Librairies ouvertes ou fermées: l’imbroglio vu de la Haute-Loire

dim 01/11/2020 - 18:06 , Mise à jour le 27/11/2020 à 09:08

Devant la levée de bouclier mené par le monde littéraire français, les auteurs,et les défenseurs de l’exception culturelle française, le ministre de l’économie et celle de la Culture ont semblé céder aux pressions alors qu’en fait ils n’ont fait qu’étendre la mesure d’interdiction de vente physique des livres.En fermant tous les rayons de livres des boutiques, le gouvernement affirme que l’équité est rétablie mais le symbole est grave car en réalité, désormais en France, on interdit la vente de livres. Au Puy et ailleurs en Haute-Loire, la mesure semble avoir été diversement appliquée selon les enseignes. En effet la décision est une recommandation et n’a donc pas la force exécutoire d’un arrêté ou d’un décret.Samedi 31: Des mesures pas encore appliquées totalement au Puy.Lors de notre passage à Yssingeaux, samedi 31, nous pouvons garantir que le rayon littérature n’avait pas été fermé dans le supermarché local, nous y avons pris une photo. Un salarié de l'Intermarché de Monistrol sur Loire affirmait que dans son magasin, les consignes ont été appliquées dès le samedi matin. A la Fnac du Puy en velay, le rayon est resté accessible, image à l'appui. Côté des libraires, on s’est organisé en click & collect dès vendredi.A Yssingeaux et au Puy, un arrêté municipal “couvrait” de toute façon les librairies qui ont rouvert. Les papetiers, eux,  vendent de l’encre et du papier, produits définis comme de 1ère nécéssité, sont  exclus des mesures de fermetures et sont donc aussi légitimement ouverts.
Au Puy encore, les librairies dédiées ont immédiatement réagi, fortes de l'expérience emmagasinée lors du 1er confinement, en mettant en place des points de collectes couplés aux commandes en ligne.
C’est le cas à la maison de la presse qui offre un guichet ouvert de 9h30 à midi chaque jour y compris le dimanche. Cette initaitive a provoqué des retours très positifs des clients que nous avons rencontrés qui revendiquent le rôle social, essentiel des libraires.
Daniel est venu récupérer un hebdomadaire, il explique “Pour moi c’est important et je pense que les librairies peuvent rester ouvertes si on respecte des règles strictes de nombre et de distance. On est en tous cas aussi en sécurité que dans une grande surface. Il faut aussi préserver le commerce du centre ville. Mais bon rien ne vaut quand même le contact physique avec le livre. Je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas autoriser ça" .
Pour cette autre cliente, le click & collect ne la change pas “Je m’en sers déjà depuis longtemps, Je passe mes commandes par téléphone et puis je passe les prendre".
Catherine Caillet, la propriétaire de la librairie assure l’interface de l’autre côté d'une sorte de passe-plat  installé dans l’espace habituel de la porte coulissante d’entrée explique “On a tout de suite mis en place ce système de commande et de point de collecte. On proposera une collecte le matin sur quelques heures. Les gens pouront consulter notre base sur le site placedeslibraires.fr".
----Le point sur une partie des librairies au Puy 

  • LA LIBRAIRIE DU CHAT PERCHÉ et LA MAISON DE LA PRESSE sont les deux seuls magasins recensés sur placedeslibraires.
  • L'ARBRE À LIVRES a profité de l’arrêté municipal pris par le maire du Puy pour ouvrir samedi après-midi.
  • la LIBRAIRIE LAÏQUE fait aussi commerce de papeterie et devrait pouvoir rester ouverte pour une partie au moins de sa surface de vente. Elle communique en rappelant qu’on peut passer des commandes sur son site internet.
  • La Bibliothèque Municipale, avait mis en place un système de panier durant le 1er confinement et communique en recommandant sur sa page facebook “N'hésitez pas à profiter de nos services numériques

-----Dimanche 1er Novembre: Rayons fermés dans les grandes surfaces mais information inexacteLes grandes surfaces généralistes ont appliqué dimanche matin, les mesures à la lettre en informant faussement la clientèle qu’elles se conformaient aux décisions du gouvernement. En effet la décision publiée sur les sites du gouvernement fait état d’un accord et non d’une décision unilatérale ayant force de loi. Les  magasins qui ont continué à ouvrir leur rayon littérature samedi n’étaient donc pas hors-la-loi.Ce dimanche le site du ministère de la culture ne fait même directement état de cette décision. Il n’y a aucune information directe non plus sur le site Web du ministère de l’économie. Les grandes surfaces ont isolé les rayons librairies de manière qu'on pourrait qualifier d'ostentatoire et informent leurs clients qu’on peut acheter sur leur site en ligne. Une mesure de fermeture  pour tous qui ne satisfait personne et réveille de vieux démons au pays de l’exception culturelle "C’est  une demi-victoire pour les 3 300 libraires de l'Hexagone qui espéraient rouvrir leur magasin" explique LCI.  "L’enjeu n’était pas d’empêcher les Fnac d’ouvrir mais de permettre l’ouverture dérogatoire des librairies de quartier en considérant que les livres ne sont pas des ouvrages non nécessaires" pour France Inter. Le SLF (Syndicat de la librairie française) et François Busnel ne sont pas satisfaits non plus du résultat de l'accord car jamais ils n'ont demandé "une interdiction totale de la vente de livre qui ouvre en outre la porte à Amazon" dont c'était à l'origine la seule raison sociale la vente de livres en ligne. On entend des références au combat de Voltairequi dans Candide en 1759 décrit des autodafés à Lisbonne après un terrible tremblement de terre  

Voltaire, Candide, Ch.6 : Comment on fit un bel auto-da-fé pour empêcher les tremblements de terre, et comment Candide fut fessé. 

On lit aussi des références à  Fahrenheit 451, roman d’anticipation écrit par l’auteur américain Ray Bradbury en 1953 451°, c'est le point d'auto-inflammation (en degré Fahrenheit) auquel le papier brûle. Cette température équivaut à 232,8 °C. Le roman décrit un monde dans lequel le livre est interdit et où le rôle des pompiers, dont le héros; est de détruire les livres par le feu.
La référence à ce roman a donc fait long feu parmi les supporters de l’ouverture des librairies qui ne comprennent pas la logique du monde esquissé par le gouvernement Castex, oeuvrant à la mise en oeuvre d’une start-up nation dans laquelle le livre n’est, de fait, pas un produit de 1ère nécessité. T.C.

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