Musée Crozatier : l'expo Memento démarre enfin

Par A.Wa ven 21/05/2021 - 14:08 , Mise à jour le 21/05/2021 à 14:08

Au musée Crozatier du Puy-en-Velay, l’expo « Memento », qui devait démarrer au moment où tout s’est arrêté, a débuté ce mercredi 19 mai avec la première étape du déconfinement. Elle se tiendra jusqu’au 19 septembre. La date butoir du 24 mai a en effet pu être reportée pour cet événement qui rassemble des œuvres du Fonds Régional d'Art Contemporain d’Auvergne.

Le Commissaire de l’exposition et directeur du FRAC Auvergne Jean-Charles Vergne présente l’exposition :

« Le terme memento («souviens-toi») revêt une puissante connotation, portée par une expression qui se constitue en genre à part entière dans l’histoire de l’art. C’est le fameux memento mori («souviens-toi que tu es mortel») qui apparaît au Moyen Âge pour donner corps à la vanité de la vie terrestre et pointer la fatalité mortelle de l’homme. Issu du christianisme, le memento mori se réfère à l’art de mourir et à l’humilité requise pour tout individu confronté au temps de vie restreint qui lui est offert. Avec le memento mori surgissent les représentations de crânes (les vanitas, ou vanités), dont l’apparition se situe au XVe siècle sur les panneaux de diptyques et de triptyques avant de devenir, au début du XVIIe siècle, le véritable sujet de tableaux indépendants. Néanmoins, le memento mori recouvre bien d’autres formes – bouquets de fleurs, natures mortes, dépouilles animales ou humaines, objets périssables et éphémères. Son origine est à chercher du côté de l’Antiquité gréco-romaine dans les représentations qui mettent en scène un esclave aux côtés d’un chef de guerre triomphant pour le rappeler à son statut de mortel : hominem te esse («toi aussi, tu n’es qu’un homme»). C’est donc selon une perspective large que l’on doit envisager la manière dont les artistes s’emparent du souvenir et du rapport à la mort. Au-delà de ces sujets, il faut souligner la nature de toute œuvre d’art, vouée à surpasser la brève existence de son créateur comme de ses spectateurs. N’oublions pas que devant une œuvre, nous sommes toujours l’élément de fragilité : nous sommes condamnés à l’anéantissement quand les œuvres se destinent à nous survivre. Mais la question du souvenir portée par le memento mori peut aussi conduire à envisager la question du temps de façon plus générale, en considérant la manière dont nos souvenirs adviennent. Chaque souvenir est soumis à de tortueux cheminements grâce auxquels nous le classons dans nos chronologies intimes en sélectionnant certaines images ou certains événements au détriment d’autres images dont nous ne retiendrons rien. À ce titre, le film Memento réalisé en 2000 par Christopher Nolan est passionnant dans sa façon de traiter la question. Premier long-métrage d’un cinéaste obsédé par le temps, qui réalisera ensuite The Dark Night, Inception, Interstellar, Dunkerque ou plus récemment Tenet, le film Memento raconte l’histoire d’un homme atteint d’amnésie antérograde. Contrairement à l’amnésie classique, où les souvenirs antérieurs au trauma se sont effacés, l’amnésie antérograde se manifeste par une incapacité à former de nouveaux souvenirs après le trauma : tous les événements sont oubliés au fur et à mesure qu’ils sont vécus. Pour se souvenir, le héros de Memento accumule les photographies et tatoue à même son corps les phrases et événements qu’il ne doit pas oublier. Cette accumulation d’images et de tatouages «pour se souvenir» pourrait être interprétée comme une allégorie de la fonction des œuvres d’art dont la création répond à une volonté d’inscription pour les temps futurs. Toute œuvre est un témoin, qu’il soit futile ou tragique, conceptuel ou sensible, intime ou universel. Guernica de Picasso ne profère que cela, dans sa représentation des horreurs de la guerre : «Souviens-toi !» Les œuvres tenues par le besoin d’évocation d’événements douloureux répondent à la nécessité de léguer aux générations futures un témoignage durable pour empêcher le drame de l’amnésie collective. Cette exposition, conçue sous la forme d’un dialogue entre les œuvres conservées par le musée Crozatier et les œuvres contemporaines de la collection du FRAC Auvergne, revisite la tradition du memento mori et propose deux parcours distincts. Le premier se déploie dans les salles d’exposition permanente du musée par une série de mises en regard des œuvres des deux collections. Le propos est multiple et s’attache autant à la mise en perspective de connexions entre des œuvres issues d’époques éloignées qu’au plaisir de provoquer des frictions inattendues. Certains rapprochements démontrent l’héritage dont sont redevables les artistes d’aujourd’hui vis-à-vis des grands genres artistiques du passé. D’autres rapprochements s’établissent au contraire sur un besoin de confrontation et de contrastes enthousiasmants. Le second parcours occupe la salle d’exposition temporaire du rez-de-chaussée en établissant un dialogue entre les œuvres du FRAC Auvergne et des œuvres exceptionnellement sorties des réserves du musée Crozatier, dont certaines sont demeurées invisibles au public depuis très longtemps. Dans cette salle, les origines du memento mori donnent l’impulsion à l’élargissement du genre vers d’autres formes de représentations : souvenirs intimes, événements historiques tragiques, fragilité des corps, relation à la culpabilité et à la victimisation, beauté de l’éphémère, fascination mêlée de révulsion pour ce qui, après nous, demeurera de nous... »

Musée Crozatier
2 rue Antoine-Martin - 43000 Le Puy-en-Velay
04 71 06 62 40
ww.musee.patrimoine.lepuyenvelay.fr

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