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Brioude

Parents d'élèves et syndicalistes font irruption dans la salle du conseil de Brioude

ven 06/11/2015 - 18:54 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:37

D'abord réunis devant la mairie de Brioude, puis confinés au bas des escaliers de son hall d'accueil, parents d'élèves, agents territoriaux, enseignants et représentants syndicaux ont fait le pied de grue, lundi 2 octobre, tandis qu'à l'étage se réunissait le groupe de réflexion chargé de plancher sur la restructuration des groupes scolaires de la ville.
Et lorsque le frêle barrage de la police municipale a finalement été levé, les manifestants ont fait irruption dans la salle du conseil pour exiger d'être entendus. La raison de leur colère : l'éventuelle fermeture de l'une des écoles primaires de Brioude et la répartition des élèves dans les deux autres.
Tel est en effet le résultat de la réflexion lancée en début d'année par la municipalité. Après de nombreuses réunions, auxquelles ont pris part délégués des parents, personnels municipaux, élus et représentants de l'Education Nationale, deux options ont émergé : réunir tous les élèves de maternelle sur un site et ceux de l'élémentaire sur un autre ou conserver deux sites comprenant maternelle et élémentaire.

Deux groupes scolaires au lieu de trois
Dans un cas comme dans l'autre, Brioude passerait de trois groupes scolaires à deux. Selon toute vraisemblance, pour des raisons d'accessibilité, de surface de cours et de bâtiments, Jean-Pradier serait déserté au profit de La Borie-Darles et de Jules-Ferry/Victor-Hugo. Ce qui constitue un premier motif de mécontentement chez les opposants à la réorganisation.
« Si on supprime Jean Pradier, il ne restera que Sainte-Thérèse en centre-ville », a conjecturé Guy Thonnat, secrétaire de la fédération FO de l'enseignement. « On va y laisser des plumes. Et même sans prendre en compte les départs vers le privé, deux classes sauteront si on regroupe, ce qui conduira à la dégradation du service pour les enfants ».

Des effectifs divisés par deux en 40 ans
Un pronostic que ne partage pas le maire, Jean-Jacques Faucher, qui est revenu sur la genèse du projet lors d'une conférence de presse organisée un peu plus tôt dans la soirée. « La réflexion, menée en cohérence avec les politiques du ministère de l'Education Nationale, est partie d'un constat assez impressionnant : celui de la baisse des effectifs scolarisés », a-t-il précisé.
« En 40 ans, ils ont diminué de moitié. Il y a des raisons démographiques, bien sûr, mais c'est aussi dû au fait que toutes les écoles de la communauté de communes disposent aujourd'hui d’accueils périscolaires et de cantines et proposent donc les mêmes services que celles de Brioude ». De fait, si les écoles de la cité Saint-Julien accueillaient 1087 élèves en 1975, elles n'en comptent plus que 534 aujourd'hui. En termes d'espace, il suffirait désormais de deux sites pour accueillir les écoliers brivadois.

Pour limiter les risques de fermeture de classes
C'est donc bien la baisse des effectifs qui a incité la municipalité à envisager le regroupement. La baisse des effectifs mais aussi l'épée de Damoclès brandie par l'Education Nationale (EN). Le directeur académique des services de l'EN, Jean Williams Semeraro, ne s'en est d'ailleurs pas caché. « La fluctuation des effectifs est un phénomène que l'on connait », a-t-il souligné.
« Il est encore temps pour Brioude de maintenir un potentiel car on est à un point d'équilibre. Si on attend, on ne sera plus sur la même équation. Faut-il laisser s'étioler de petites écoles ou travailler sur le regroupement pour donner un nouveau cadre, une nouvelle impulsion et une nouvelle organisation pédagogique ? Si rien n'est fait, dans 4 ou 5 ans nous aurons perdu un nombre important d'élèves et c'est pour reprendre des postes que je viendrai ».

Jean-Jacques Faucher ne veut pas « rester en situation de subir »
Il n'en fallait pas plus pour que la municipalité se penche sérieusement sur la question et décide « d'aller de l'avant », selon les termes du premier magistrat. « Quand on a une responsabilité de maire, il ne faut pas rester en situation de subir », a-t-il affirmé. « Aujourd'hui on est dans cette situation à chaque rentrée scolaire. Il faut que nous puissions maîtriser notre destin et faire nos propres choix. Si on attend, on verra les classes fermer les unes après les autres. Avec deux écoles au lieu de trois, on sera moins près des seuils de fermeture ».
Un argument auquel les opposants au regroupement ne croient pas une seconde. Pour eux, la restructuration, au contraire, est synonyme de suppression de postes, chez les enseignants comme du côté des employés municipaux qui interviennent dans les écoles. Même si la municipalité soutient le contraire. « Il leur suffira de ne pas reconduire les précaires », a auguré Michel Vincent, de la CGT.

Jean-Williams Semeraro veut « balayer les craintes et les peurs »
Bref, l'inquiétude et la colère planent, malgré la volonté de Jean Williams Semeraro de « balayer les craintes et les peurs ». « On a tous tendance, et c'est humain, à regarder où on est », a-t-il reconnu. « Actuellement, en Haute-Loire, on est à 23,86 élèves par classe alors qu'au niveau national le minimum est à 30 en maternelle et à 25 en élémentaire dans les zones d'éducation prioritaire. Or, les moyens sont nationaux. Si j'accepte qu'à Brioude on ait 21 élèves par classe, j'accepte qu'ailleurs ils soient 30. C'est mon rôle d'équilibrer. C'est l'équité. Peut-on maintenir des taux très faibles au détriment des autres ? Là, oui ! L'organisation pédagogique sera simplement différente. Il peut y avoir moins de classes mais des créations de postes de directeurs avec des décharges plus importantes. Nous sommes encore à un moment où, s'il y a regroupement, on est certains de maintenir le même niveau de moyens ».

Des « créations » d'écoles sur des sites existant
Autre sujet qui a motivé le projet de regroupement : la vétusté des locaux scolaires. En toute logique, en rénover deux coûte moins cher qu'en rénover trois. « Sans être dangereux, les bâtiments ne sont pas aux normes, notamment en ce qui concerne l'accessibilité », a déploré Jean-Jacques Faucher. « On n'est pas dans les clous, et il y a aussi la question des économies d'énergie, liée aux huisseries et à l'isolation. Le choix politique de la Ville, c'est d'avoir des écoles remises à neuf, aux normes, attractives, pour une amélioration de la qualité d'accueil des scolaires, des conditions matérielles et pédagogiques d'enseignement et de travail des agents territoriaux ».
Pour atteindre cet objectif, la municipalité prévoit de conduire d'importants travaux. Jean Williams Semeraro parle même de « créations d'écoles ». « Il est impensable de créer un regroupement en conservant les locaux actuels », a-t-il martelé. « Il ne s'agit pas de remettre tout le monde dans les mêmes boîtes mais dans de nouvelles structures, sur des sites qui certes existent mais qui seront repensés ».

Des travaux bénéficiant d'un soutien financier de l'Etat
Pour ce faire, qu'il y ait regroupement ou pas d'ailleurs, la Ville peut compter sur le soutien financier de l'Etat, via la Dotation d'équipement des territoires ruraux (DETR).
« Le préfet s'est engagé à accompagner ce projet financièrement de façon significative », a précisé la sous-préfète de Brioude, Catherine Fourcherot. « Cela pourrait aller jusqu'à 35% sur trois exercices budgétaires. La rénovation des écoles est un dossier prioritaire ».

Le conseil municipal tranchera
Le calendrier des travaux n'est évidemment pas calé, pas plus que le redéploiement des écoliers, puisqu'il revient aux élus brivadois de valider le projet de regroupement. « Rien n'est encore arrêté », a insisté le maire pour rassurer les manifestants venus à sa rencontre dans la salle du conseil. « Ce sera au conseil municipal de décider ».
« Mais monsieur le maire, le conseil municipal, c'est vous ! » lui ont répondu les parents avant de s'éclipser, les uns dépités, les autres énervés, mais tous bien décidés à poursuivre la mobilisation. « Ca ne pourra pas en rester là car il y a eu une bonne implication des gens », a prédit Laurent Batisson, secrétaire de l'Union locale CGT, évoquant ainsi la pétition contre le projet ayant déjà recueilli 1 500 signatures. « On espère qu'ils vont entendre raison, sinon ça va mal se finir, on aura des parents qui vont péter les plombs ».

I.A.

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