Le Puy est-elle vraiment la ville avec le plus de bars par habitant ?

mar 26/08/2014 - 16:53 , Mise à jour le 26/11/2020 à 19:24

Légende ou fait avéré ? Depuis de très nombreuses années, un drôle de bruit circule entre les pavés ponots et les comptoirs de café : la ville du Puy-en-Velay serait - ou aurait été - la ville française avec le plus de bars par habitant. Qu’en est-il vraiment ?

« J’en ai entendu parler plus d’une fois »
Aucune trace de cette éventuelle performance sur le web. Enfin, presque : « La Haute-Loire détient le record du plus grand nombre de tués sur les routes à cause de l’alcool et le Puy-en-Velay détient le record du nombre de bars par habitant ! », peut-on lire sur Désencyclopédie.com, site Internet parodique du célèbre Wikipédia. Mais tout ce qui est écrit sur cette plateforme collaborative est un gag et ne peut en aucun cas être pris au sérieux.

Pour autant, l’origine de cette rumeur est bien antérieure à la publication de cet article satirique. « J’ai entendu parler de cette rumeur plus d’une fois », explique Tom Marcon, 21 ans, serveur au bar Le Central. Ce jeune Ponot n’est d’ailleurs pas surpris que ce genre de bruit de couloir circule : « Je trouve qu’il y a beaucoup de bars au Puy et encore, il y en avait bien plus. » Pour autant, les établissements ne se marchent pas dessus : « C’est une ville assez touristique, il y a de la place pour tout le monde. Entre les touristes, les habitués et les jeunes, il y a de quoi faire. »

« Si tous les bars fonctionnent, c’est qu’il y a une demande »
Les jeunes du Puy deviendraient donc des aficionados des cafés. « Il n’y a pas beaucoup de choses pour eux en ville, ils cherchent une ambiance conviviale », estime le serveur du Central. Un point appuyé par Jérome Jousserand, 44 ans, serveur à la Mappemonde avec vingt années d’expérience dans le milieu. « Si tous les bars fonctionnent, c’est qu’il y a une demande. Le bar est un métier qui a évolué : l’établissement qui fait simplement bistro sans proposer d’animations aura beaucoup moins de clients. » Lui aussi a déjà entendu parler de la légende comme quoi la cité mariale compterait le plus grand nombre de cafés par habitant.

« J’ai toujours entendu dire que c’était Saint-Etienne »
Il avance un début d’explication : « Avant, au début du siècle dernier, tous les commerces faisaient bar : il y avait des boucherie-bars, des presse-bars… Beaucoup d’enseignes servaient à boire en parallèle de leur activité principale. » Une explication que Jean Vigouroux, 86 ans, directeur de la Chambre de commerce de Haute-Loire de 1955 à 1989, ne peut appuyer : « J’ai participé à la rédaction d’un ouvrage qui recensait les commerces disparus, sur la disparition des commerces traditionnels au XXe siècle. Une ‘boucherie-bar’, ça ne me dit rien. » Le record du nombre de bistros par habitant, il a « toujours entendu dire que c’était Saint-Etienne ».

C’était donc vrai !
La vérité est ailleurs. Nous avons abordé le sujet avec les responsables de l’UMIH (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) de Haute-Loire, organisme syndical patronal qui représente le secteur de l’hôtellerie, de la restauration, des cafés et des discothèques en France. Leur explication pourrait transformer la légende en vérité historique : « C’est dû à notre passé », explique Denis Gagne, président de l’UMIH. « Quand Pagès a commencé à produire de la Verveine, les magasins qui voulaient en vendre devaient avoir une licence IV pour pouvoir proposer une dégustation. » Au total, il y a 125 licences de débit de boisson délivrées sur la ville du Puy. « Seulement 60 fonctionnent », ajoute Christophe Fournerie, vice-président du syndicat. « Ramené au nombre de Ponots, c’est énorme. » En effet, cela donne un ratio d’une licence pour 160 habitants. Il y a 32 000 cafés en France : environ un pour… 2000 personnes.

A.L.

NB. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. 

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