Opération Covid en Haute-Loire : le parcours d’un testé antigénique

lun 21/12/2020 - 06:00 , Mise à jour le 21/12/2020 à 06:00

A Allègre, comme dans plus de 45 sites, il était possible de se faire tester gratuitement ce week-end en Haute-Loire. Nous y avons suivi le parcours de Robert. Une histoire qui finit bien pour lui mais qui a été plus malheureuse pour quelques autres candidats aux tests.

C'est dans les locaux de la salle George Sand à Allègre que nous avions fixé un rendez-vous avec Robert, sexagénaire en retraite qui vit seul et un peu loin de tout depuis le confinement du printemps.

Il est tout juste 11 heures, il sort à peine de l'église où il a suivi la messe dominicale qu'il ne manque jamais. "La messe a été plus longue que prévue aujourd'hui et comme un fait exprès, j'ai des invités à midi. On sera moins de six ! " s'empresse t'il de rajouter. "J'espère que ça ira vite".

Dès l’entrée de la salle polyvalente, deux des conseillers municipaux d’Allègre, Sylvie Terrasson-Giraud et Christophe Michel, accueillent Robert et lui indiquent le parcours à suivre. Leur mission est d’organiser le pré-accueil et de faire remplir une fiche de renseignement qui permettra d’identifier à coup sur la personne testée en vue d’en assurer un suivi éventuel.  La grande salle a été divisée en deux parties, celle pour les avants tests, celle pour  les testés appelés au bout des 15 minutes nécessaires à la révélation des tests.

Robert ne pense rester que quelques minutes. Il est 11 h Photo par Thierry Chabanon

Des tests sans rendez-vous et par famille entière

A 11 heures, les deux parties de la salle sont occupées. "il y a beaucoup de gens depuis une heure" reconnaissent les conseillers volontaires "du coup il y a un peu d'attente".
Parmi les personnes rencontrées, il y a le médecin du village. Il y a une mère de famille de Vernassal et ses trois filles "on doit aller dans la famille pour Noël, on veut être sûr de ne pas prendre de risques. Du coup, ils vont tous se faire tester. Ça fera 5 personnes testées avec le papa qui n'est pas là. De quoi mettre le maximum de chance de son côté" ... ou pas.

La maman tombe des nues !

En effet, la plus âgée est en classe au lycée Simone Weil et elle explique qu'une de ses camarades leur a dit savoir être positive jeudi , l'avoir su mais avoir choisi de ne rien dire à personne mais elle n'est pas revenue vendredi.

La maman tombe des nues ! Ils seront tous négatifs.

Je lui demande pourquoi elle ne s'est pas faite tester à Simone Weil puisque des tests y avaient été mis en place par le conseil régional comme l'avait déclaré à la presse Laurent Wauquiez "Nous avons réussi à mettre en place dans tous les lycées, privés, publics, généraux ou techniques vendredi, c'est une satisfaction, car il y avait une demande et parce qu'on voulait avoir des données sur les jeunes" expliquait alors le président de région dans une conférence de presse donnée sur le parvis de la mairie du Puy samedi matin.

"On avait pas mal de travail et puis il fallait s'inscrire'' répond la jeune fille.

Bonne humeur au centre de test d'espaly Photo par Thierry Chabanon
Bonne humeur au centre de test d'Espaly Photo par Thierry Chabanon

Au Puy, samedi soir, nous avons aussi rencontré Pierre, 84 ans, venu se faire tester parce qu'il passait par là en se baladant et parce que le matin il était déjà venu mais qu'il y avait trop de queue.

Quant à Robert, son motif est un peu trouble car il ne croise presque personne depuis des semaines et fait ses courses au maximum en local ou consomme sa propre production. Robert est un peu hypocondriaque. Il a besoin de se rassurer.

A Allègre, il y a pas mal d'adolescents et des jeunes adultes dans la pièce d'attente. Nous avions fait le même constat à Espaly, samedi matin. Les jeunes souhaitent pouvoir rencontrer leurs grands parents et accessoirement aussi pouvoir faire le réveillon avec les copains.

Un vrai succès à Allègre

Cela fait presque une heure d'attente et il est arrivé encore des gens après Robert.

"Je vais sans doute vous faire pleurer Robert"

Les mairies avaient reçu des consignes de la région. Il était prévu de tabler sur 10% de la population. L'information recueillie à Allègre nous a été confirmée par une adjointe à Espaly. Cela correspondait à un potentiel de 290 tests pour Allègre et de 350 à Espaly. A Allègre on a dû dépasser largement les 200 tests sur les trois jours car on était déjà à 180 lorsque Robert s'est présenté ce dimanche à midi.

A Espaly, le nombre de tests a été moindre en proportion.

Enfin c'est à nous ! il est 12 h. Voilà Robert assis sur une simple chaise en plastique.

L'opérante fait tout pour le mettre à l'aise. "Je vais sans doute vous faire pleurer Robert mais, vous me connaissez, je ne suis pas bien méchante. Je vais faire les deux narines, 6 secondes pour chacune. Vous n'avez pas de problème pour respirer, ni le nez bouché"

 

je vais vous faire pleurer Robert Photo par Thierry Chabanon

 

" Non, non je vais bien ! "répond le courageux, " Allez-y je suis prêt ".

"C'est vrai que vous m'avez fait pleurer " lâche-t-il 12 secondes plus tard pour plaisanter.

Le prélèvement n'est pas très agréable, il faut le reconnaître.

Un trait le patient est négatif, deux traits, il est positif.

Le précieux prélèvement va maintenant être mélangé à un révélateur liquide dans un petit flacon où il est largement touillé. Trente secondes plus tard, le liquide est déposé sur un test en plastique.

Le prelevement est déposé après mélange d'un révélateur Photo par Thierry Chabanon

C'est le fameux test antigénique.

Test antigénique Photo par Thierry Chabanon

On note l'heure dessus. C'est fini pour la phase 1.

"Il faut maintenant encore patienter 15 minutes puis on vous appellera" avertit la personne chargée de la remontée des données informatiques.

Une nouvelle fois, mobilisation exemplaire des personnels de santé, en plus de celle des élus

A Allègre, les deux cabinets infirmiers de la maison de santé ont été mobilisés pour le week-end et se sont relayés sans broncher.

"On a voulu apporter notre pierre à l'édifice'' nous ont dit tous les soignants que nous avons rencontrés, car "vous savez, on ne le fait pas pour l'argent".

Au Puy, Virginie, infirmière pompier et infirmière au civil aussi que nous avons rencontré  samedi soir vient, pour sa part de Retournac " je ne sais même pas si ça va payer le parking souterrain où j'ai mis la voiture, c'est pour vous donner une idée". Nous la rassurons "Officiellement le parking au Puy, le samedi après midi est gratuit ".

A Espaly, nous avons rencontré de jeunes sapeurs pompiers volontaires venus d'Allègre "On est considéré comme en mission. On touchera donc comme pour une mission mais, on est très content de pouvoir aider, c'est bien là le sens de notre engagement".

Les élus doivent aussi recevoir une mention particulière. Ils se sont engagés tout au long du week-end à l'image de Christiane Mosnier et de son adjointe à Espaly St Marcel que nous avons croisées samedi à midi et encore à 17 heures le dimanche avec un seul leitmotiv "On travaille avec sérieux mais aussi dans la bonne humeur".

Cet engagement général est d'ailleurs le sens principal du message qu'a voulu faire passer Laurent Wauquiez, accompagné du député Vigier en s'arrêtant à Espaly en fin de journée dimanche pour rencontrer les élus et la presse .

Positif et c'est la douche froide

Nous voici à la fin du parcours avec Robert. Il est maintenant 12 h  12. Les résultats  sont annoncés dans l'intimité d'un dernier bureau qui fait office de sas de sortie. Les personnes testées ne croisent à aucun moment le même chemin et les zones sont désinfectées au fur et à mesure de l'avancée du patient.

Robert est négatif, il va pouvoir rejoindre ses invités qui font le poireau devant sa porte d'entrée depuis un bon moment.

Sur le parking, par contre, la famille qui a été testée juste avant Robert n'est pas aussi heureuse. Deux personnes de la famille sont positives. Un jeune adolescent qui est, lui, passé au travers en tient rigueur à sa mère. "ah bein bravo, super, maintenant on va plus pouvoir aller chez les grands parents ! les vacances sont foutues ".

Au moins, on sait à quoi s'en tenir. On a bien fait de venir

A Allègre en trois jours, il n'y avait eu qu'un seul cas positif, et encore ce n'était pas un résident permanent. La statistique vient donc de s'alourdir.

La maman est réaliste. Elle répond "au moins, on sait à quoi s'en tenir. On a bien fait de venir au contraire".

Au Puy, dans la tente où travaille Virginie, l'infirmière-pompier, il y a eu plusieurs cas positifs samedi, plus de 10 en tout cas, sur un nombre total de personnes testées qu'il est difficile de donner, sans doute une petite centaine depuis le matin.

"Il y a eu tellement de monde, surtout au moment du marché ! Les gens voulaient savoir et se rassurer " explique l'infirmière. "Quant à ceux à qui on annonce qu'ils sont positifs, c'est une vraie douche froide. En général ce sont des personnes qui n'avaient aucun symptôme et qui pensaient que ça serait une formalité. C'était, en général, pour se rassurer avant d'aller rencontrer des anciens ".

Laurent Wauquiez se proposait de faire un bilan mais dimanche soir, il ne donne pas de chiffres précis. "On a fait environ 5000 tests en Haute-Loire dans au moins 45 lieux " explique le président de Région, qui n'a pas ménagé sa peine pour organiser le succès de l'opération ni son service après-vente " On peut constater que l'Est du département est plus impacté que l'Ouest. Sur l'axe de la N88 entre St Etienne et Yssingeaux, on a plus de cas positifs qu'ailleurs. On a sauvé des vies et c'est ça qui compte".

5000 tests pour 230 000 habitants cela représente une centaine de tests pour chacun des 45 points mis en place selon le président de région. C'est plausible. 

Viste L. Wauquiez à espaly Dimanche soir Photo par Thierry Chabanon

Du côté du député Vigier, qui accompagnait L. Wauquiez ce dimanche soir, les informations ne sont pas encore très précises non plus, mais il confirme que  la partie de son arrondissement est moins impactée comme depuis le début de la deuxième vague "A ma connaissance, à Brioude, il n'y a eu qu'un seul cas positif, pas un chez moi à Lavoute et pas à langeac non plus".

A noter aussi que certains centres de tests pourraient poursuivre l'opération jusqu'à la veille de Noël. Laurent wauquiez évoque Le Puy ou encore la Chapelle d'Aurec. La question à résoudre est celle du personnel médical qui, par définition, retourne au travail dès lundi.

Le résultat est négatif Photo par Thierry Chabanon

Une règle claire en tous cas, positif ou pas, il faut maintenir une vigilance et ne pas baisser la garde, poursuivre les gestes barrières. C'est le sens du papier qui est donné au patient volontaire quand il sort du parcours qui, pour Robert, aura duré une heure quinze environ.

T.C.

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