Le papa se fait justice lui-même, il est condamné à un stage de citoyenneté

mer 30/08/2017 - 17:37 , Mise à jour le 27/11/2020 à 08:47

"Je n'ai pas été violent, mais je n'avais pas d'autre façon de défendre ma fille", se défend le prévenu, âgé de 39 ans. S'ils ne cautionnent absolument pas son attitude, les parents des victimes reconnaissent que la maîtresse ne maîtrisait pas du tout sa classe et que les débordements étaient légion.
Quant au père de famille, il lui est reproché des violences aggravées par deux circonstances : elles sont exercées sur un mineur (en l'occurrence des enfants de neuf ans à l'époque, en classe de CE1), et dans l'enceinte d'un établissement scolaire. Surtout, le père est intervenu à deux reprises pour ces méfaits.

"Nous ne sommes pas au far-west"
Le 6 juin 2014, ce père de deux enfants est intervenu à l’intérieur de l’école Saint-Joseph, à Saint-Paulien, pour réprimander trois garçons qui ne cessaient d'agacer sa fille. Violences, brimades et autres mains aux fesses sont reprochés.
La directrice de l'établissement n'intervenant pas, il décide de se faire justice lui-même. "C'est un peu cavalier comme démarche, nous ne sommes pas au far-west", lui fait remarquer le Président André-Frédéric Delay, "il y a de nombreuses institutions pour se plaindre". 

----Rien vu, rien entendu, rien dit
Difficile d'avoir des témoignages de l'équipe pédagogique dans ce dossier, au grand dam du Président André-Frédéric Delay, qui leur reproche de n'avoir rien vu, rien entendu, rien dit. Les magistrats doivent se reposer sur les seuls témoignages du prévenu et des enfants pour rendre leur jugement.-----Il recommence deux ans plus tard et les parents portent plainte
En effet, outre la direction de l'établissement, il aurait pu se référer à l'enseignement diocésain, l'académie ou même la gendarmerie. Sans oublier bien sûr les parents des enfants concernés. Une maman a bien tenté de contacter la famille après ce premier incident mais la conversation téléphonique a tourné court.
Personne ne porte plainte, les faits se tassent un peu, l'équipe pédagogique ne voulant pas ébruiter l'affaire. Mais le 1er décembre 2016, ce même père de famille recommence. Cette fois, les parents portent plainte, ce qui entraîne les autres parents, contactés par les services de gendarmerie, à en faire de même, deux ans après les faits.

L'un des enfants se fait pipi dessus, un autre souffre d'un traumatisme psychologique
Le prévenu aurait plaqué les enfants contre un mur de la récréation avant de leur faire la leçon, en les secouant plus ou moins légèrement. Les violences seraient plutôt d'ordre psychologique, car mêlées de menaces (notamment de lui "arracher la tête" ou encore de "faire un noeud avec sa langue", même si le trentenaire nie ces allégations).
L'un des enfants se serait fait pipi dessus. Un autre aurait était très perturbé et souffrirait d'un traumatisme psychologique selon l'expert. Une ITT (interruption totale de travail) de 15 jours a été prononcée pour ce dernier.

Stage de citoyenneté et victimes à indemniser
Après délibérations, le tribunal correctionnel du Puy a condamné cet homme de 39 ans à un stage de citoyenneté d'un jour, à ses frais (environ 250 €), qui sera dispensé par l'association Justice & Partage. Le stage de citoyenneté consiste à rappeler les valeurs républicaines de tolérance et de respect de la dignité humaine sur lesquelles est fondée la société.
Aucune mention ne sera faite à son casier judiciaire et il devra indemniser les victimes, jugées recevables dans leur constitution de partie civile : deux fois 500 € (une famille n'a rien demandé), ainsi que 800 € pour les frais de justice.

Maxime Pitavy

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