Le Puy : "miraculé" grâce à la coopération des centres hospitaliers

mar 05/06/2018 - 16:34 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:52

C'était "une infection respiratoire toute bête", explique la communauté médicale, "à métapneumovirus", qui est un virus à tropisme respiratoire qu'on détecte de plus en plus et qui cause de très sévères défaillances pulmonaires. Ce virus peut apparaître chez le patient au même titre que la grippe ou n'importe quel autre virus respiratoire.
Daniel Gilfaut, âgé de 77 ans, souffrait de cette infection des poumons. Il a été secouru par les sapeurs-pompiers qui l'ont aussitôt conduit vers l'hôpital de Clermont-Ferrand. Du service réanimation de la capitale auvergnate, il est transféré vers celui de l'hôpital Emile Roux du Puy-en-Velay, le seul du département à en être pourvu.

"On a rapidement vu qu'on arriverait pas à passer le cap"
Plongé dans un coma artificiel et assisté par une ventilation mécanique, ce qui est fait pour tous les patients qui ont une infection respiratoire ne leur permettant plus de respirer par eux-mêmes, les espoirs de survie étaient minces.
Malgré cette technique initiale qui était vraiment optimisée, "on a rapidement vu qu'on arriverait pas à passer le cap", témoigne le docteur Leroy, médecin réanimateur au CH Emile Roux depuis novembre 2016 et qui voit deux à trois personnes en décéder chaque année, "et l'appel d'anciens amis chirurgiens cardiaques à Clermont" a permis de déclencher une procédure qui n'avait encore jamais été faite en Haute-Loire.

Le sang, oxygéné dans une machine, retourne dans le patient pour pallier la défaillance pulmonaire
Cette procédure inédite en Haute-Loire, c'est une ECMO (Extracorporelle Membrane Oxygénation), une oxygénation extracorporelle. Autrement dit : on fait sortir le sang du patient par une grosse veine. Le sang passe dans la machine, où il est oxygéné et il retourne dans le patient pour pallier la défaillance pulmonaire. Une équipe spécialisée est requise.
Trois mois de prise en charge auront été nécessaires en tout, dont plus d'une quinzaine de jours pour l'ECMO, car il a fallu un certain temps pour que ses poumons guérissent et puissent prendre le relais de la machine.

Pas un miraculé mais agréablement surpris par "la qualité de l'hôpital"
"Petit à petit, j'ai refait surface", témoigne Daniel Gilfaud après quelques semaines de coma et un bon trimestre d'hospitalisation. "Je suis content d'être le précurseur de cette coopération et j'espère que ça se reproduira pour sauver beaucoup de patients", ajoute-t-il.
Il nous raconte sa rééducation et son retour parmi nous, sans avoir le sentiment d'être un miraculé et en reconnaissant être agréablement surpris par la qualité de l'hôpital ponot, qui accueille en moyenne 533 personnes par jour. "On n'est peut-être pas aussi bien qu'à Paris ou San Francisco, mais je ne peux pas me plaindre", conclut-il dans un large sourire plein de vie.

Une technologie utilisée comme dernier recours
La technique n'est pas anodine et peut engendrer des complications majeures, c'est pourquoi elle est réservée aux patients n'ayant pas d'autres choix, c'est à dire ayant une infection respiratoire suffisament sévère ou une pathologie respiratoire, q'elle soit infectieuse ou non, qui ne leur permet plus de respirer correctement avec leurs poumons.

Même dans les hôpitaux de campagne ?
Certes, ce sont des techniques qui existent quand même depuis de nombreuses années dans les grandes villes. Mais les progrès logistiques, notamment vis à vis des transports et de la miniaturisation des machines, sans oublier la formation des équipes pour assurer la surveillance pendant un transport sont autant de facteurs ayant permis à des hôpitaux qui ne sont pas poseurs de cette technique d'en bénéficier tout de même.
Comment cette coopération est-elle née ? C'est une volonté du CH de Clermont ? Ou de celui du Puy ? Cette histoire est aussi la preuve que même les hôpitaux de campagne peuvent bénéficier de techniques qu'on n'y trouvait pas jusqu'à présent ?

Problème logistique
Cette même technique a été de nouveau posée vendredi dernier. L'équipe de chirurgiens est arrivée en hélicoptère mais elle n'a pas pu repartir avec le patient en hélicoptère car la machine est pour l'instant trop volumineuse.
C'est un problème logistique qui est en voie d'être résolu mais pour l'instant, le retour du patient vers un CHU doit se faire en camion avec une durée de transport plus longue, ce qui constitue toujours un risque supplémentaire pour le patient.

Un risque d'altérer le fonctionnement du centre hospitalier de Clermont ? 
Las de voir des patients mourir d'infections respiratoires sévères, le docteur Leroy se réjouit de cette coopération entre les deux centres hospitaliers.
Revêt-elle un caractère exceptionnel ? N'y a-t-il pas un risque d'altérer le fonctionnement du centre hospitalier de Clermont ? Ce type de coopération devrait donc être reconduit ?

Maxime Pitavy

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