"Lorsqu'on est pompier, toute intervention peut être traumatogène"

jeu 01/12/2016 - 12:41 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:44

Le SDIS de la Haute-Loire accueillait les 20 et 21 octobre derniers le congrès européen des psychologues sapeurs-pompiers. Ce congrès, organisé par l’Association Européenne des Psychologues Sapeurs-Pompiers (AEPSP), se déroulait dans les locaux du Conseil départemental de la Haute-Loire. 
Des interventions peuvent être bouleversantes, comme ça a par exemple été le cas après le décès de trois adolescents suite à une explosion à Bas-en-Basset. Des interventions peuvent être périlleuses pour l'intégrité physique et, particulièremejt dans un département rural comme la Haute-Loire, il arrive parfois que les victimes soient des personnes connues par les secours.

Pour le pompier volontaire, "ce sont souvent des gens de son village, de sa culture, avec qui il était à l'école, etc."
Dans notre département, 94 % des effectifs sont des volontaires, "le nerf de la guerre" comme nous le titrions en avril dernier. Une proportion bien au-dessu du niveau hexagonal. "Aujourd'hui, le territoire est organisé de manière à pouvoir, 24 heures sur 24, aider et être présent pour les pompiers qui vivent des situations délicates", explique François Cabanes, le responsable de la cellule volontariat au SDIS de Haute-Loire.
"La position du volontaire est délicate", poursuit-il, "dans le sens qu'il intervient dans son milieu professionnel, son milieu relationnel, ce sont souvent des gens de son village, de sa culture, avec qui il était à l'école, etc. Donc on se doit d'apporter un soin particulier et il existe là un delta vraiment important entre le pompier très urbain et le pompier volontaire en milieu rural, très proche de son réseau personnel".

* Entretien avec Sarah Gstalder, psychologue experte sapeurs-pompier en Haute-Loire
Avec le concours de notre partenaire RCF Haute-Loire, nous avons rencontré Sarah Gstalder, psychologue experte sapeurs-pompier en Haute-Loire, qui explique les risques encourus et le rôle prépondérant du psychologue dans cette mécanique. Entretien.


Quel est le rôle d'un psychologue au sein d'une caserne de sapeurs-pompiers ? 


Le syndrome post-traumatique est-il vraiment important chez les soldats du feu en Haute-Loire ? 
De manière statistique, les recherches ont montré que 35 % des sapeurs-pompiers souffraient d'un état de stress post-traumatique, ce qui signifie des flashbacks, des images qui peuvent revenir, on perçoit aussi de l'évitement, qui peut être relationnel, familial ou encore des lieux de l'accident, on peut également déplorer des manifestations neurovégétatives.

Dans le département, comment le territoire est-il maillé ?
En journée d'intégration, on parle de cette cellule pour sensibiliser tous les agents. Ensuite, sur des temps de prévention primaire, on va sensibiliser les chefs de centre. Pour la deuxième année consécutive, sous le contrôle et la direction du colonel Mailhé, nous avons mis en place un séminaire pour les chefs de centre où l'on évoque le management d'équipe et cette cellule psychologique : comment on la déclenche ? Quels sont les signes qui peuvent être perçus par le cehf de centre sur une intervention ? On essaie de prévenir et de sensibiliser pour qu'ensuite, la cellule puisse être déclenché. En aucun cas ce n'est un aveu de fragilité, mais bien, au contraire, un soucis de récupération mentale, au plus vite, afin de pouvoir repartir en intervention sur le terrain. 

Le grand public pense peut être que pour un sapeur-pompier, être confronté à la mort est quelquechose de normal, de quotidien, que c'est un paramètre qui fait partie de leurs missions mais ça demeure une épreuve toujours très marquantes non ? Surtout pour les plus jeunes ? 
C'est traumatisant pour tous les pompiers en fait. On sait que les pompiers sont préparés, qu'ils savent gérer au mieux le stress mais aucune intervention, meême avec un billet de départ, ne peut être complètement anticipée. Toute situation, notamment parce qu'on a beaucoup de volontaires en Haute-Loire, implique un risque de lien avec les victimes car on intervient souvent sur son propre village. Lorsque c'est un proche ou une personne connue, on sait que le triangle d'indentification va être plus rapproché. Lorsqu'on est pompier, toute intervention peut être potentiellement traumatogène même si, effectivement, leur formation, leur opérationnalité et leur connaissance du terrain les aident en principe à gérer ce stress.

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