuer », confie-t-il aux magistrats, « j’avais promis d’aller danser sur sa tombe mais quand il est mort, j’ai des bons souvenirs qui sont revenus et ça ne m’a rien apporté de positif. C’est un peu comme un combat qui ne s’est pas achevé, j'aurais voulu qu'il assume et qu'il s'excuse ».
Une déclaration sur laquelle rebondit aussitôt le Président de la cour d'assises : « c'est valable pour vous aussi alors ? ». L'accusé le reconnaît : « je ne suis certainement pas le mieux placé pour dire ça, je le sais, mais il faut assumer et se soigner ».

A 17 ans, il sombre profondément dans l’alcool et les stupéfiants... et devient SDF
Concernant sa scolarité, elle n’est pas brillante : il redouble sa sixième, puis sa cinquième pour finalement partir dans un premier BEP, qu’il n’achèvera pas, la faute à « des professeurs peu concernés », mais surtout à des problèmes de comportement et de consommation, déjà, d’alcool et de stupéfiants. Il change de formation mais le constat est le même, « car je sombrais profondément dans l’alcool et le cannabis, je n’arrivais plus à suivre et j’ai décidé d’abandonner ma formation », se remémore-t-il.
Il a alors 17 ans et prend la direction de la rue pour devenir SDF (ndlr : sans domicile fixe) jusqu’à l’âge de 21 ans. Au cours de cette expérience, il retrouve son frère, avec lequel il commence à tester des produits plus durs, comme les amphétamines. Mais il rencontre la mère de ses enfants alors qu’il est en train de jongler et faire la manche dans la rue : « là, je deviens sérieux », assure-t-il, « j'accepte la main qui m'est tendue, j’arrête de boire et de fumer, je vais dans un foyer de réinsertion et je trouve une première formation, puis du travail en intérim ».

Il se reconstruit en fondant une famille… mais replonge.
Sa femme venait d’une famille plutôt aisée. Avec elle, il a deux fils, en 1998 et en 2000. Mais le couple ne tiendra pas et finira pas se séparer en 2004. La cour d’assises souligne une certaine violence dans leurs relations, émaillée de quelques procédures. « Finalement, vous refaites la même chose que votre père avec votre mère ? », lui demande la cour. « Je l’ai craint en effet, et j’ai mis des distances pour l’éviter, mais je n’ai jamais porté la main sur mes enfants ».
L’aîné a quelques problèmes psychologiques et médicaux. A partir de 2010, l’accusé recommence à boire, après 14 ans d’abstinence. Il s’essaie aussi à l’héroïne, « pour me mettre plus bas que terre », à la cocaïne, aux champignons hallucinogènes, à la MDMA ou encore au LSD.

La première fois qu’il rencontre sa victime
Encore une fois, l’accusé a un regain de lucidité et de vitalité : il décide d’entreprendre une cure de désintoxication au Chambon-sur-Lignon, qui fonctionne pendant environ six mois… avant qu’il ne replonge, quelques mois avant les faits tragiques pour lesquels il comparaît aujourd’hui. « L’alcool, c’est de loin la drogue la plus dangereuse », estime-t-il, « j’ai repris à peine un mois avant les faits ».
depuis sa séparation avec son ex-femme, bien qu’il ait eu quelques relations sexuelles avec elle, il entreprend deux aventures amoureuses qui n’aboutiront pas. La mère de ses enfants a acheté un bar à Yssingeaux, il lui donne un coup de main au service pendant quelques mois. C’est là qu’il rencontre pour la première fois la victime. 

Initié à l’alcool à 13 ans par son père, puis aux injections par son frère
Enfin, avant de suspendre l’audience pour la pause déjeuner, les avocats de la défense ont demandé à l’accusé de revenir sur quelques moments clefs de son enfance. Déjà, son premier verre d’alcool : « j’avais 13 ans, j’étais avec mon père et un de ses amis, qui était bûcheron. Plus qu’un premier verre, ça a été ma première cuite ». Quant aux drogues dures, injectées par intraveineuses, c’est son frère qui l’a initié.
Il se souvient aussi qu’adolescent, il buvait et fumait du cannabis avec sa mère, elle qui n’a jamais cru que ses enfants avaient pu être abusés sexuellement par leur père. Enfin, interrogé sur ses deux enfants, l’accusé a fondu en larmes : « je les aime de tout mon cœur, c’est pour eux que j’ai fait une cure de désintoxication, mais c’est plus fort que moi ». 

L’audience reprend mardi à 14h, avec notamment le témoignage de l’ex-femme de l’accusé. Rappelons qu'il a toujours reconnu les faits, le verdict est attendu vendredi et il encourt la réclusion criminelle à perpétuité, à moins qu’il ne soit pas jugé responsable de ses actes : dans ce cas, c’est vers un hôpital psychiatrique qu’il serait orienté.

Maxime Pitavy

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