Polémique : l'avis des Naturalistes sur les retenues collinaires

Par Nicolas Defay jeu 25/11/2021 - 17:00 , Mise à jour le 25/11/2021 à 17:00

Suite à la venue du ministre Julien Denormandie en terres vellaves le 4 novembre dernier pour signer un protocole départemental au profit des retenues collinaires, les pour et les contre ne cessent de s'escrimer à coups d'arguments et de contre arguments. La grande bassine en projet à Mauriac, commune de Chaspuzac, suscite cette fois l'effroi et la colère de la part des Naturalistes de Haute-Loire.

"Les retenues collinaires sont des ouvrages de stockage de l'eau qui sont remplies par les eaux de surface, les eaux de ruissellement. Au niveau réglementaire, elles sont considérées comme des barrages". Telle est la définition proposée par l'Encyclopédie libre Wikipédia. Il est marqué également : "L'ouvrage, constitué d'une digue en terre ou maçonnée permet de retenir l'eau dans un talweg, une combe, un ravin, un vallon et de stocker une part des écoulements d'eaux. Ces eaux sont utilisées ensuite dans les domaines de l'irrigation agricole, les prélèvements des industries, la protection incendie, la production de neige de culture, les loisirs, la pisciculture et l’eau potable".

Oui mais...selon les défenseurs de l'environnement, ces réalisations représentent de graves écueils pour la nature et la biodiversité. "Les impacts de la rétention artificielle et démesurée de l'eau sont nombreux et touchent toutes les fonctions des cours d'eau : stress hydrique, qualité de l'eau, obstacle à la biodiversité, frein à la recharge des nappes, etc...Ces impacts sont connus, documentés et prouvés par des travaux scientifiques", mettent en garde SOS Loire Vivante, France Nature Environnement et une association d'exploitants en agriculture biologique Haute-Loire Biologique.

Le projet de Mauriac, 100 000 m3 d'eau stockées

En projet à Mauriac, une retenue collinaire d'une surface d'environ 22 000 m² (soit la même surface que le hameau d'implantation), est dans les tuyaux de la municipalité de Chaspuzac. Cette future réalisation, qui devrait se situer à moins de 44 mètres de la première maison, a aussitôt fait bondir les habitants à proximité, habitants qui se sont constitués en un collectif d'opposition.

"Nous avons été désagréablement surpris lorsque nous avons appris que la municipalité de Chaspuzac comptait réaliser à notre insu une retenue collinaire d’environ 100 000 m3 d’eau à proximité de nos maisons, livrent-ils. Nous nous sommes jusque-là heurtés à une position de blocage de la part de la mairie. La municipalité s’arque boute sur son projet de départ situé à proximité des maisons arguant que ce serait le seul endroit compatible avec les contraintes de réalisation sur l’ensemble du territoire communal ».

Le projet de la retenue d'eau de 100 000 m3 à Mauriac, Chaspuzac.
Le projet de la retenue d'eau de 100 000 m3 à Mauriac, Chaspuzac. Photo par Collectif Mauriac

Pour donner de l'eau au moulin des nombreux opposants, les Naturalistes de Haute-Loire mettent un peu plus de poids dans ce bras de fer. Ainsi, dans une tribune qu'ils souhaitent que tous lisent afin de prendre conscience des enjeux à venir, ils décrivent pourquoi la retenue d'eau de Mauriac s'avère une hécatombe pour la nature et un procédé d'une époque révolue. Ci-dessous, leur communiqué.

100 000 m3, c'est...

  • L'équivalent de 2.5 parking souterrain du Breuil au Puy
  • 64 piscines de la taille du grand bassin de la Vague au Puy-en-Velay
  • 1 000 semi-remorques
  • 1/72ème du lac du Bouchet

"La seconde commune la plus artificialisée du département après Monistrol sur Loire"

"Il est de nos jours évident que nous devons soutenir les agriculteurs de notre département pour qu'ils continuent à nourrir la population. Mais la demande sociétale est tout autre qu'au XX ième siècle : une agriculture de proximité, seine, et non polluante, respectant la biodiversité".

"Que dire alors du projet de mégabassine de Mauriac ? C'est un projet privé destiné à généraliser et soutenir la production de "maïs fourrage" sur la commune de Chaspuzac déjà bien malmenée par les aménagements de la Municipalité : Za et lotissements ont condamné 40% des espaces naturels, en faisant la seconde commune la plus artificialisée du département après Monistrol sur Loire ! Ce projet permettrait de soutenir la culture du maïs autour de Mauriac pour 5 agriculteurs sur plus de 150 ha soit 1,5 millions de m2. La culture du maïs demeure la plus énergivore et polluante du département et condamne la biodiversité et la ressource en eau"

"La culture du maïs ? C'est ça : engrais chimique et lisiers chargés d'antibiotiques des élevages intensifs, désherbants, irrigation en plein soleil, tassement et épuisement des sols, constitutions de grandes parcelles pour l'accessibilité d'engins toujours plus grands et plus rapides au détriment des prairies naturelles, des haies, des murets accueillant le peu d' insectes, d'oiseaux, et de mammifères qu'il nous reste." Les Naturalistes de Haute-Loire

"C'est incomparable à ce que détruira la bassine et les cultures intensives alentours"

"Mais derrière la mégabassine dans notre région il y a souvent le méthaniseur. Celui de Mauriac serait-il en lien ...? Fausse énergie verte, tant le gaspillage de fioul est la norme pour le remplir. La commune de Chaspuzac donne enfin naissance à de nombreuses sources potables issues de nappes phréatiques installés sous son plateau. Donner les moyens aux agriculteurs de moins dépendre de systèmes intensifs pour faire face au réchauffement climatique et respecter la ressource en eau est le défi actuel".

"Israël a passé 25 ans à soutenir les bassines, malheureusement, cela a détourné, privé son agriculture d'adaptations au changement climatique. Quant à l'accueil de la faune sauvage décrite par le président de la chambre, elle est insignifiante, résumée à un canard perdu, incomparable à ce que détruira la bassine et les cultures intensives alentours".

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2 commentaires

yv

jeu 25/11/2021 - 22:08

Bonjour,
Le problème avec ces retenues c'est que les gestionnaires ne respectent pas le débit minimal en aval pendant l'étiage d'été. Le débit aval doit être égal au débit amont. L'été le ruisseau aval se retrouve à sec. Plus de biodiversité, ni écrevisse ni truite. Par contre les pécheurs gagnent en brochets et carpes si on ne leur interdit pas la pèche. Ce qui serait un comble par ce que l'eau appartient à tout le monde.

Yves 07170
Secrétaire d'une AAPPMA

rp

jeu 25/11/2021 - 20:51

Les antis tout ne veulent rien; pas de deviation du Pertuis, pas d'eoliennes ,pas de retenues d'eau, pas de barrage de Poutes, pas  de methanisation, pas de chasseurs,pas d'agriculteur,pas de sons de cloche... mais ils veulent: de l'électricité ,pouvoir voyager ,pouvoir se nourrir en trouvant de tout à proximité et avoir tous les services publiques à disposition.

Avec des concitoyens nombrilistes comme ça ,on est pas sorti de l'auberge!