Le plateau du Mézenc à nouveau menacé par la pullulation du campagnol

ven 02/08/2019 - 22:29 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:58

Les prairies du Mézenc vivent ces derniers mois sous la menace d'une nouvelle pullulation de campagnols terrestres. Ce petit mammifère, également appelé rat taupier, est la hantise des agriculteurs : friand d'herbes grasses, qu'il mange par la racine, il est synonyme de perte des fourrages pour les exploitants. Depuis une vingtaine d'années, le cycle se répète tous les quatre ou cinq ans, sans que l'on ait encore vraiment identifié les raisons de ces pics soudains.  Zone pilote La dernière en date dans ce secteur remonte à 2014. Pour éviter que l'histoire ne se répète, le site du Mézenc est désormais étroitement surveillé. En juin, une zone pilote répartie sur six communes du secteur ( Champclause, Chaudeyrolles, Les Estables, Fay-sur-Lignon, Les Vastres, Saint-Front) a été définie, sur laquelle la Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles (FDGDON) fait des relevés fréquents et tente de mobiliser les différents acteurs.

Ci-dessous, les taux de présence du campagnol relevés dans ce secteur (qui correspond au Sud-Est de la Haute-Loire) - Source: FDGDON

Demande d'interdiction des traitements à la bromadiolone Du côté des défenseurs de l'environnement, même constat: des bénévoles de la LPO ont découvert en décembre dernier un grand dortoir de 110 milans royaux à Champclause, la présence de ce prédateur étant un indicateur du nombre de campagnols sur le territoire.  La FNE 43, la LPO et le Réseau écologie Nature (REN43) craignent que, pour lutter contre le rongeur, les agriculteurs n'aient recours à des traitements à base de bromadiolone. Le nom de cet anticoagulant, intégré dans certains produits phytosanitaires, est toujours prompt à susciter des polémiques. La bromadiolone ne tue pas que les campagnols; elle empoisonne aussi leurs prédateurs (rapaces, renards, etc.). Si bien qu'une mauvaise utilisation peut s'avérer contre-productive. Or, par le passé, cette molécule a pû être utilisée de façon abusive. Le réseau écologie nature cite ainsi l'exemple du milan royal en Franche-Comté, dont la présence est réduite "à peau de chagrin" depuis des "épisodes sévères de pullulation de campagnols à la fin des années 90 et "l'utilisation massive de bromadiolone".  Les associations environnementales de Haute-Loire demandent donc au Préfet d'interdire l'usage de cette substance sur les six communes du Mézenc concernées par l'invasion du rat taupier. Abus anciens La FDGDON, dont l'une des missions est justement d'encadrer la vente de produits à base de bromadiolone, relativise ce danger. "Certes, ce produit a fait énormément de dégâts à un moment donné, notamment sur les populations de milans royaux, reconnaît une technicienne au sein de l'organisme. Mais les formules utilisées étaient plus actives qu'aujourd'hui." Depuis un arrêté interministériel du 14 mai 2014, son usage est très encadré, avec des restrictions dans les quantités maximales d'appâts employés (7,5 kg à l'hectare par traitement) et une interdiction d'utilisation au-delà d'un certain seuil de pullulation (33% des indices d'une parcelle). "C'est un outil parmi ceux mis à disposition des agriculteurs. S'il est bien utlilisé, il n'a pas plus de conséquences que ça."
Les agriculteurs du Mézenc n'emploient de toute manière qu'une quantité "infime" de bromadiolone, indique la FDGDON. "Les agriculteurs de ces communes se sont plutôt désengagés de l'utilisation de ce produit, confirme son président Christian Munier, lui-même ancien agriculteur. Cela tient au fait que beaucoup d'entre eux sont installés en "bio" à cet endroit, et que le terrain n'y est pas favorable. Nous réaliserons sûrement une étude sur les ventes de ce produit à la rentrée,  ce qui nous permettra d'avoir des chiffres à présenter." Réhabiliter le renard En revanche, la nécessité de préserver le renard fait plus consensus. Dans leur message à la préfecture, les associations environnementales demandent d'interdire l'abattage de l'animal pendant une année au Mézenc. Encore faudrait-il qu'il ne soit plus classé comme espèce nuisible par l'Etat, sa réputation de tueur de poules lui collant à la peau: des nuisances considérées comme minimes par ses défenseurs, au vu de l'importance de son rôle dans l'écosystème. "C'est un prédateur très spécialisé, capable de se glisser dans les galeries, qui peut dévorer entre 6000 et 8000 campagnols à lui seul en une année, explique Franck Chastagnol, président de la LPO 43. Officiellement, il y en a près de 4500 tués dans le département." Christian Munier reconnaît lui aussi l'utilité du mammifère: "Personnellement, s'il y a un arrêté qui interdit de tuer le renard, je suis preneur. Même si ce n'est pas forcément le cas de tous mes collègues agriculteurs, notamment ceux qui élèvent de la volaille." Favoriser la prédation naturelle du campagnol Les deux parties s'accordent pour favoriser la prédation naturelle du rat taupier, comme la mise en place de perchoirs pour permettre aux rapaces (buses, faucons, etc.) de chasser à l'affût, ou encore de zones de refuges pour les prédateurs terrestres comme la martre, la belette, voire certains reptiles. Dans le Mézenc, la disparition des haies a laissé un boulevard au campagnol pour se développer. Parmi les priorités, le président de la Fdgedon préconise la lutte contre la taupe, via le piégeage ou le gazage ( via une pastille effervescente déposée dans le terrier): "Les campagnols se servent de leurs galeries pour se déplacer, ce qui facilite leur prolifération."
Pour savoir si les mesures de lutte mises en place ont été efficaces dans le secteur du Mézenc, il faudra toutefois attendre un peu. "L'hiver sera déterminant, nous allons accentuer la vigilance: soit la population de rat taupiers n'évolue pas, soit ça redémarrera au printemps." Eddie Rabeyrin

Présence du campagnol en Haute-Loire en 2018

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