Les incendiaires de Brives et Chadrac ont avoué... et ne comptaient pas en rester là

jeu 02/10/2014 - 13:00 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:24

Le 19 septembre dernier, les services de police intervenaient sur la commune de Brives-Charensac pour un sinistre concernant la buvette du stade de foot (lire). Les premiers éléments permettaient de penser qu’il s’agissait d’un acte volontaire.
D’autres incendies sur cette même commune se produisaient le 20 au tennis club, le 26 auprès d’une société d’informatique (lire), le lendemain à la médiathèque (lire) et le 28 dans une cabane des jardins ouvriers (lire). Un sinistre était également constaté avenue des Champs Elysées à Chadrac dans des entrepôts le 20 septembre (lire).

Tous les méfaits planifiés et listés dans un manuscrit
La série est donc loin d'être anodine et un nouvel acte délictueux était planifié pour ce vendredi. En effet, les enquêteurs ont mis la main sur un manuscrit de revendication des incendies cités ci-dessus (citant les "objectifs" dans un ordre chronologique quasi parfait) et précisant : "ceci n'est que le début, [...] tout va brûler", ajoutant "prochaine cible ce vendredi 3 octobre 2014".
Suite à un renseignement recueilli et exploité par la dierction départementale de la sécurité publique de Haute-Loire, trois mineurs étaient désignés et le parquet a requis leur interpellation. Ce mardi, les gendarmes de Lantriac (commune de résidence d'un des mineurs concernés) découvraient un véhicule volé puis abandonné dans un bois à Coubon, avec à l'intérieur le fameux manuscrit.

Comment cette piste a-t-elle été remontée ?
Dans un communiqué adressé aux médias locaux ce jeudi matin, le capitaine de police, Pascal Mazière, du commissariat du Puy-en-Velay, précise : " naturellement, le service local de police technique et scientifique intervenait sur le lieu de chaque fait et procédait à des relevés de traces et indices ainsi qu’aux prélèvements utiles à l’enquête. Les Enquêteurs s’attachaient, quant à eux, à recueillir des témoignages dans le cadre d’enquêtes de voisinage, exploitaient les systèmes de surveillance vidéo[ndlr : elles n'ont finalement joué aucun rôle], analysaient tout renseignement qui pouvait être porté à leur connaissance et procédaient à des recherches techniques en téléphonie".
Parallèlement à ces investigations classiques, les différents équipages, de jour comme de nuit, étaient sensibilisés à cette vague de sinistres et accentuaient leur surveillance sur la commune brivoise. Le recueil des différents renseignements et éléments permettaient finalement de cibler les trois mineurs susceptibles d’être impliqués dans cette affaire.

Lors de l'interpellation, l'un des jeunes se jette par la fenêtre
En réalisant la perquisition du domicile d'un des mineurs ce mercredi, les enquêteurs procédaient à la saisie de divers matériels dérobés à l'entreprise de Brives-Charensac (lire). Auditionnés, les trois mineurs, âgés de 14 à 16 ans et pour certains en fugue d'un foyer local, indiquaient rapidement deux jeunes majeurs comme étant les principaux instigateurs de ces incendies. L'un d'eux est d'ailleurs déjà connu de la justice pour des faits de vol ce qui le place dans l'état de récidive légale.
Le parquet ordonnait aussitôt l'interpellation des deux jeunes incriminés, ce qui était réalisé le jour même, mercredi vers 13h40, au domicile de l'un d'eux à Brives-Charensac. Ce dernier, pour tenter de se soustraire, a même sauté par la fenêtre... Le vice-procureur de la République Yves Dubuy revient sur cet incident au micro de Zoomdici, en précisant qu'il s'agit non pas de grands délinquants mais plutôt de jeunes désoeuvrés. Ecouter. {{audio1}}

----Une peine pouvant aller jusqu'à 10 ans d'emprisonnement
Les trois jeunes personnes interpellées sont poursuivies pour destruction volontaires par l'effet d'une substance explosive, d'un incendie ou de tout autre moyen de nature à créer un danger pour les personnes de plusieurs bâtiments à Brives-Charensac et Chadrac, mais aussi pour vols aggravés par trois circonstances et vols de véhicules automobiles le 29 septembre à Lantriac. Ces délits sont punis d'une peine maximum de 10 ans d'emprisonnement (20 ans pour le récidiviste et 5 ans pour le mineur).-----La détention provisoire requise
Après avoir réalisé les auditions et procédé aux recoupements nécessaires, deux des mineurs étaient finalement relâchés, aucune charge n’étant retenue contre eux. Les trois autres seront présentés devant le juge d'instruction du Puy, en début d’après-midi ce jeudi, dans le cadre d’une ouverture d’information pour une mise en examen. Le parquet a déjà demandé à ce que le juge des libertés et de la détention soit saisi afin de placer les deux jeunes majeurs en détention provisoire, et le mineur sous un strict contrôle judiciaire.
Rappelons que les jeunes interpellés ont reconnu l’ensemble des faits reprochés, auxquels il convient donc d’ajouter un vol de véhicule sur Lantriac, ainsi qu’un second vol de même nature commis dans cette même commune. Il s’agit, en l’occurrence, d’une Peugeot 309 qui a été découverte non loin de la gare de Lantriac et qui a pu ainsi être restituée à son propriétaire.

Quels mobile pour ces actes gratuits ?
Reste à cerner le mobile des incendies des différents sites, qui demeure bien flou. Ils auraient a priori agit par désœuvrement. "Peut être peut-on invoquer une volonté de détruire les traces de leur passage", suggère le capitaine Mazière, car l'ADN et les empreintes disparaissent avec le feu, avant de conclure : "au yeux des enquêteurs et de ce qu’il ressort de leur audition, il n’est pas certain qu’ils soient en mesure de comprendre l’étendue des dégâts et les conséquences dramatiques qui auraient pu en découler".
Ces actes délictueux semblent avoir été motivés par l'appât du gain mais d'autres semblent purement gratuits, comme les tennis, la buvette ou les cabanons de jardin. La surveillance sera maintenue à Brives-Charensac même si l'incident semble désormais clos.

----L'un des jeunes poursuivi est en état de récidive légale, il a donc déjà quelques mentions à son casier judiciare. Le second majeur a "un faible casier judiciaire", relève Yves Dubuy et le mineur n'en a pas.-----La commissaire félicite ses équipes et la collaboration avec la mairie de Brives
Enfin, la Commissaire divisionnaire et directrice départementale de la sécurité publique (DDSP), Jeannine Buisson, tient à souligner le travail de ses équipes et la bonne collaboration avec la mairie brivoise : "La population peut compter sur sa Police Nationale car elle est une police proche des citoyens. Les policiers travaillent et évoluent au cœur de leur territoire. Ils sont à l'écoute de tous. La Police Nationale a les compétences, le savoir faire et le savoir être pour exploiter, recouper les informations et renseignements qu'elle sait recueillir dans son environnement. En témoigne la résolution de la série d'incendies criminels [...]. Je tiens à féliciter plus particulièrement les hommes de la Brigade de Sûreté Urbaine du commissariat qui sous le commandement du capitaine de police Didier Escura ont su mobiliser toutes leurs énergies pour conduire une vraie enquête judiciaire qui leur a permis de mettre un terme à ces agissements particulièrement graves et à déférer à la justice les 3 mis en cause. Je tiens, enfin, à souligner la qualité du partenariat avec le maire de la commune de Brives-Charensac [Ndlr : Gilles Delabre] et son équipe ainsi que la réactivité de la population qui a su nous apporter des témoignages précieux".

Maxime Pitavy

  • La réaction du maire de Brives

Dans un communiqué, le maire de Brives-Charensac, Gilles Delabre, a exprimé tout son soulagement et l'attente maintenant d'une justice appropriée :

"Je veux dire l’immense soulagement de la municipalité, ainsi que celui des Brivoises et des Brivois d’avoir appris l’arrestation des malfaisants qui ont  incendié les 5 bâtiments municipaux et privés de Brives. Quel bonheur que de penser que le cauchemar prend fin !
Au nom de la population, j’adresse mes très vifs remerciements et mes chaleureuses félicitations à notre police nationale de proximité qui a effectué un travail d’enquête de haute volée, ce qui a permis de mettre les malfaisants sous les verrous .Bravo et merci  à tous les effectifs et à la hiérarchie du commissariat de s’être ainsi mobilisés pour protéger Brives Charensac. Qu’ils soient assurés de notre profonde gratitude !
L’enquête, qui n’en est qu’à son début, semble montrer que ces actes profondément délictueux sont purement gratuits. Il s’agit de l’œuvre de jeunes délinquants désœuvrés qui, la nuit, s’adonnent à de menus larcins par effraction, repoussant les limites jusqu’à tout brûler après leur passage. L’inconscience de tels actes criminels fait peur quand on sait que le pire a été évité, c’est-à-dire la perte de vies humaines, ce qui aurait pu se produire. Ce qui fait encore plus froid dans le dos, c’est que la série devait se poursuivre dès ce week- end, selon les écrits retrouvés par la police auprès des délinquants.
Les dégâts matériels à la buvette du stade, au club house de tennis, à la médiathèque et sur les jardins familiaux sont très conséquents pour la commune. Les personnels de la médiathèque municipale lui font reprendre vie et vont s’installer provisoirement à la Maison Pour Tous en attendant la réhabilitation de notre « moulin aux livres ».
J’ose espérer, comme l’opinion publique, que les malfaisants seront traités par la justice à la hauteur de leurs actes criminels."

  • Brives... mais aussi Chadrac

A Chadrac, les habitants n'avaient pas forcément fait le lien entre les incendies, clairement désignés comme volontaires, de Brives-Charensac, comme en témoigne le maire Gérard Convert. {{audio2}}

Propos recueillis par Annabel Walker

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