Pourquoi les bars changent-ils aussi souvent de main ?

jeu 29/09/2016 - 12:51 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:43

Si les commerces présentent une certaine stabilité, les bars, eux, changent très régulièrement de propriétaire. La Haute-Loire compte 221 débits de boissons dont 34 dans la capitale départementale. Chaque année, un mercato anime ces commerces. Depuis un an, 32 bars ont été créés et 26 ont été radiés d'après les chiffres de la CCI (chambre de commerce et de l'industrie). Si on prend le cas du Puy-en-Velay, il y a eu 9 créations contre 8 suppressions. Comment expliquer ce phénomène qui fait changer de main ces lieux conviviaux et festifs ?
Des investissements à amortir
Au Puy-en-Velay,le nombre de débits de boissons est important par rapport au nombre d’habitants. Nous avions déjà mené l’enquête. Ces derniers mois, il y a eu plusieurs ventes : entre autres le bar l’Aviation et le bar de nuit Le Michelet. Mathieu Farineau a repris ce dernier avec l’aide de trois associés dormants. « Je suis là au moins pour 10 ans », assure-t-il. La passion guide ce nouveau propriétaire, mais ce n’est pas la seule raison. Les engagements financiers sont conséquents : de lourds investissements (un fumoir et l'installation d'une climatisation pour le cas du Michelet) s’ajoutent au prix d’achat.
Des propriétaires de longues dates par amour du métier
La situation est la même pour de nombreux établissements. Eric Dubois, propriétaire de la brasserie-bar Le Majestic connaît bien la problématique, lui qui est aux manettes depuis 1982. Il explique le cercle-vicieux : « Normalement, on devrait faire des travaux tous les cinq ans pour rafraîchir le bar, mais dans la situation actuelle, ce n’est pas possible. (…) Et tant qu’on a des investissements à amortir, on ne peut pas partir ». Malgré les difficultés, les propriétaires de bar de longue date ne vivent que pour ça, et ils ont sont fiers. Ce n’est pas Calou et son mari Jean-Luc qui diront le contraire. Dernière le comptoir du Robinson depuis 1992, ils s’amusent à voir passer la jeunesse. « On a 60 ans et on vit au milieu de jeunes de 20 ans, que demander de plus ? »
Troquer une vie de famille contre une riche vie sociale
Tenir de tels établissements demande du temps. « J’arrive à 8h30 et je ne rentre pas avant 3 heures », explique Mathieu Farineau. A terme, il souhaite créer un emploi pour gérer l’établissement en semaine. « C'est beaucoup de fatigue », reconnaît-il. Ce ne sont pas ses confrères qui diront le contraire. Eric Dubois explique avec le sourire : « Mon secret pour être là depuis si longtemps ? Ne pas avoir de vie de famille. C’est surtout vrai pour ceux qui tiennent un établissement seul ». Pas de vie de famille, mais de nombreuses relations nouées au fil des années. « Il y a quelque temps, on a eu un ancien élève de Saint-Jacques. Aujourd'hui, il est anesthésiste à l'hôpital Necker de Paris. Quand il a passé la porte, il s'est retrouvé comme au lycée. On a discuté comme avant », se souvient Calou, émue.
La clientèle et sa fidélité, c'est peut-être ça la recette de la longévité de certains bars et de la passion de leurs propriétaires.
 

Emma Jouve

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