Pour que des étudiants en grande précarité puissent manger

Par Nicolas Defay mer 28/04/2021 - 17:00 , Mise à jour le 29/04/2021 à 07:54

Ce phénomène n’est pas propre qu’aux grandes villes étudiantes. Chez nous aussi, certains jeunes sautent des repas pour des problèmes pécuniaires. Diverses structures ponotes mettent la main à la poche pour aider 33 étudiants ciblés dans trois établissements scolaires et de formations altiligériens.

10 étudiants du lycée Simone Weil, trois de Saint-Jacques-de-Compostelle et 20 de l’IFP de Bains. Leurs points communs ? Ils sont victimes d’une profonde précarité les obligeant parfois à étudier le ventre vide du matin jusqu’au soir. Deux fois par semaine, ces 33 jeunes pourront, à partir du mercredi 5 mai, bénéficier d’un repas chaud et de qualité, le tout gratuitement. Menée par Hacène Djerdi, commerçant dans le centre-ville du Puy-en-Velay, cette « Opération Solidarité Étudiants » est une fusion de solidarité entre plusieurs patrons de boutiques, d’associations et de citoyens ponots.

« On s’est dit que nous ne pouvions pas rester là sans rien faire »

« L’idée est née, ici, à l’Espace Réussite de Brives-Charensac, explique Hacène Djerdi, également formateur dans ce centre de formation. Avec la directrice Agnès Gardillou, nous nous sommes rendus compte que beaucoup d’élèves sautaient des repas, faute de pouvoir s’acheter quelque chose. » Le commerçant ajoute : « Le fait qu’il n’y ait plus les petits jobs étudiants d’été ou pendant les vacances scolaires à cause de la crise sanitaire explique en partie ce problème. On s’est dit que nous ne pouvions pas rester là sans rien faire. »

« Je fais appel à la solidarité d’autres commerçants et également les particuliers. L’objectif est d’aider un étudiant. Un étudiant, ça peut-être un fils, un frère, une sœur, un petit-fils, un voisin. On est en crise sanitaire et certains sont en vraie galère. C’est notre devoir de les soutenir sans les stigmatiser ». Hacène Djerdi

Les magasins du centre-ville ponot :

  • Cosmopolite
  • Bijouterie Descours
  • S Boutique Superdry
  • Maroquinerie Lika
  • Karston Le Puy
  • Esprit, les Boutiques de Max
  • Bijouterie Giroud
  • Sport Loisir et L'Empreinte ponote

Le centre Espace Réussite et l'association des Anciens et anciennes de Simone Weil ont eux-aussi ajouté 100 euros chacun.

Le boucher-traiteur qui confectionne les repas est Au Puy des Saveurs, rue Pannessac.

La Bureautique a imprimé les affiches et les tickets repas.

Netproject a réalisé l'affiche et les logos.

Mille euros pour 200 repas

Durant des semaines, Hacène Djerdi contacte alors certains patrons de magasins de la cité ponote ainsi que des centre de formation. À chaque fois, les commerçants sont enthousiasmés par l’initiative et acceptent de céder chacun cent euros. Au total, Hacène Djerdi arrive à terme à disposer d’un budget de mille euros. Entre temps, il noue un partenariat avec le boucher-traiteur de la rue Pannessac Thioulouze, Au Puy des Saveurs. Ce dernier lui propose de confectionner un repas chaud à base de légumes, de volaille ou de poisson à prix coûtant, soit 5 euros. 200 repas sont donc possibles.

Infos pratiques

Si vous êtes étudiants dans un autre établissement non contacté, vous pouvez en informer votre CPE ou assistante sociale qui pourra contacter le collectif à l'adresse : solidarite.etudiants43@gmail.com
Page Facebook, ICI.

«  Les inégalités entre les étudiants sont encore loin d’avoir été balayées »

« On a mobilisé toutes les énergies possibles, confie Hacène Djerdi. Après ce travail de démarche, nous avons dû cibler les étudiants post bac qui pourraient bénéficier de ce repas gratuit. Pour cela, j’ai demandé aux trois établissements scolaires s’ils pouvaient m’envoyer une liste de jeunes en difficulté. »

Pour ajouter un élément d’importance à l’action, il propose à Jean-Williams Semeraro d’en être le parrain. « J’ai été enchanté de sa demande, livre l’ancien inspecteur d’académie de la Haute-Loire. J’ai répondu oui tout de suite car cela fait partie de mes combats. Pendant toute ma carrière, j’ai voulu me battre contre la fracture des destins que connaît intensément notre pays. Les inégalités entre les étudiants sont encore loin d’avoir été balayées ». Jean-Williams Semeraro continue : « Certes l’État intervient avec une politique de solidarité forte, mais il y a toujours des trous dans la raquette. Ce sont à ces écueils là que nous nous attaquons avec Hacène et l’ensemble des membres du collectif ».

« La crise sanitaire que nous connaissons est en train de générer une crise économique et sociale évoluant à bas bruit. Bientôt, la France va découvrir une aggravation de la précarité pour les plus fragiles. » Jean-Williams Semeraro

Comment ça marche ?

« À partir du 5 mai, chaque étudiant en question va recevoir via son assistante sociale un ticket repas, valide le mercredi et le vendredi, précise Hacène Djerdi. Au Puy des Saveurs, rue Pannessac, il se présente comme un client lambda, récupère son repas chaud et repart ensuite en toute discrétion ».

Si actuellement, 200 repas sont possibles pour 33 étudiants, le collectif espère monter de niveau les mois prochains. « L’objectif est de créer une association et toucher d’autres étudiants que nous n’avons pas pu contacter. S’il y a encore beaucoup d’inconnus, nous voulons que cette opération dure dans le temps. » À la mi-mai, le collectif effectuera son premier bilan pour savoir quelle direction prendre en fonction du résultat. « On va voir ce que ça donne mais je souhaite plus que tout que cette opération soit reconduite au mois de juin et dès la rentrée 2021 ».

« Il est vrai qu’il existe une vraie précarité dans le monde étudiant. Ces situations sont réellement et quotidiennement vécues par certains au Puy-en-Velay ». Agnès Gardillou, Directrice d’Espace Réussite

« Nous sommes en train de préparer l’après »

Malgré un tableau dépeint plutôt avec des nuances sombres quant à l’avenir de la société en France, Jean-Williams Semeraro veut rester optimiste. « Ce qu’a élaboré Hacène nous démontre qu’on pouvait réunir des personnes autour d'un objectif commun de solidarité. Malgré tout, il ne faut pas oublier que notre pays compte, selon les chiffres de l’Insee, près de 15 % de sa population sous le seuil de pauvreté. Cette réalité est quelque chose d’intolérable dans une démocratie telle que la nôtre. »

Il termine avec ces mots : « La crise sanitaire que nous connaissons est en train de générer une crise économique et sociale évoluant à bas bruit. Bientôt, la France va découvrir une aggravation de la précarité pour les plus fragiles. Avec cette opération, nous sommes dans la prévention. Nous sommes en train de préparer l’après ».

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2 commentaires

st

sam 01/05/2021 - 20:37

Penser qu'il n'y aucun étudiant dans la difficulté ou alors que c'est de leur faute, une solution bien arrangeante et une très mauvaise foi. Vous étiez étudiante lors des 30 glorieuses ? Je note que l'initiative vient du formateur salarié mais pas du centre de formation...

lo

sam 01/05/2021 - 07:47

Si certains "étudiants (?)" ont quelques difficultés pour "soi-disant" manger c'est qu'ils le cherchent un peu beaucoup.Je veux bien croire que la situation économique du pays en cette période de pandémie met à mal les petits boulots habituels que ces jeunes acceptent pour se faire un peu d'argent mais cela ne les empêchent pas d'avoir smartphone dernier cri, voiture pour beaucoup d'entre eux, fêtes (beuveries) clandestines, conso de produits illicites qu'il faut bien payer, etc..Ayant été étudiante aussi je sais de quoi je parle mais ne faites surtout pas croire à personne que ces gens-là, bien souvent issus de familles altiligériennes ou proches n'ont pas papa/maman à proximité, mis à part peut-être quelques "personnes extérieures"...La Covid à bon dos, non !!??