"Oui, l'hôpital est malade ! Il est à l'agonie !"

Par Nicolas Defay mer 08/06/2022 - 06:00 , Mise à jour le 08/06/2022 à 06:00

Partout en France, les services des urgences se sont mobilisés ce mardi 7 juin "pour montrer au monde cette plaie ouverte qui met l'hôpital à terre un peu plus chaque jour". En Haute-Loire, les agents du Centre Hospitalier Emile Roux et celui de Craponne ont montré leur désarroi devant "une situation qui ne cesse de s'aggraver".

"L’hôpital craque peu à peu de partout en France ! Le personnel fuit, les recrutements également, les fermetures de services se multiplient par manque de moyens humains pour les faire fonctionne. La situation ne cesse de s’aggraver et pourtant malgré l’urgence toujours aucune réponse concrète à nos demandes. Toujours aucune solution pour améliorer le quotidien des personnels hospitaliers. Toujours aucune remède pour garantir un service public de santé de qualité et accessible à tous !".

Tels sont les mots que la quarantaine de soignants d'Emile-Roux présents en cette énième mobilisation expriment concernant l'état de santé de l'hôpital. Leurs collègues de Craponne étaient, quant à eux, au nombre d'une vingtaine. Des personnels des Ehpad de la Chaise Dieu et de Saint Pal en Chalencon se sont joint aux agents de Craponne.

Devant l'hôpital de Craponne-sur-Arzon ce mardi 7 juin 2022. Photo par DR

"Oui l’hôpital est malade ! Il est à l'agonie ! Le diagnostic est connu. Il y a urgence à administrer le traitement !" Amandine Rabeyrin, Secrétaire du syndicat CGT Santé d'établissements publics de Haute Loire

"La perte de sens dans nos métiers génère une grande souffrance au travail"

Les visages tendus, ils ont répondu à l'appel national pour sensibiliser les pouvoirs politiques, les députés de demain et la société tout entière face à "l'effondrement certain des services publics de soins si rien n'est fait". "Nous manquons de personnels !, martèle Amandine Rabeyrin. Alors que la situation était déjà à flux tendu depuis des années, le Covid est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase ! Les personnels quittent les hôpitaux et on peine à recruter. Le Ségur de la Santé n’a absolument pas répondu aux attentes !"

Mobilisation après mobilisation, les mêmes discours se répercutent sans que rien ne bouge vraiment. "On manque toujours cruellement de lits d’hospitalisation et les conditions de travail ne s’améliorent pas et continuent même de se dégrader. La perte de sens dans nos métiers génère une grande souffrance au travail. Il est devenu quasi impossible de trouver un équilibre entre nos vies professionnelles et nos vies personnelles", déplore encore la militante.

"Sur l’hôpital Emile Roux le service de soins palliatifs est toujours fermé, la réouverture du SSR à 32 lits s’annonce compliquée et le fonctionnement du service des urgences sur la période d’été est incertain." Amandine Rabeyrin

Amandine Rabeyrin en plein discours devant l'accueil de l'hôpital Emile-Roux. Photo par DR

"Nous alertons chaque fois que nécessaire la Direction sur le mal être dans les services"

D'après le syndicat majoritaire, les rythmes de travail sont de plus en plus soutenus et les rappels sur les jours de repos incessants. "L'absentéisme augmente et de nombreux personnels quel que soit la catégorie sont exposés aux risques psychosociaux menaçant sérieusement leur santé, prévient Amandine Rabeyrin. Nous alertons chaque fois que nécessaire la Direction sur le mal être dans les services afin que des enquêtes aient lieu pour objectiver et identifier les difficultés".

"En finir avec le mal être lié au sentiment de ne pas réussir à remplir nos missions comme elle le devrait"

Même si les choses n’avancent pas suffisamment rapidement selon elle, les agents réussissent à obtenir quelques petites avancées comme la présence administrative aux urgences le soir et un agent de sécurité sur le week-end. "Nous continuons d’œuvrer avec détermination pour la mise en stage des agents contractuels et avons obtenu de la Direction l’engagement de réduire les délais de mise en stage à 1 an d’ici 3 ans".

Elle énumère tout de même les points indispensables pour épargner l'hôpital de cette phase terminale qui se dessine à trop grande vitesse. Des embauches massives, des augmentations de salaires pour tous plutôt que des "primes non pérennes, injustes et clivantes". "Il faut que la direction replace les agents au cœur des décisions afin de retrouver du sens dans notre travail, et en finir avec le mal être lié au sentiment de ne pas réussir à remplir nos missions comme elle le devrait".

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4 commentaires

el

mer 08/06/2022 - 11:33

Bien entendu que ça va mal, mais il faut TOUT réorganiser : moins d'administratifs pour davantage de postes de soignants. Le numérus clausus a été levé en 2018, et il faut 8 ans au moins pour former un médecin, donc il faudra attendre. Les lits se ferment car pas de personnel et pourtant les augmentations salariales ont eu lieu. Alors où est le problème ? Problème de société ? Sans doute. Pour rendre les postes attractifs, les salaires ne suffisent pas, il faut donner du sens, responsabiliser les infirmiers, leur donner de l'autonomie car leur savoir faire est certain. Alléger les urgences par une facturation à l'acte à la charge du patient afin de responsabiliser également les patients qui encombrent parfois les services. Des solutions existent.

mi

mer 08/06/2022 - 08:37

Preuve que la France tombe en ruine !!!! On vie malheureusement au dessus de nos moyens  Le déficit de la balance commerciale dure depuis bien 40 ans à cause de la mondialisation des marchés qui détruit notre industrie notre richesse ( PIB )  DANGER !!!!

he

mer 08/06/2022 - 08:17

Le seul point avec lequel je suis d'accord avec cette manifestation est que les personnels devraient être mieux payés pour attirer de nouveaux soignants et être payés à la hauteur de leurs travail ; vous me direz c'est déjà pas mal !

Mais manifester pour demander plus de lits, plus de personnel, c'est un autre problème vieux de plusieurs décennies où on a limité volontairement le nombre de médecins, dans un but d'économies on a supprimé des postes ; le mal est fait et il faudra plusieurs années pour réparer. Les décisions prises en 2021 verront leurs conséquences ou leurs effets positifs dans plusieurs années. Les directeurs d'hôpitaux subissent dans la gestion de leurs établissements les conséquences des politiques passées. 

me

mer 08/06/2022 - 06:25

je crois que chacun est conscient du problème mais qui peut apporter une solution à court terme ? qui peut combler des postes vacants sans candidats ? l'augmentation salariale ne résoudra pas tout il faut du temps pour former un(e) infirmier(e) ou medecin. Et puis chacun veut prioriser sa vie personnelle et cela est normal mais est ce compatible avec la mission ?En tout cas il est incontestable que le "travail" devient trop invivable et respect à ceux qui l'exercent. Q