Prison ferme pour avoir menacé Laurent Wauquiez et sa famille

lun 11/07/2016 - 20:54 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:42

Invité à répondre de ses actes dans le cadre d'une comparution immédiate le 20 juin dernier, Pierre Peyvel avait refusé son jugement, qui a donc été reporté à ce lundi 11 juillet 2016. Une expertise psychiatrique a pu être réalisée dans l'intervalle.
L'ancien candidat aux cantonales à Aurec-sur-Loire a refusé d'être assisté par un avocat et a tenu à assurer seul sa défense. Il est poursuivi pour des appels téléphoniques malveillants (on en recense une centaine) à l'encontre de Laurent Wauquiez, le tout agrémenté de menaces de mort et dans le cadre d'une récidive légale. 
"Vous prenez un sacré risque", lui fait remarquer le tribunal, alors que le prévenu était en sursis avec mise à l'épreuve. "Je l'ai fait pour vous voir, sinon toutes mes plaintes restent lettre morte. J'espère bien que la presse nationale va s'emparer de cette affaire", rétorque-t-il.

"Tu as peur, c'est normal, tu as les genoux à terre, je vais te donner le coup de grâce"... 
Car pour bien comprendre l'affaire, il faut savoir que Pierre Peyvel est un "habitué des tribunaux", à la fois comme prévenu, mais aussi comme plaignant. C'est simple : dans les ordinateurs du Palais de justice du Puy-en-Velay, on recense une cinquantaine d’éléments relatifs à Pierre Peyvel. A plusieurs reprises, il a été condamné, en correctionnelle, à des peines de prison avec sursis. Souvent, il s'est retrouvé hospitalisé d'office en psychiatrie.
Alors que l'homme semblait remonter la pente et avait même remporté son procès contre Laurent Wauquiez en début d'année (une plainte en diffamation du Président de Région qui n'a pas obtenu l'euro symbolique demandé), le voilà qui récidive, multipliant les menaces : "on va te faire la peau criminel, il n'y a pas d'heure pour payer", "t'es foutu, ta femme et tes enfants [leurs prénoms dans le texte de base] vont connaître la vérité", "tu es stupide et malade, je vais te soigner", "je suis en train de détruire ta carrière" ou encore "tu as peur, c'est normal, tu as les genoux à terre, je vais te donner le coup de grâce"... Sa défense sera de dire qu'il parlait de "mort politique et non physique".

A la barre, il dénonce "une Justice à deux vitesses"
Reprenant l'historique du dossier (le détail en bas d'article), Pierre Peyvel jongle à la barre entre dénonciations politiques et décisions du tribunal administratif. Surtout, il dénonce "une Justice à deux vitesses", en déclarant : "Laurent Wauquiez porte plainte et en moins de deux jours je suis en prison mais moi, ça fait sept ans que je demande un procès pour la crémation illégale du corps de ma mère, et il n'y a toujours pas eu de jugement".
L'expertise psychiatrique réalisée ces dernières semaines rejoint les plus anciennes : elle fait état d'un penchant paranoïaque et d'une hypertrophie du moi. "Il veut judiciariser les choses et peut se montrer dangereux", est-il stipulé, "les troubles de la personnalité peuvent avoir altéré son discernement mais il demeure accessible à une sanction pénale".

----C'est depuis l'assassinat de la député britannique, Joe Cox, le 16 juin dernier, que Laurent Wauquiez a décidé de porter plainte, estimant que "la question du passage à l'acte est légitime".-----"Un tribunal n'est pas une tribune"
Au moment de prendre la parole dans l'intérêt de la partie civile, l'avocat a déclaré : "un tribunal n'est pas une tribune. Les faits évoqués concernant sa mère ne concernent pas Laurent Wauquiez et laissons la Justice faire son travail".
Surtout, il a souligné : "les faits sont établis, caractérisés, gravissimes et reconnus. Il s'agit clairement de menaces de mort, il met en cause l'épouse et les enfants de mon client et il a déjà été condamné pour ça. Sa pathologie est inquiétante et il semble normal que le citoyen Laurent Wauquiez ait porté plainte, il est temps de mettre un coup d'arrêt dans cette spirale". Un euro symbolique a été demandé.

"Il utilise des petits bouts de loi pour construire sa carapace, enchaînant amalgames et victimisation"
Même son de cloche du côté du Ministère Public, représenté par Jacques Louvier, qui a rappelé que le prévenu bénéficiait de l'AAH (allocation adulte handicapé) pour sa pathologie mentale : "il n'est pas capable d'accepter les reproches de sa mère, il cherche donc des coupables et des tribunes, car ça l'arrange d'être victimisé mais pour ne pas le laisser abuser de l'argument d'une Justice à deux vitesses, j'ai ouvert une enquête suite à ses plaintes et il cite des gens qui n'ont absolument rien à voir avec la crémation de sa mère. Il utilise des petits bouts de loi pour construire sa carapace, enchaînant amalgames et victimisation. Il peut tromper des non-juristes mais ce sont de grosses ficelles et ses ennemis sont choisis sans aucun fondement. Malheureusement, cette lutte est aujourd'hui sa raison de vivre".
Après avoir évoqué que le prévenu "réclame Justice tout le temps mais la viole régulièrement", il a requis une peine de 16 mois de prison en précisant : "j'ai déjà fait plusieurs demandes pour qu'il n'aille pas en prison mais il faut aujourd'hui l'arrêter dans sa toute puissance et sa nuisance".

Un euro symbolique pour Laurent Wauquiez
Avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, la parole était donnée au prévenu, qui n'ayant pas d'avocat, s'est contenté de dire : "je ne réclame qu'un procès que l'on me refuse depuis 2009. Je ne réclame rien d'autre mais je sais aujourd'hui que mes plaintes seront de nouveau classées sans suite".
Conformément à la demande du Ministère Public, une peine de prison ferme a été prononcée : douze mois de prison, dont six mois avec sursis et mise à l'épreuve. Le tout est bien sûr accompagné d'une interdiction d'entrer en contact par n'importe quel moyen avec Laurent Wauquiez et sa famille, ainsi que d'une obligation de soins et d'un maintien en détention à la maison d'arrêt du Puy. La partie civile a été jugée recevable et a obtenu un euro symbolique.

Maxime Pitavy

* Rappel des faits

L'ancien grossiste en boissons est dans le collimateur de la justice depuis 2008. Il est alors candidat aux élections cantonales et municipales à Aurec-sur-Loire. Il souhaite se présenter sous l'étiquette UMP mais ne sera pas investi par Laurent Wauquiez. Il dénonce alors des arrangements avec le PS pour se répartir des sièges au Conseil général et commence à verser dans la diffamation. Tout s'accélère à partir de 2009, au moment où sa mère décède. Le médecin se serait opposé à l'inhumation alors que Pierre Peyvel aurait demandé une autopsie pour confirmer l'hypothèse du suicide. Le corps finit au crematorium. Quelques mois plus tard, Pierre Peyvel est hospitalisé d'office en psychiatrie pour un total de 31 mois.
Malgré tout, il n'a jamais cessé de marteler qu'il était dans son droit et qu'il obtiendrait justice, déplorant une crémation illégale et un internement abusif. Il porte aussi plainte pour provocation au suicide, tenant Guy Vocanson (maire d'Aurec et conseiller général de 1989 à 2008) pour responsable car "il est la dernière personne à avoir vu ma mère vivante, quatre témoins en attestent".  

Les arrêtés d’hospitalisation annulés par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand
S'il n'obtiendra pas gain de cause sur tout, Pierre Peyvel peut espérer gagner gros et il a déjà commencé à percevoir des indemnités. Quelques milliers d’euros. Car plusieurs décisions du tribunal administratif de Clermont-Ferrand ont annulé les arrêtés d’hospitalisation signés par la préfecture de la Haute-Loire, la commune d’Aurec-sur-Loire et celle de Monistrol-sur-Loire entre 2009 et 2012. 
La jurisprudence de la Cour de cassation est que la forme compte autant que le fond, si ce n’est plus et que cela donne droit à des indemnités. "Rétrospectivement, l’hospitalisation n’a jamais eu de base légale, même si elle était médicalement justifiée, ce qui ouvre le droit à une indemnisation totale", précisait son avocat Me Friouret à nos confrères du Progrès ce printemps.

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