Meurtre au Puy : ''Je pensais qu’elle dormait, qu’elle cuvait son alcool''

lun 30/05/2016 - 23:32 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:41

« Pourquoi j’aurai tué ma copine ? Je l’aimais bien. » Un homme de 60 ans a été présenté à la cour d'Assises ce lundi 30 mai 2016 au Puy-en-Velay. Depuis trois ans, il est en détention provisoire. Il est accusé de meurtre, celui de sa compagne, retrouvé la tête coincée dans le sommier au 2ème étage de la résidence "Les Cévènnes", boulevard Maréchal Joffre au Puy.
Entre huit et dix heures après la mort
Le couple est connu pour son alcoolisme. L’histoire de celui-ci s’est arrêtée le lundi 20 mai 2013. L’homme de 57 ans et sa compagne de 59 ans ont eu une altercation à leur domicile, l’accusé la reconnaît dans ses dépositions. La quinquagénaire est tombée sur le lit et ne s’est jamais réveillée, la tête coincée dans le sommier. « Je pensais qu’elle dormait, qu’elle cuvait son alcool », a confié l’accusé à un médecin. Alcoolisé, il fait appel à un ami pour lui dire que sa compagne allait mal, ce dernier lui a conseillé de contacter les secours tout au long de la journée avant de le faire lui-même, entre huit et dix heures après les faits. Finalement, les secours sont arrivés trop tard. L’accusé a été retrouvé avec un taux d’alcoolémie de 2 g/L de sang. La victime, elle-même avait un taux de 1,42 g/L de sang.
Le mystère de la position de la victime
L’accusé change de version régulièrement. Celle de l’audience est différente de celles de ses dépositions. L’homme n’est pourtant pas manipulateur d’après les experts médicaux. La victime a été faire des courses tôt le matin. Une dispute aurait eu lieu dans la chambre, à son retour. Elle serait tombée assise sur le lit et la suite est floue. L’accusé aurait essuyé le sang qui coulait du nez de sa compagne, mais difficile de savoir quand avec précision. La position décrite par l’homme ne correspond pas à celle donnée par les secours. Pour tenter d’éclaircir ce point, les photos du cadavre ont été visionnées. Un moment douloureux pour la famille de la victime. L'homme est recroquevillé sur lui-même dans le box des accusés. De temps à autre, il relève la tête, le visage agité par des tics.
Les sapeurs-pompiers, eux, se sont faits sévèrement sermonner par le président de la cour d’Assises, Dominique Brault : « Vous avez bougé le corps alors qu’il s’agissait d’une scène de crime. Le corps présentait des signes de rigidité cadavérique sur le ventre ». Ceux-ci n’étaient pas évidents d’après les dires des secours. « Il fallait qu’on essaye de la réanimer », justifient-ils. Une polémique qui aurait pu être évitée si les pompiers avaient été appelés plus tôt.
Violences conjugales
« Il n’a pas appelé les secours parce qu’il était dans un état alcoolique, il avait peur d’être accusé de violences conjugales », explique un expert à la barre. Une version que l’accusé dément. En effet, la victime présentait régulièrement des hématomes. « Elle était alcoolique aussi et elle tombait souvent », tente d’éclaircir la soeur de l’accusé. Ce n’est pas forcément ce que disent tous les témoins, certains parlent de violences, mais personne n’en a été le témoin. Sauf l'ex-femme de l'accusé. « Il me donnait des claques et me tirait les cheveux », confie-t-elle. Un jour, il l’aurait également menacée avec un couteau.
« Avec l’alcool, il peut être dangereux »
Le portrait de l’accusé est très élogieux lorsqu’il était sobre : « doux », « protecteur », « qui a de l’amour à revendre »… Mais dès qu’il était alcoolisé, l’homme devenait plus agressif verbalement. Il dit avoir commencé à boire à l’âge de 8 ans. Depuis, il a fait cinq cures de désintoxication, sans succès. Il buvait entre trois et quatre litres de bière par jour d’après son ex-femme, ainsi que du pastis. Un des fils de l’accusé décrit : « Quand il était sobre ce n’était que des bons souvenirs. Mais quand il avait bu, il n’arrivait même pas à se lever de sa chaise ». Un psychologue n’est pas en accord avec cette déclaration : « Avec l’alcool, il peut être dangereux ».
La victime aussi avait de sérieux problèmes avec la boisson. Un expert diagnostique une « conjugopathie autour de la bouteille ».

Les débats vont se poursuivre ce mardi et mercredi pour tenter d’expliquer ce qu’il s’est passé ce lundi 20 mai 2013. Un verdict sera rendu mercredi en fin de journée.

Emma Jouve

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