Le Puy : incarcéré pour des violences conjugales répétées

jeu 21/01/2016 - 18:41 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:38

Le prévenu est un habitué du tribunal et il compte déjà de nombreuses mentions au casier judiciaire. Stupéfiants, violences, outrage et rebellion constituent le plus gros du dossier, où l'on trouve aussi des faits d'enlèvement et de séquestration.
Ce jeudi, il était jugé pour des faits de violences aggravées (l'ITT est supérieure à huit jours), le tout en état de récidive légale. La mère de son fils de cinq ans avait en effet déjà fait les frais des colères du prévenu.

L'échange tourne court et elle reçoit un coup de poing en pleine figure
"Il y a beaucoup de violences dans votre vie", constate le juge Delay à la lecture du casier judiciaire du prévenu, en précisant qu'il y a déjà une expertise psychiatrique, datant de 2013, et qu'une révocation du sursis a été requise par le juge en cas de condamnation. Comme le prévenu reconnaît les faits, l'affaire est assez simple à juger. La victime n'est pas officiellement sa concubine, mais ils partagent des moments de vie commune depuis déjà quelques temps. Le soir du Réveillon, elle vient chez lui, alors qu'il a son fils pour cette fête.
Le lendemain matin intervient une première accroche, lorsqu'elle décide de rentrer chez elle. Il refuse, s'énerve, l'attrape par les cheveux, l'insulte, la jette à terre... Son fils n'est pas témoin direct de la scène, mais ne peut l'ignorer. Elle finit par s'enfuir et le lendemain, le 2 janvier, elle le rappelle pour essayer de mettre les choses au clair. Ils se rejoignent dans la voiture de la victime, l'échange tourne court : il l'insulte et lui crache au visage, elle rit et reçoit un coup de poing en pleine figure...

"Je crois que j'ai un don pour l'énerver"
Après avoir porté plainte au commissariat, elle est conduite à l'hôpital et un médecin va lui prescrire une ITT de 10 jours. "Je reconnais qu'une fois de plus, j'ai déraillé", lâche le prévenu à la barre, "à chaque fois, c'est à mes proches que je fais le plus de mal. J'ai un souci à l'intérieur de moi, il me faut un traitement pour en finir avec tout ça". Le rapport psychiatrique fait état d'une personnalité très immature, caractérielle, irritable, rejetant toujours la faute sur les autres.
"Votre discours est plein de bonne volonté", reconnaît le juge Delay, "mais vous récidivez à chaque fois. C'est déconcertant tout ça". La victime est présente à l'audience. Les magistrats la sollicitent pour venir à la barre. Elle hésite un moment puis vient timidement. Elle reconnaît qu'elle l'aime toujours et qu'elle voulait retirer sa plainte (inutile, le parquet avait entrepris des poursuites). "Jusqu'à présent, ce n'étaient que des violences verbales. C'est la première fois qu'il me frappe. Je crois que j'ai un don pour l'énerver".

"Ici, on ne veut pas fidéliser notre clientèle"
Son avocate a insisté sur la culpabilité de sa cliente et déclaré : "plus que la douleur physqiue, c'est le dénigrement, les regards, ces crachats qui l'ont le plus choquée". Car la victime était au plus bas (elle vivait dans une voiture) lorsque le prévenu l'a rencontrée. Il lui a tendu la main. "Elle ne connaissait pas cette facette de lui, elle n'avait vu que le bon côté", ajoute l'avocate qui ne demande, conformément au désir de sa cliente, qu'une simple obligation de soins (pour les dommages et intérêts, un renvoi sur intérêt civil a été demandé, et prononcé).
Le Ministère Public, représenté par Jacques Louvier, a rappelé que les poursuites étaient a minima, les charges ayant clairement pu être alourdies. "Les violences émaillent son casier judiciaire, il ne sait pas se contrôler. Il connaît le tribunal et sait quelle est la petite musique que veulent entendre les juges. Ici, on ne veut pas fidéliser notre clientèle, alors son discours peut plaire, mais comment y croire après autant de récidives ?".

"On peut lui donner une dernière chance puisqu'il s'engage à suivre des soins"
L'avocat qui assure la défense du prévenu a axé sa plaidoirie sur le fait que son client a changé : "si vous l'aviez vu il y a 14 ans, il n'était pas du tout le même. Et même il y a quelques mois. Aujourd'hui, il a changé, il est calme. Depuis que la mère de son fils est à Béziers, tout va mieux. Il a des droits de garde, verse une pension alimentaire...".
L'avocat souligne que son client est allé de son propre chef en centre de soins après ces faits de violence, "car il essaie vraiment de s'en sortir. Il a un travail (ndlr : depuis début janvier, un contrat aidé), une relation, il est en train de se stabiliser. On peut lui donner une dernière chance puisqu'il s'engage à suivre des soins".

"On reconnaît les efforts réalisés mais il y a des faits de violences régulières et graves"
Après en avoir délibéré, le tribunal correctionnel du Puy a prononcé une peine d'un an de prison dont six mois avec sursis et mise à l'épreuve, avec obligation de suivre des soins psychiatriques et liés à ses addictions, mais aussi l'obligation de travailler. Le sursis avec mise à l'épreuve n'a pas été révoqué, "pour ne pas trop compromettre ses chances de réinsertion".
Un mandat de dépôt a tout de même été délivré et le tribunal a conclu : "on reconnaît les efforts réalisés pour s'en sortir, mais il y a une situation objective : celle de faits de violences régulières et graves".

Maxime Pitavy

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